L’hôtel Élite a entamé sa mue controversée en école

Villars-sur-OllonTrop délabré pour garder son affectation, l’édifice accueillera dès 2020 des étudiants. Les repreneurs nient avoir menti sur leurs intentions.

Estimée par les repreneurs entre 5 et 7 millions de francs, la rénovation de l'ancien hôtel coûtera au final 15 millions.

Estimée par les repreneurs entre 5 et 7 millions de francs, la rénovation de l'ancien hôtel coûtera au final 15 millions. Image: Chantal Dervey

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L’Hôtel Élite, qui domine le départ de la télécabine du Roc d’Orsay, n’est plus qu’une coquille vide. Hormis les murs, tout a été démonté; les ouvriers s’affairent au pied de l’immeuble de 1967 pour refaire la dalle qui assure sa stabilité. Les travaux se poursuivront jusqu’en 2020; les élèves de l’École La Garenne pourront alors intégrer leur nouveau campus ( lire encadré ).

Racheté pour 1,7 million de francs en 2017 par la société villardoue Alpine Peaks, l’ancien Élite rebaptisé Le Roc deviendra donc une école. Alors que les repreneurs clamaient leur intention d’y aménager un trois-étoiles supérieur. À Villars, qui a vécu ces dernières années la transformation du Panorama et du Bristol (420 lits au total) en appartements, ce revirement suscite la polémique. Alpine Peaks aurait-elle caché ses véritables desseins?

Directeur de La Garenne, Grégory Méan dément avoir cherché à brouiller les pistes. Il liste les nombreuses démarches entreprises pour réhabiliter l’Élite. «Nous avons réalisé des études, monté un dossier pour une aide cantonale, déposé une demande auprès du Crédit hôtelier, engagé un directeur et affiné avec lui le projet durant plus de six mois. Nous avons engagé près de 450'000 fr.»

Pourquoi alors avoir fait machine arrière? En raison d’imprévus en cascade, répond Grégory Méan. «Au moment d’acheter, nous nous sommes appuyés sur deux rapports d’architectes qui estimaient les rénovations à 5 et 7 millions. En commençant le chantier, nous avons constaté l’ampleur de la situation; la seule solution était de tout démolir.» La facture a pris l’ascenseur, pour atteindre aujourd’hui 15 millions. À ces difficultés techniques s’ajoutent des procédures juridiques encore pendantes avec plusieurs propriétaires d’appartements qui ont contribué à refroidir les banques.

Les promoteurs ont approché la Municipalité d’Ollon pour évoquer les pistes envisagées. «Nous avions trois solutions, détaille le directeur. Ne rien faire et accepter de perdre notre investissement, créer des appart-hotels ou repartir sur un projet d’EMS ou d’école. Notre société a beaucoup investi dans cette station, que nous aimons: les deux premières options ont immédiatement été écartées.»

Maintien de lits chauds

Le syndic, Patrick Turrian, confirme que la Municipalité a été rapidement informée de ces difficultés. Le jour de la vente, l’édile affirmait pourtant que la Commune s’opposerait «à tout changement d’affectation». Six ans plus tard, il évoque une déception mais voit aussi en la création du nouveau campus «la meilleure solution compte tenu de la situation. Le pire aurait été de voir l’Élite connaître le même sort que le Bristol ou le Panorama. Au moins, ces lits restent chauds.» Ils signifieront une manne non négligeable pour la Commune, qui encaissera 1 fr. 65 par nuit et par élève, via la taxe de séjour. «Sans compter que nous créerons 30 postes, ajoute Grégory Méan. Alors que nous tablions sur six pour l’hôtel.»

Plusieurs sources proches des milieux touristiques villardous plaident pour la bonne foi des promoteurs, bien connus dans la région. Président des hôteliers de Villars, Dominique Dietrich est du nombre. «Avec un tel investissement – plus d’un million par étage! –, il était difficile de rentabiliser cet établissement sans monter en gamme.» Le directeur de l’Eurotel Victoria n’en dit pas moins sa déception: «L’hôtelier que je suis aurait préféré l’arrivée d’un concurrent. Mais au moins, on garde une activité dans ce lieu; les écoles internationales sont un atout important pour Villars.»


90'000 francs par an

Dès la rentrée 2020, les élèves de La Garenne pourront effectuer l’intégralité de leur cursus scolaire dans leur école. Pour l’heure, l’établissement de Chesières accueille les enfants dès l’âge de 4 ans et jusqu’à 14 ans. Le campus en travaux dans les locaux de l’ancien Élite permettra de compléter la filière grâce à l’ouverture de cinq nouvelles classes pour les 15-18 ans. «Dans les Préalpes, ce sera une offre quasi unique», signale le directeur, Grégory Méan.

La Garenne peut aujourd’hui héberger jusqu’à 110 élèves à Chesières; 60 nouvelles places seront disponibles dans le futur campus, qui fonctionnera de manière autonome avec son internat, ses salles de cours ou encore son restaurant. «Nous ouvrirons une classe par année, pour grandir progressivement avec notre bassin d’élèves actuels.» L’écolage coûtera 90 000 fr. par an, soit un peu plus que pour les «petites classes» (82 000 fr.). À titre d’exemple, une année en internat à l’Aiglon College coûte entre 70 000 et 111 000 fr. selon les niveaux. À l’American School de Leysin, 95 000 fr.

(24 heures)

Créé: 06.12.2018, 18h07

Belles années et malchance en série

La poisse semble coller à l'Élite. Construit en 1967, l'établissement alors baptisé le Relais profite d'un emplacement stratégique et quasi-unique en Suisse: il est adossé à la station de départ de la télécabine du Roc d'Orsay, ouverte cinq ans plus tôt. Sa construction est marquée par l'affaissement des trois étages supérieurs, qui lui vaudront à Villars le surnom d'Hôtel Mille-feuilles.



Après de belles années, le Relais est vendu en 1980. C'est le groupe bâlois Sunstar qui le rachète, le rénove et le rebaptise Sunstar Hôtel Élite, avant de le rouvrir fin 1981. S'ensuit une période marquée par une belle fréquentation, jusqu'à la crise des années 1990, qui pénalise tous les hébergements de la région.



En 1993, le financier belge Laurent Demey reprend la gestion de trois hôtels villardous, dont l'Élite (avec l'intention de racheter ce dernier à Sunstar), ainsi que du centre de tennis. Dans la presse, la Municipalité d'Ollon évoque alors à plusieurs reprises son inquiétude face à cet investisseur.

Elle s'avère justifiée: en mars 1997, Laurent Demey est arrêté avec sa femme, accusé de recel et soupçonné d'avoir utilisé ses sociétés villardoues pour blanchir une partie de sa fortune. Un audit indique qu'il aurait détourné avec son épouse plus de 147 millions. La faillite de ces sociétés est prononcée. Le Bristol et le Panorama ferment. L'Élite affichait déjà porte close depuis 1996.



Il rouvre pourtant le 23 décembre 1997, sous l'impulsion de la société propriétaire, Sunstar. Qui le revend en 2003. Le repreneur, la société italo-israëlienne Emaniem, en fait un bien réservé à la clientèle de tour-opérateurs israëliens. Progressivement, la société a eu du mal à faire tourner son affaire.

Elle dépose le bilan et l'hôtel est mis en vente en 2016 et finalement acheté par Alpine Peaks SA en mars 2017. La société villardoue clame alors son intention d'en faire un hôtel. La facture des rénovations lui fera prendre une autre option: celle d'y aménager une extansion de l'école La Garenne, qui devrait ouvrir en 2020.

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