La maîtresse au feu, toute l’école au milieu

Oron-PalézieuxUne enseignante a été congédiée pour une lourde humiliation infligée à un bambin. Cette situation critique a mis en lumière un climat dégradé de longue date. Décryptage.

Image: VANESSA CARDOSO

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Un incident bien précis a valu à une enseignante d’Oron-Palézieux d’être licenciée la semaine dernière, comme le révélait Le Matin mercredi. En fin de carrière, cette maîtresse a été sanctionnée par la direction générale de l’enseignement obligatoire (DGEO) pour une humiliation extrême infligée à un bambin de classe enfantine, devant ses camarades.

Pas de coups portés, mais une atteinte psychologique telle que ce très jeune enfant, entendu au cours de la brève investigation menée par la DGEO, a pleuré à chaudes larmes en évoquant des faits décrits par d’autres camarades avec une précision telle que le doute n’a pas été permis. Un acte inacceptable a été commis et a nécessité une sanction définitive.

Des gestes brutaux

Dénoncée par des parents, confrontée aux témoignages de ses élèves, l’enseignante a reconnu partiellement les faits. Selon une personne proche, elle vivrait très mal le couperet mettant fin à une longue carrière qui l’a notamment conduite à occuper un poste de doyenne.

Selon plusieurs sources, elle était connue pour sa pédagogie quelque peu datée. Nos interlocuteurs évoquent une personnalité «rugueuse», ayant parfois des gestes physiques musclés voire brutaux et des propos humiliants ou inadéquats envers ses élèves. Ce registre plus du tout dans l’air du temps avait déjà été signalé à la direction par des parents.

Ces plaintes n’ont d’abord pas eu de suites officielles. Est-ce lié à la position hiérarchique de cette maîtresse? Nul ne se risque à l’affirmer. Mais au Canton on regrette que le grave épisode à l’origine de son congé n’ait été finalement signalé que plusieurs semaines après être survenu, laissant le temps au malaise de s’installer. Alors que la mission pédagogique de l’école serait accomplie à satisfaction à Oron-Palézieux, des difficultés se cristallisent autour d’une gouvernance peu outillée face aux situations de crise (lire encadré).

Ce malaise se superpose à un climat difficile depuis plusieurs mois dans cet établissement campagnard réparti sur dix sites. À Oron-Palézieux, l’école a subi, ces deux dernières années, de vives critiques de parents, créant un climat peu propice au dialogue et à la résolution des conflits.

Symptôme: l’association locale des parents d’élèves a rendu son tablier en septembre dernier. Elle a publié sur la Toile une lettre de neuf pages, sériant des dysfonctionnements variés au sein de l’établissement, allant de violences dans les transports à des manques de surveillance aux arrêts de bus, en passant par des épisodes de harcèlement, des problèmes d’horaires ou de gestion des smartphones.

«Ce qui est malheureux, c’est qu’un climat de défiance s’est mis en place et sans sérénité, l’enseignement va mal»

Avant que l’on apprenne, par réponse automatique de courriel, sa mise en arrêt maladie, le directeur Jean-François Détraz se défendait, mercredi matin: «Nous avons réagi à certaines de ces réflexions. Une enquête interne a été réalisée l’an dernier sur la violence et les conflits dans le milieu scolaire, en sondant les degrés 6 à 11. Il en ressort que notre établissement n’est pas plus ou moins agité qu’ailleurs dans le canton. Nous continuons dans cette voie en lançant une seconde analyse cette année, auprès de tous les enfants. Ce qui est malheureux, c’est qu’un climat de défiance s’est mis en place et sans sérénité, l’enseignement va mal.» Autres mesures prises, l’augmentation des périodes de médiation, la professionnalisation des enseignants médiateurs et la mise en place d’un conseil d’établissement, obligatoire mais longtemps différée, une plate-forme d’échange incluant tous les partenaires de l’école, parents compris.

Parents trublions

À l’interne de l’établissement, une source relève que le climat de travail proprement dit serait très bon et «unanimement salué» depuis l’entrée en fonction de ce directeur, il y a un peu plus de trois ans. Mais les remous causés par des affaires isolées pèseraient sur le moral des troupes: «Je ne comprends pas qu’une poignée de personnes parviennent à mettre à mal une école où cohabitent 700 élèves et plus de 100 enseignants, nous souffle-t-on anonymement. Je ne nie pas que des gens ont rencontré des difficultés, il y en a dans tous les établissements, mais elles ont donné lieu à des récriminations qui disqualifient tout l’établissement. Le cas malheureux de cette enseignante est du même registre. Une affaire isolée qui ne représente pas les conditions générales.»

Présentés à tous les étages comme des quérulents animés par un instinct parental surprotecteur, les ex-membres du comité ne peuvent plus s’exprimer au nom de l’association qui a été dissoute. Mais certains nous livrent avoir eu le sentiment de devoir «tirer la sonnette d’alarme» face à des témoignages de parents qui leur remontaient et d’agir pour protéger d’autres élèves dans le futur.

Le Canton est préoccupé

Cesla Amarelle, conseillère d’État en charge de la formation et de la jeunesse, ne cache pas être préoccupée par les difficultés internes mises en lumière par ce licenciement: «Le département avait identifié une dégradation du climat scolaire à Oron-Palézieux. Il s’agit de problèmes qui s’additionnent, mêlant difficultés avec des parents et des demandes de soutien à la direction de l’établissement. Des besoins ont été observés et clairement ressentis lors d’événements graves et dans de telles situations nous nous devions d’intervenir.»

La cheffe de département ne dévoile pas quelles mesures sont envisagées à la suite du dernier épisode en date, mais précise: «Le but n’est pas de mettre sous tutelle cet établissement. Nous allons tout faire pour appuyer les mesures qui doivent être prises, dans une approche non blâmante.» (24 heures)

Créé: 18.01.2018, 06h43

Cesla Amarelle sonde la violence en milieu scolaire

Des situations critiques insuffisamment cadrées peuvent finir par pourrir le climat scolaire, comme le montrent les difficultés rencontrées à Oron-Palézieux. Confrontée à un environnement social nouveau où se révèlent des violences aussi diverses que harcèlement, racket, vandalisme, humiliation, conflits, exclusion, le tout amplifié par les technologies de communication, l’école se doit d’élaborer des réponses. Pour l’heure, chaque établissement choisit le protocole qui lui convient pour gérer ces difficultés lorsqu’elles dérapent, ce qui ne serait pas fréquent, si l’on en croit le département.

En faisant sa tournée des écoles, en cours en ce moment, la conseillère d’État Cesla Amarelle a néanmoins constaté que ce souci revenait régulièrement, relayé de manière répétée par des parents d’élèves: «Le climat scolaire est plutôt bon dans le canton, précise-t-elle. Nous n’observons pas de dégradation en général, mais dans quelques cas nous pourrions améliorer la prise en charge et affiner nos réponses. Les établissements sont demandeurs d’appui face à ces situations.»

La cheffe de la Formation et de la Jeunesse est donc en train de lancer une enquête auprès de tous les établissements scolaires vaudois afin de dégager un état des lieux et de proposer un schéma d’action commun. «Les enseignants ont déjà reçu une «boîte à outils» pour savoir comment faire face à ces problématiques, au cours de leur formation initiale et continue. Nous allons maintenant sonder les établissements pour savoir de quoi ils ont besoin dans ce domaine», explique la magistrate.

La démarche sera menée rapidement afin d’arriver avant l’été à dégager un panorama des besoins et pouvoir ensuite proposer un concept cantonal couplant prévention et prise en charge des difficultés.

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