La baisse des ressources en eau du canton est alarmante

ClimatLa sécheresse impacte les sources, les rivières et les lacs vaudois. Des bourgs doivent puiser ailleurs.

Ces jours, la station de pompage et de traitement des Gonelles à Corseaux, où est puisée l’eau du Léman, a augmenté sa production en raison de l’étiage des sources. Avec ses 80 milliards de m<sup>3</sup> d’eau, le lac est un réservoir inépuisable.

Ces jours, la station de pompage et de traitement des Gonelles à Corseaux, où est puisée l’eau du Léman, a augmenté sa production en raison de l’étiage des sources. Avec ses 80 milliards de m3 d’eau, le lac est un réservoir inépuisable. Image: Chantal Dervey

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«Nos sources sont deux fois moins remplies que durant le mois d’août dernier. Nous ne les avons jamais vues aussi peu pleines depuis dix ans au moins», explique Eric Giroud, directeur du Service intercommunal de gestion (SIGE), chargé de l’approvisionnement en eau de la Riviera. Bien connue en période estivale, la baisse du niveau des eaux (étiage) survient aussi en hiver. Mais rarement avec une telle ampleur que cette année. Ces jours, les ressources en eau de l’ensemble du canton de Vaud (sources, lacs et rivières) ont atteint un seuil historique, le plus bas de la décennie, en tout cas.

Le gel et le… réchauffement

«Cette situation est due au manque de pluie durant une bonne partie de l’automne dernier, à un mois de décembre le plus sec depuis le début des mesures et au gel qui a figé le précieux liquide, précise Philippe Hohl, chef de la division eau à la Direction générale de l’environnement (DGE). Elle est peut-être plus marquée sur la Riviera en raison de phénomènes d’altitude (le froid) qui touchent davantage ses sources.» Rien d’alarmant toutefois à l’échelle cantonale pour la population, la faune et la flore. Même si certaines communes qui gèrent habituellement elles-mêmes leur eau ont dû se raccorder à des réseaux plus importants: en cette période, par exemple, le SIGE alimente Blonay, les villages montreusiens des Planches, de Sâles, de Chêne et de Crin ainsi que quelques localités de la Veveyse fribourgeoise, d’habitude autonome.

Si les effets de la sécheresse et du gel ne se déploient que maintenant, pour les sources en tout cas, c’est que les eaux souterraines subissent une forte latence et restent plusieurs mois dans le terrain avant de s’écouler. Sur la Riviera, la source des Avants – une des plus importantes de Suisse –, a actuellement un débit de 5000 litres/minute, alors qu’elle s’écoule parfois jusqu’à 26 000 litres/minute. Le constat est le même pour la trentaine d’autres sources de la région.

Le Léman salvateur

Dû à des facteurs saisonniers, cet étiage hivernal prononcé est aussi lié au réchauffement climatique. «Celui-ci modifie la disponibilité saisonnière en eau, glisse Eric Giroud. Ces sécheresses durant l’hiver pourraient être plus fréquentes. Et devenir problématiques pour les distributeurs d’eau si, parallèlement, la demande augmentait fortement. Ce qui n’est pas le cas cette année.»

Aujourd’hui, il n’y a aucun risque de rupture dans l’approvisionnement confirme Philippe Hohl: «Nous restons attentifs. Toutefois, nos réseaux sont efficaces. Ils ont non seulement été conçus pour pomper et traiter l’eau, mais aussi pour compenser les déficits à certains endroits.»

C’est ce qui se passe sur la Riviera ces jours. En moyenne annuelle, les 70'000 habitants de la région sont alimentés à hauteur de 86% par l’eau des sources et de 14% par le Léman. En cette période, la station de pompage des Gonelles à Corseaux, où est puisée l’eau du lac, a augmenté sa production, passant de 15% à 20% de sa capacité. «Contrairement à ce que cette proportion peut laisser croire, notre centrale n’est pas surdimensionnée, commente Eric Giroud. Car lors des pics de demande, il nous faut assurer la sécurité de l’approvisionnement.»

Lors de la fameuse sécheresse de 2003, la station des Gonelles avait tourné à sa pleine capacité d’alors de 1200 m3/heure. C’est pourquoi, pour pouvoir faire face à ce genre de pics, susceptibles d’être plus nombreux à l’avenir, que le SIGE a augmenté, en 2012, la puissance de pompage de la centrale à 1800m3/heure. Elle est aujourd’hui en mesure de pomper et de traiter annuellement 8 millions de m3 d’eau du lac. Soit presque autant que la consommation totale de la population de la Riviera en un an (9,1 millions de m3 en 2015). Les sources pourraient donc quasiment se tarir.

Créé: 13.02.2017, 08h00

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