La crise politique a bien miné l'administration à Vevey

AuditLe rapport sur les tensions internes de 2018 et leurs conséquences est édifiant. Ville et le Canton sont invités à des changements.

La crise au sein de la Municipalité élue en 2016 a créé un climat délétère qui a miné l'administation.

La crise au sein de la Municipalité élue en 2016 a créé un climat délétère qui a miné l'administation. Image: Chantal Dervey

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La crise politique qui secoue la Municipalité de Vevey depuis près de deux ans a eu de graves répercussions sur le personnel communal et le fonctionnement de l'administration. C'est ce qui ressort du rapport de la société Serdaly & Ankers communiqué vendredi par le Conseil d'Etat au terme de l'audit commandé par le gouvernement en mai 2018. Ledit rapport se veut une photographie de la situation à l'automne de la même année. Il fait état, entre autres, d'«atteintes illicites» à l'ambiance de travail.

Pour rappel, les tensions en mai 2018 étaient alors à leur paroxysme dans la foulée des accusations à l'encontre du socialiste Lionel Girardin, suspendu un mois plus tard car sous le coup d'une enquête pénale pour gestion déloyale d'intérêts publics. Celles entre la syndique Elina Leimgruber (Verte) et Etienne Rivier (PLR) d'une part et les deux Vevey Libre Jérôme Christen et Michel Agnant - suspendus en décembre de la même année pour des accusations de violation de secret de fonction - ont également contribué à un climat de travail délétère au sein de l'administration.

Mobbing et démission

Ce sont surtout les treize chefs de service interrogés qui le disent. Selon le rapport, «les chef-fe-s de service sont dans une situation de démotivation et d’insatisfaction pour la majorité d’entre eux, et ils font état, pour une partie importante d’entre eux, de problèmes de santé». De plus, «l’irrespect des personnes et de leur travail existent, tout comme une situation de conflit avéré. Ces situations concernent à la fois un certain nombre de Municipaux à l’endroit de leurs chef-fe-s de service ou d’autres chef-fe-s de service et la Municipalité dans son ensemble».

Pour trois collaborateurs, «l’exposition au mobbing est importante», bien que «les conditions d’un harcèlement moral, verbal ou physique d’un-e ou plusieurs Municipaux à l’endroit de collaborateurs ne sont cependant pas observées». Plus loin, «la majorité des chef-fe-s de service pose un regard très critique sur les agissements de certains Municipaux, ainsi que sur la Municipalité». Entre autres: «communication inadéquate vers l'extérieur» ou «manque de volonté des Municipaux de résoudre les problèmes».

Le résultat est clair pour les responsables de l'audit. Ces conflits ont généré «des dysfonctionnements organisationnels»: de l’inefficacité, de l’incohérence dans les décisions de la Municipalité, de la démotivation et plus encore «un accroissement des problématiques d’organisation avec des arrêts maladie et une démission».

A qui la faute?

Selon le rapport toujours, «la responsabilité de la situation est partagée entre les membres de la Municipalité» et les causes relèvent à la fois «d’une absence de vision et de culture communes, de problèmes de management, tant au niveau individuel qu’au niveau de la Municipalité dans son ensemble, et de personnalités qui, faute d’avoir donné un sens partagé à la collégialité, se manifestent sans retenue».

Ce dernier reproche très général - dans l'esprit du rapport, qui ne cite jamais une personne en particulier - gêne tous les membres de la Municipalité, élus ou suspendus (à l'exception de Lionel Girardin, qui n'a pas été inclus dans l'audit). Qui, implicitement, se renvoient la responsabilité sur toute la ligne.

L'Exécutif actuel (Elina Leimgruber, Etienne Rivier et les personnes mandatées par le Conseil d'Etat, Michel Renaud et Jacques Ansermet), l'a fait savoir dans son communiqué du jour. Il «constate que le rapport d’audit évacue toute analyse individualisée des comportements de l’Exécutif, ce qui provoque un amalgame malheureux et empêche toute délimitation ad personam d’éventuels manquements et responsabilités».

Jérôme Christen avait dressé le même constat à plusieurs reprises à la lecture d'une première version du rapport en mai dernier déjà: «De manière générale, note-t-il dans son courrier de déterminations, il pourrait être utile de savoir pour les municipaux à qui s'adressent les critiques contenues dans l'audit, sans quoi, faute de savoir si chacun d'entre nous est concerné ou pas, nous ne pourrons que difficilement en tenir compte». Dans sa propre prise de position, Michel Agnant abonde: «Si je comprends bien le besoin d'apaisement qui est recherché dans cette démarche d'audit, il n'est nullement constructif, par souci que personne ne perde la face, de renvoyer les protagonistes dos à dos et de parler de «responsabilités partagées».»

Réviser la loi

Dès lors, que faire de cet audit à l'heure où tant la Municipalité actuelle, nombre de collaborateurs et le Conseil d'Etat constatent une situation bien meilleure aujourd'hui? L'audit invite notamment la Municipalité à agir rapidement pour organiser «un retour à des conditions de travail normalisées» et l'Etat à encadrer l'opération. Un retour éventuel de l'un ou l'autre des Municipaux suspendus devra en outre «être organisé et formalisé» et non pas «laissé au hasard ou à la bonne volonté».

Sur le plan de la législation, des modifications de la Loi sur les communes sont en outre à envisager de la part du Canton sur la notion de collégialité. Les conditions de suspension et de révocation pourraient prévoir des circonstances où l'Etat peut intervenir sans requête de la Municipalité ou du Conseil communal. «La surveillance de l'Etat devrait pouvoir être élargie ou enrichie dans son volet de prévention», ajoute le texte. Dans son communiqué, le Conseil d'Etat, dit s'engager à analyser la situation et examiner «si certaines adaptations de la loi sur les communes peuvent s’avérer utiles dans ce contexte».

Créé: 06.09.2019, 13h15

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