La régénération des Alpes vaudoises prend enfin corps

Alpes vaudoises 2020Après deux ans de réflexion et de concertation, le Conseil d’Etat livre un programme d’investissements qui doit permettre aux stations de se convertir au «tourisme 4 saisons».

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Au début, cela semble être une succession de mauvaises nouvelles. D’abord, il ne faut plus compter sur des «liaisons aériennes» à grand spectacle dans les Alpes vaudoises. Le gouvernement cantonal l’a annoncé mercredi. Il a fait une croix sur les téléphériques spectaculaires Leysin-Villars et Diablerets-Glacier 3000, que projetait la Communauté d’intérêt formée par les neuf communes de la région (CITAV). Ce n’est pas tout. La Commune de Château-d’Œx peut oublier le télésiège qu’elle espérait reconstruire jusqu’au sommet des Monts-Chevreuils.

Dans la région, et tout particulièrement dans le Pays-d’Enhaut, certains auront du mal à admettre tant de renoncements. Mercredi, pourtant, à la suite de leur annonce par trois conseillers d’Etat venus à l’Hôtel de Ville d’Aigle pour y dévoiler leur conception de l’avenir des Alpes, les réactions ont été plutôt positives.

Pour parvenir à ce consensus, le gouvernement aura pris son temps. Car le programme qu’il a présenté mercredi est le résultat de l’examen du fameux «Rapport Alpes vaudoises 2020» que la CITAV lui avait remis en juillet 2013. Chef du Département de l’Economie, le ministre libéral-radical Philippe Leuba explique la situation: «Dans l’intervalle, nous avons mené un intense travail de concertation avec tous les acteurs politiques et économiques concernés, défenseurs de l’environnement compris. Nous nous sommes entendus ainsi sur un programme faisable du point de vue technique et financier.»

Le petit train de la Berneuse
Cheffe du Département des infrastructures, la socialiste Nuria Gorrite enchaîne: «Notre objectif est d’accompagner la transition d’un tourisme encore principalement hivernal vers un «tourisme quatre saisons». Mais nous voulons aussi désenclaver toute cette région en la connectant plus efficacement aux réseaux de transports publics qui se renforcent dans l’ensemble du canton.»

Dans cette logique, le Conseil d’Etat n’a pas tiré un trait sur tous les grands projets. Il a inscrit parmi ses priorités le prolongement du train Aigle-Leysin. La nouvelle gare terminus sera adossée à la station de la télécabine de la Berneuse. Financé par la Confédération, l’investissement est évalué entre 30 et 50 millions. L’inauguration reste espérée pour 2020.

Outre les transports publics et la mobilité, le programme Alpes 2020 s’articule autour de trois autres axes: remontées mécaniques, hôtellerie et activités «quatre saisons». Pour sa seule part, le Canton apportera dans ces trois secteurs une centaine de millions de francs, qui devraient avoir un «effet de levier» sur l’engagement des autres sources de financement.

Pour assurer la viabilité des différents domaines skiables, le gouvernement a décidé de consacrer une subvention globale de 46 millions de francs au renouvellement des remontées mécaniques et à l’enneigement. Vingt et un projets sont retenus. Toutes sources de financement confondues, cela représente un investissement global de 117 millions de francs. Ministre de l’Aménagement du territoire, la libérale-radicale Jacqueline de Quattro a indiqué que les communes qui déclasseront rapidement leurs zones à bâtir excessives bénéficieront d’un «bonus LAT». Celui-ci consistera en une augmentation de la proportion du financement cantonal.

A l’aide des hôtels
Le Département de l’économie disposera, par ailleurs, d’une enveloppe annuelle de 500 000 francs pour favoriser la rénovation des hôtels de la région. Le taux de soutien sera de 10% pour les aides à fonds perdu et de 20% pour les prêts. L’aide récemment introduite par la Confédération s’y ajoutera. «Le montant des investissements retenus par le Conseil d’Etat avoisine les 70 millions», a précisé Philippe Leuba.

Un autre volet d’Alpes 2020 vise à développer les activités «hors ski» des différentes stations. Le Canton estime à environ 60 millions le total des investissements de ces prochaines années. Selon les projets, les taux de financement conjugués du Canton et de la Confédération pourront couvrir jusqu’à 80%.

Jacqueline de Quattro a aussi présenté le plan d’affectation cantonal qui protégera les 1645 hectares de l’espace marécageux situé entre le col des Mosses et La Lécherette. Satisfaite pour l’essentiel par la résolution de ce dossier qui traîne depuis vingt ans, Pro Natura estime «acceptables» les équilibres trouvés dans l’ensemble du cadre d’Alpes 2020. (24 heures)

Créé: 25.03.2015, 16h10

Frédéric Borloz, syndic d’Aigle, député PLR, président des Transports publics du Chablais

Leysin qui rit, Château-d’Œx qui pleure

«Globalement, nous avons obtenu le maximum de ce que nous pouvions espérer, même si on peut regretter le temps qu’il a fallu pour y parvenir. Le retrait des hauts des Monts-Chevreuils à Château-d’Œx est un bémol. Sur le principe du «bonus LAT», je considère que c’est un plus, même s’il faudra voir concrètement au moment où les communes voudront dézoner. Au chapitre mobilité, je regrette l’abandon du prolongement de l’Aigle-Sépey-Diablerets (ASD) jusqu’au début des pistes. Il faut, par contre, saluer l’accord trouvé pour le prolongement de l’Aigle-Leysin (AL) jusqu’à la télécabine de la Berneuse et la cadence aux 30 minutes pour l’ASD et l’AL depuis Aigle. Une déception tout de même: tous les projets ambitieux de développement (liaison au Glacier, liaison Leysin-Villars et même les Monts-Chevreuils) sont abandonnés. Les raisons sont moins à chercher du côté du Conseil d’Etat qu’à l’interne, où les intérêts des uns et des autres ont prévalu.»

Jean-Marc Udriot, syndic de Leysin, hôtelier, président de la Communauté d’intérêt touristique des Alpes vaudoises (CITAV)

«Le volet mobilité est clairement l’un des gagnants, notamment avec le prolongement de l’AL, qui profite à Leysin mais aussi à toute la région. Côté hébergement, l’aide du Canton est à saluer! Vaud est le seul canton, avec le Tessin, à proposer un tel soutien. Pour les remontées mécaniques, l’aspect le plus épineux du dossier, on s’en sort bien, sauf à Château-d’Œx. Mon principal message reste que, plus que jamais, les communes doivent parler ensemble au sein de la CITAV, malgré des désaccords. Nous ne sommes qu’au début de la construction des Alpes vaudoises.»

Charles-André Ramseier, syndic de Château-d’Œx

«Nous sommes très déçus par l’abandon des hauts des Monts-Chevreuils. C’est aberrant: sans cette partie haute, notre projet de Parc ludique d’apprentissage du ski sur le bas des pistes, qui lui est soutenu, n’a pas de sens! Nous sommes d’autant plus déçus que notre projet était modeste. L’argument écologique a fait pencher la balance.»

Michel Bongard, secrétaire de Pro Natura Vaud

«Pro Natura Vaud et le WWF Vaud ont appris aujourd’hui (ndlr: mercredi) avec satisfaction que le Conseil d’Etat vaudois ne financera pas de nouvelles grosses remontées mécaniques. De telles constructions, comme suggérées par le rapport Alpes vaudoises 2020 – notamment la liaison directe vers le glacier des Diablerets ou des remontées mécaniques aux Monts-Chevreuils –, auraient poursuivi la destruction du paysage des Alpes vaudoises. Le soutien aux transports publics et la protection du site marécageux entre Les Mosses et La Lécherette sont deux autres nouvelles réjouissantes pour la protection de l’environnement. Par ailleurs, l’augmentation de l’enneigement artificiel sera limitée, ce qui nous réjouit.»
K.D.M.

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