Le château de l’Aile sera bientôt à vendre

VeveyIl aura fallu plus de huit ans pour que l’édifice retrouve sa splendeur. Son propriétaire, Bernd Grohe, évoque son avenir.

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Après plus de huit ans de travaux, le château de l’Aile, à Vevey, brille à nouveau de toute sa magnificence, grâce aux investissements de son propriétaire, Bernd Grohe. Pour 24 heures, le millionnaire (fortune estimée entre 700 et 800 millions selon Bilan) lève un voile sur l’avenir du lieu et répond pour la toute première fois aux critiques, alors qu’il a été attaqué tant lors de la vente en 2007 que lors de la votation sur le Rivage en 2013.

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- Hormis la partie attenante à la salle del Castillo, le chantier touche à sa fin. Pourquoi un tel retard, alors qu’il était prévu qu’il s’achève fin 2014?
- Nous avons fait appel en premier lieu à des entreprises de la région, certaines avec un nombre d’employés modeste. Conséquence: à un moment donné, on ne peut pas avancer plus vite avec un effectif limité! De plus, il y a toujours des surprises dans un chantier hors normes tel que celui-ci. Parmi lesquelles la mérule, ce champignon qui s’attaque au bois, découvert dans la partie nord-ouest du château. A noter aussi que 90% des pierres ont été remplacées et donc retaillées. Cela a duré plus longtemps que prévu, car la carrière ne pouvait pas suivre.

- La découverte des plans du monument vous a-t-elle retardé en vous contraignant à revoir certaines options?
- Cela n’a pas modifié nos vues. Au contraire, cela nous a aidés et confortés dans nos choix.

- Qui l’habitera: vous, votre famille ou d’autres?
- Je n’ai jamais dit que j’y vivrais personnellement. Je réserve toujours le petit appartement pour mes proches. En revanche, une partie de ma famille avait l’intention d’habiter le grand appartement de 1000 m2. Ils ont changé d’avis après la votation de 2013.

- Pourquoi?
- La Ville s’était engagée à nous vendre la parcelle où était érigé le Restaurant du Rivage, à deux pas du château. La population a refusé de prolonger cette promesse de vente, comme si nous n’étions pas les bienvenus.

- Vous semblez affecté…
- Oui, j’ai été surpris de la façon dont j’ai été traité. Malgré la virulence des attaques mensongères quant au projet du Rivage, la Municipalité ne nous a pas soutenus. A part l’ancien syndic, Laurent Ballif, à titre personnel. On m’a qualifié de «méchant industriel allemand». Or maintenant, la population peut constater que j’ai tenu mes promesses. Si je n’avais pas sauvé ce monument historique, qu’en aurait fait la Ville, qui n’avait pas les moyens pour le restaurer?

- Vous avez acheté 1 fr. symbolique mais vous vous étiez engagé à rénover pour 19 millions. Quel est le montant final?
- C’était une somme minimale. J’ai effectué des sondages et des études pour faire le mieux pour ce château. Au final, la facture avoisine les 40 millions. De l’argent injecté dans l’économie locale.

- Début 2013, vous ne précisiez pas qui de vous ou de votre famille vivrait dans l’édifice. Etes-vous conscient d’avoir alimenté ainsi le procès d’intention fait par vos opposants, estimant que vous vouliez seulement réaliser une plus-value immobilière?
- Cela ne m’est pas venu à l’esprit qu’on puisse m’accuser de cacher quoi que ce soit. J’ai simplement agi par discrétion. Les membres de ma famille qui cherchaient une résidence dans le canton m’avaient demandé de ne pas les mentionner.

- Allez-vous revendre?
- Ma famille ne veut plus habiter le grand appartement et personne ne le louera. Je cherche donc effectivement un acheteur. Et si quelqu’un veut racheter l’ensemble, je suis ouvert! Mais je dois d’abord régler la question du mur phonique pour terminer les travaux à cet endroit.

- A quel prix sera-t-il mis sur le marché?
- Je ne sais pas. Je n’ai jamais eu d’objectif de rentabilité: je voulais seulement sauver le château. Si j’avais modifié la distribution historique des pièces pour créer plusieurs appartements, cela aurait été plus facile à vendre. Mais ce n’était pas mon but. Probablement que j’y perdrai de l’argent.

- Le château d’Hauteville est sur le marché pour 50 millions (avec du terrain, mais pas les pieds dans l’eau). A ce prix, vous réaliseriez un bénéfice…
- Le château de l’Aile n’a pas de terrain. De plus, habiter là signifie rentrer et sortir de chez soi devant tous les gens présents sur la place du Marché. Cela ne plaît pas à tout le monde.

- Vendrez-vous à n’importe qui sans états d’âme?
- Non! Je n’accepterai pas de le céder à quelqu’un qui ne respecte pas ce lieu et veuille détruire ce que je me suis donné tant de peine à restaurer. Il faut une personne avec de la culture et respectueuse de ce patrimoine, par ailleurs protégé. Et si personne ne veut acheter, peut-être que j’y ferai autre chose…

- L’ouvrir au public comme certains en rêvaient?
- La Ville a eu vingt ans pour le faire! Lors de nos discussions, les Monuments historiques ont insisté pour maintenir l’affectation d’origine, en habitat, ce que j’ai respecté. Mais pourquoi pas une maison d’hôtes? Certains membres de ma famille gèrent ce type d’établissements avec succès.

- Que ressentez-vous devant ce joyau rénové?
- Je suis fier. Cela valait la peine, car il est magnifique. J’ai eu un coup de cœur et j’avais la chance d’en avoir les moyens. On ne fait qu’une seule fois un tel projet dans une vie!

- Si c’était à refaire?
- Je me serais à nouveau engagé pour un si bel édifice, mais au vu des attaques que j’ai subies, certainement pas à Vevey! Même si les habitants m’arrêtent dans la rue ou m’écrivent pour me remercier de ce que j’ai accompli. (24 heures)

Créé: 12.06.2017, 06h42

Le mur phonique toujours en discussion

Bernd Grohe portait avec Frédéric Gumy un autre projet, à deux pas du château, et lié à ce dernier: le Projet 109 (où étaient prévus des appartements, un restaurant, une crèche et un espace culturel) au jardin du Rivage.

La Ville avait promis de vendre cette parcelle à Bernd Grohe. En échange, il avait notamment consenti à céder une partie du château de l’Aile pour réaliser l’isolation phonique entre ce dernier et la salle del Castillo, attenante.

Changement d’ambiance après la votation. Se sentant floué, Bernd Grohe n’a plus accepté de mettre à disposition son mur. Où en sont les négociations, qui durent depuis?

Au point mort. Bernd Grohe n’a d’ailleurs pas encore aménagé cette partie du château. Les travaux attendent qu’une issue soit trouvée. «Ce n’est pas dans mon caractère de créer des ennuis à la Ville, donc je pense que nous allons trouver une solution, dit Bernd Grohe. Pour l’heure, le bruit généré par la salle del Castillo est un problème: on entend même des guitares non amplifiées! Il faudrait que la Ville fasse des concessions. Une piste serait de changer l’affectation de cette partie du château: par exemple en bureaux au lieu d’habitation.»

Bernd Grohe

Les travaux auront coûté 40 millions au total. Le résultat remplit Bernd Grohe de fierté, et est salué par ceux qui auparavant avaient critiqué la démarche.
(Image: CHANTAL DERVEY)

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