L’unique auberge de Corseaux est-elle maudite?

RestaurationFaillite, rupture de contrat, plainte pénale: depuis 2015, l’établissement est le théâtre d’un bal de tenanciers.

Faillite, rupture de contrat, plainte pénale: depuis 2015, l’établissement est le théâtre d’un bal de tenanciers.

Faillite, rupture de contrat, plainte pénale: depuis 2015, l’établissement est le théâtre d’un bal de tenanciers. Image: PHILIPPE MAEDER-A

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«Cette maison est maudite. Tout le monde y finit mal», s’emporte Mara Rossignol, tenancière de l’Hôtellerie de Châtonneyre de fin 2015 à avril 2016. Dernier malheur en date pour l’unique restaurant de Corseaux, rénové à grands frais (1,6 million de francs) il y a un peu plus de deux ans: il a fermé ses portes en septembre dernier avec la mise en faillite de son gérant, Florian Paulus.

L’établissement (qui comprend une salle de banquet, seize chambres et une grande salle) avait rouvert en juin 2017, après une année de travaux. La Commune, propriétaire, cherche alors un profil de patron cuisinier et jette finalement son dévolu sur un duo: Florian Paulus et Gaël Boulay, chef cuisinier venu de France et qui a travaillé avec de grands noms. Ce dernier dit s’être laissé convaincre par le «bagout extraordinaire de Florian Paulus».

Mais la collaboration tourne au cauchemar: Gaël Boulay met les voiles après six mois et porte plainte contre son ancien compagnon de fortune. Depuis la France, où nous l’avons joint, il évoque une procédure judiciaire en cours. Il aurait avancé la moitié du capital social de l’entreprise à son associé (soit 10'000 fr.) sans que celui-ci ne le rembourse. D’autres désaccords semblent les avoir désunis rapidement. Gaël Boulay: «Nous n’avions pas les mêmes attentes sur le niveau de qualité. Des problèmes dans la gestion du personnel se sont également fait sentir: nous n’étions que deux en cuisine, tandis qu’ils étaient vraiment bien lotis en salle, avec cinq ou six personnes pour le service.» Florian Paulus dément cette affirmation.

Pour ce dernier, le responsable de l’échec est tout trouvé: la Commune. «Les rénovations ne concernaient que le restaurant, alors qu’il y avait de gros problèmes de chauffage, de canalisations, de ventilation, qui s’ajoutaient à un loyer déjà considérable de 10'000 fr.»

Des charges trop onéreuses

Avant le début des travaux de rénovation, Mara et Willy Rossignol avaient géré les lieux. Seuls six mois ont suffi à ce qu’ils y perdent leurs illusions: «Avec un espace aussi grand, les coûts en électricité sont énormes. Pour rentrer dans nos frais, il aurait fallu attirer des consommateurs prêts à mettre le prix», développe Mara Rossignol. Son mari ajoute que les horaires (7h30-23h) et les prix trop modestes des consommations imposés par la Commune n’ont pas aidé. Le loyer non plus: presque 5000 fr. (avec appartement de fonction) négociés pour les six mois précédant les travaux. «C’était un gouffre. On voyait bien qu’on n’avait rien à y gagner.» Heureusement, précise Mara Rossignol, les nuitées ont permis de maintenir la tête hors de l’eau.

«Nous nous sommes fait conseiller par des professionnels pour établir le loyer, qui n’est pas exorbitant pour l’ensemble», se défend le syndic, Antoine Lambert. Il charge quant à lui Florian Paulus et sa mauvaise gestion.

Mais la Commune n’aurait-elle pas visé trop haut en investissant autant d’argent dans ce restaurant, pour un village d’à peine plus de 2000 habitants? Gilles Meystre, président de Gastrovaud, répond par la négative: «Le cadre est magnifique. C’est un outil qu’on peut faire vivre. À condition de pouvoir le calibrer aux attentes du consommateur et non en répondant à une vision nostalgique du lieu: le café ne peut pas être ouvert toute la journée alors que les petites communes se sont transformées en cités-dortoirs.»

Au final, quel avenir pour l’Hôtellerie de Châtonneyre? Pour l’heure, il reste en suspens: «La date du futur appel à candidature n’est pas connue, mais nous ne voulons pas tarder pour ne pas laisser cet établissement fermé pendant des mois», affirme Antoine Lambert.

Créé: 06.11.2019, 06h55

Dates clés

1997 Luc et Sylvie Barth gèrent l’Hôtellerie de Châtonneyre.

2010 Le syndic d’alors refuse de reconduire le bail. 1200 habitants s’opposent à la décision.

2015 Départ des Barth, malgré un bail prolongeable jusqu’en 2018.

2016 Les Rossignol, restés six mois, refusent de rempiler pour deux mois. Travaux pour 1,6 million de francs.

2017 Le restaurant rouvre en juin.

2019 En faillite, l’auberge ferme.

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