La grue, une monnaie locale prête à prendre son envol

Haute SarineUne campagne est lancée pour financer la création de la monnaie commune au Pays-d’Enhaut, à la Gruyère et au Saanenland.

Les billets sont l’œuvre de Sébastien Fasel. Son projet a séduit le jury, en intégrant la tradition du papier découpé et en mettant en scène des personnages mythiques de la région. Image: DR - LA GRUE

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Le Valais a son farinet, le Gros-de-Vaud son épi… Les tiroirs-caisses du Pays-d’Enhaut, de la Gruyère (FR) et du Saanenland (BE) devraient prochainement se remplir à leur tour de grues. L’association homonyme qui porte le projet espère mettre en circulation cette «monnaie locale complémentaire» encore cette année, dans le but de soutenir les commerces de la région. À terme, l’équivalent de 300'000 francs sera frappé, ou plutôt imprimé: cette devise se déclinera sous la forme de billets de 1, 2, 3, 5, 10, 20, 50 et 100 grues.

Le visage de ces bons a été dévoilé il y a quelques semaines. Imaginé par Sébastien Fasel, le visuel reprend l’idée du papier découpé, art traditionnel intimement lié à la région, de manière stylisée. «C’est ce qui a plu au jury, parmi les douze projets qui lui ont été présentés», explique Simon Rauber, président de l’association La Grue. Ils mettent également en scène des personnages marquant de la région de la Haute-Sarine – la belle Luce, une bergère légendaire connue pour être la plus belle femme du comté, ou Catherine Repond, la dernière sorcière romande condamnée au bûcher en 1731. Une lettre G évoquant la silhouette de l’échassier des comtes de Gruyère servira de symbole monétaire.

Une campagne de crowdfunding a été lancée au début du mois pour tenter de récolter 25'000 francs. La somme visée servira à compléter le budget nécessaire à l’impression des devises, ainsi qu’aux frais annexes, notamment le prix versé au graphiste lauréat.

Les utilisateurs visés sont avant tout les habitants de la région, estime Simon Rauber. «Mais il ne faut pas sous-estimer l’intérêt des touristes pour un mode de consommation plus durable. Et c’est exactement ce que nous voulons promouvoir avec cette monnaie.» Un avantage qui a valu à l’association de bénéficier d’un coup de pouce financier de la Confédération.

Tournée vers l’avenir

Le symbole et le nom de cette monnaie étaient tout trouvés: l’oiseau fut l’emblème des comtes de Gruyère dès le XIIIe siècle et orne encore aujourd’hui les armoiries d’une large majorité des communes de la Haute-Sarine, à l’exception notamment de Bille, Lenk ou Zweisimmen. Petit clin d’œil voulu par ses créateurs, l’échassier qui figure sur le logo de l’association regarde vers la droite, là où celle des armoiries communales est tournée vers la gauche. «Il s’agit du sceau de Rodolphe III, qui a été le premier comte à utiliser ce symbole. Toutes les grues des comtes suivants sont tournées vers la gauche.» Une manière discrète d’affirmer que la nouvelle monnaie regarde vers l’avenir.

Créé: 22.05.2019, 08h51

Quelques monnaies romandes

Le léman

Première monnaie locale lancée en Suisse romande (en 2015), le léman est aujourd’hui accepté par 550 commerces tout autour du lac du même nom, en Suisse comme en France.

Le farinet

Créée en 2017, le farinet est aujourd’hui accepté dans 187 commerces répartis dans tout le Valais. 187'000 farinets sont en circulation aujourd’hui (contre 19'100 à son lancement).

L’épi

Le Gros-de-Vaud et le pied du Jura viennent tout juste de lancer leur propre monnaie, l’épi. C’était en septembre dernier. Il s’agit de la première monnaie locale 100% vaudoise. 46'000 coupures ont été imprimées et sont acceptées dans une quarantaine de lieux.

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