Le 13 juillet 1719, 104 chalets partent en fumée à Gryon

HistoireÀ l’aube, le village et son alpage de Taveyanne sont la proie des flammes. Récit, à quelques jours des commémorations.

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

«Douze familles ont tout perdu et à la montagne et au village et n’ont sauvé que les méchants haillons qu’ils portaient sur leurs corps.» Le récit du ministre Joseph Decoppet atteste du désarroi qui frappe la communauté en ce jeudi 13 juillet 1719. Les habitants contemplent les dégâts: tout le village ou presque est parti en fumée: «Vingt-six maisons, dix-huit greniers et vingt-quatre granges» sont détruits, dénombre-t-il dans ses notes jointes au procès des auteurs soupçonnés de l’incendie.

«Les pauvres gens à jeun, harassés et affligés, descendirent avec tant d’empressement que, quand ils arrivèrent au village, ils tombaient en défaillance»

Les villageois n’ont rien pu faire. Et pour cause: Gryon est quasi désert ce matin-là. La plupart des Tatchis sont mobilisés sur l’alpage de Taveyanne pour tenter de maîtriser l’incendie qui s’est déclaré là-haut, à 4 h du matin. Malgré leurs efforts, «on ne peut empêcher la consomption de 36 chalets, raconte encore Decoppet. Avant que le feu fut arrêté à la montagne, ils reçurent la nouvelle que le village de Grion brûlait; les pauvres gens à jeun, harassés et affligés, descendirent avec tant d’empressement que, quand ils arrivèrent au village, ils tombaient en défaillance. Ils virent leurs maisons brûlées ou près de l’être.»

Le feu se propage d’habitation en habitation. Partant de la maison d’un certain Jacques Amiguet, au Crêtelet peu avant 7 h du matin, il s’étend à celle de Jean Moreillon, puis celle du juré Jacques de Mage. Il n’épargne que peu de bâtiments. Certains portent aujourd’hui encore les stigmates de cet incendie, dans leurs poutres noircies.

Suspects torturés

Ces deux sinistres successifs laissent peu de place au doute: on penche rapidement pour la thèse de l’incendie criminel. Mais les auteurs présumés ne seront jamais condamnés. Emprisonnés à la maison forte de Salaz le 30 octobre, interrogés par le châtelain de Gryon et l’abbé de Saint-Maurice Louis Nicolas Charléty, Pierre et Michel Mage et Jacques Amiguet n’avouent pas. Même lorsque l’on recourt à la torture: «Les accusés niant constamment tout ce qui regardoit l’incendie et n’en étant d’ailleurs clairement convaincus, la Chambre de Salaz eut ordre de conclure après la 4e procédure […] que les accusés n’étant pas suffisamment convaincus, elles se contentent des peines de la prison et tortures qu’ils ont subies, les condamnant de plus aux frais de la procédure.» Pierre Mage, déjà banni en 1714 après une affaire d’adultère avec une bonne d’Échallens, fut de surcroît condamné à un second exil.

Après le désastre, l’abbaye de Saint-Maurice, dont Gryon dépend depuis le XIIe siècle, lance un appel à la solidarité. Les dons affluent de toutes les communes du gouvernement d’Aigle, du Pays-d’Enhaut, des bailliages de Vevey ou de Lausanne, relate Evelyne Moreillon, coauteur de «Gryon - Village de charme, terroir d’exception», à paraître ces prochaines semaines. Le village sera reconstruit, l’alpage de Taveyanne également. Une ancienne gravure montre le site tel qu’il devait être avant le sinistre. «Elle n’est pas datée, mais porte l’inscription «Tavayanna – Grion». Avec ces anciennes orthographes, elle doit peut-être dater d’avant l’incendie de 1719, observe Evelyne Moreillon. On ne reconnaît pas vraiment les chalets actuels. On voit aussi que les tavillons n’étaient pas cloués comme aujourd’hui, mais tenus avec des pierres.» Un cadastre publié en 1720, mais dont les relevés sont antérieurs, montre également «nettement plus de chalets qu’aujourd’hui. Ils étaient certainement plus petits et moins confortables qu’après les reconstructions», estime Evelyne Moreillon.


Sources
Archives de l’abbaye de Saint-Maurice (www.aasm.ch). Maurice Bonzon, «Trésors de mon pays», 1964. «Gryon - Village de charme, terroir d’exception», 2019.

Créé: 04.07.2019, 06h55

Programme

Samedi 13 juillet 300 ans après la drame, l’unité mobile des pompiers offrira une démonstration de son travail à Taveyanne pour le public et les propriétaires des chalets, de 14h à 16h. Verre de l’amitié offert par la commune de Gryon. Le lendemain, les pompier défileront en compagnie de l’Abbaye de Gryon.

Articles en relation

Procès et massacres des Juifs du Chablais

1348 Les Juifs ont été accusés de vouloir faire périr la chrétienté en empoisonnant l’eau. Ceux de Villeneuve ont payé un lourd tribut Plus...

Saint-Maurice a aussi son épine de la sainte Couronne de Notre-Dame

Le Matin Dimanche L’abbaye valaisanne vénère le pieux objet, offert par saint Louis, en 1262, en remerciement pour un don de reliques de Maurice d’Agaune. Plus...

Les Suisses se passeront de viande deux jours par semaine

Histoire d'ici - 1919 Face à la pénurie de bétail, le Conseil fédéral impose des restrictions drastiques. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.