Le Musée du Pays-d’Enhaut veut se profiler sur le papier découpé

Château-d'OexA la tête d’une grande collection de dentelles de papier, l’institution envisage de devenir le centre suisse du découpage

Le musée du Vieux Pays d'Enhaut sous les ciseaux de la découpeuse Anne Rosat

Le musée du Vieux Pays d'Enhaut sous les ciseaux de la découpeuse Anne Rosat Image: DR Musée du Pays-d'Enhaut

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Plus qu’un art désuet ou naïf suscitant les sourires condescendants des milieux artistiques, la tradition du découpage sur papier est bien vivante, animée de multiples courants et inspirations, allant de la classique poya ciselée en miroir à des animaux en 3D où chaque poil est criant de réalisme. Déjà titulaire d’une riche collection, le Musée du Pays-d’Enhaut entend devenir la vitrine de ce savoir-faire encore largement pratiqué en Suisse. La création d’une annexe destinée à devenir un Centre suisse du papier découpé est actuellement à l’enquête.

Tout est parti d’un constat: le découpage attise l’intérêt du public. Ce phénomène, le musée l’a éprouvé. «Ces quinze dernières années, la fréquentation baissait, expose son conservateur, Jean-Frédéric Henchoz. De 8000 à 10 000 entrées par année, on est tombé à difficilement 4000. A cha­que fois que nous organisions des expositions de découpages, ces chiffres remontaient.» Le besoin de se démarquer entre également en jeu: «Le Musée gruérien, à Bulle, celui de Saanen et nous-mêmes exposons à peu près la même chose, des objets de la vie passée dans nos vallées. Ce qui fait notre spécificité, c’est la collection de découpages. Si on veut se profiler, il faut se choisir une niche, et celle-là nous semble toute désignée.»

Un centre de compétence

Pour développer son projet, le musée s’est rapproché de l’Association suisse des amis du découpage sur papier (ASADP, lire ci-contre). De son côté, cette dernière cherchait à se doter d’un lieu où abriter les 800 ouvrages qu’elle possède, ainsi que 600 découpages contemporains.

Les ambitions des uns et des autres se sont rejointes. Un projet scientifique et culturel est en cours d’élaboration avec l’appui de la société spécialisée Thématis. Devisée à 3 millions, l’extension du musée est prévue sur une surface de 260 m2 sur deux niveaux comprenant un ascenseur. Elle permettra d’accueillir la bibliothèque et la collection de l’ASADP ainsi que deux grandes salles d’exposition, dont une dotée d’un mur audiovisuel. Ce nouvel espace sera raccordé au bâtiment actuel du musée, où l’exposition permanente sera maintenue. Objectif: atteindre 10 000 visiteurs par année, attirés par l’esthétisme, mais aussi par la soif de connaissance, puisque le centre aura la vocation de documenter sur ce savoir-faire qui n’est enseigné dans aucune filière artistique.

Créneau touristique

Ce centre porte aussi l’envie de développer une nouvelle identité touristique pour la région. En marge du déploiement de la ligne de chemin de fer TransGoldenPass reliant Montreux à Interlaken, le nouvel espace pourrait retenir le voyageur en vadrouille.

Le projet autour du papier découpé dope déjà l’inspiration des acteurs locaux. Ainsi, Pays-d’Enhaut Tourisme s’enthousiasme à l’idée de collaborer avec le musée pour créer un événement annuel autour du découpage touchant spécialistes et profanes. «Le découpage fait déjà partie de notre identité, remarque Frédéric Delachaux, directeur de Pays-d’Enhaut Tourisme. En tant que tel, c’est porteur. Mais ce créneau peut encore se développer car il y a un retour aux traditions. Aujour­d’hui, quand vous dites Château-d’Œx, on vous répond: «Ballons.» L’objectif serait que, d’ici à dix ans, on vous réponde aussi: «Découpage!» (24 heures)

Créé: 03.09.2015, 18h21

Berceau d’une tradition suisse

Créée en 1986, l’Association suisse des amis du découpage sur papier (ASADP) réunit 500 membres. Sa vocation est de préserver, mettre en valeur et pérenniser cet art par la collecte de documents, la création d’expositions ou d’ouvrages et l’encouragement à cette passion.

Tradition séculaire, le découpage a voyagé depuis l’Orient durant quatre cents ans pour arriver en Europe au XVIIe siècle. Il y est pratiqué dans les couvents et la bonne société, au point que, au XIXe siècle, il fait partie de la formation artistique des jeunes filles de bonne famille. Petit à petit,le découpage conquiert les campagnes. C’est précisément au Pays-d’Enhaut que vécut celui que l’on considère comme le père du découpage suisse, Johann Jakob Hauswirth (1809-1871), qui s’inspire de la vie montagnarde. Pour l’ASADP, c’est une légitimation supplémentaire à créer un lieu dédié au découpage dans ce berceau. La pratique y demeure d’ailleurs très répandue.

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