Le conte veveysan de la bacchante et du journaliste

PortraitIl y a vingt ans, la Fête des Vignerons marquait le début d’une histoire d’amour pou Pauline et Xavier Borgeaud, sur fond de jeu du chat et de la souris.

Xavier et Pauline Borgeaud se sont rencontrés à la Fête des Vignerons 1999.

Xavier et Pauline Borgeaud se sont rencontrés à la Fête des Vignerons 1999. Image: CHRISTIAN BRUN

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Pauline et Xavier Borgeaud se sont rencontrés à la Fête des Vignerons 1999. Étudiant en lettres à Neuchâtel, Xavier a décroché un stage de cinq semaines à Radio Chablais et fréquente assidûment les locaux de Radio Arlevin, sur la place du Marché – projet pop-up du média et de la RSR couvrant l’événement; Pauline, elle, n’a pas du tout en tête de commencer une histoire, concentrée sur ses ultimes échéances à l’ECAL en marge des répétitions de Bacchante qui l’ont occupée les derniers mois. Pourtant, tout s’enchaîne avec naturel… dans un décor un poil original quand même. Alors que les moutons bleus d’Orphée défraient la chronique à la surface, il se murmure qu’on tire les cartes dans les profondeurs du caveau des Morts.

«On s’est mis ensemble à la mi-août. Un mois après, je lui ai filé les clés de mon appart veveysan», raconte la designeuse (textile et accessoires) dans leur logement épuré de Monthey. Lorsqu’il lui annonce son intention de venir avec ses affaires, celle qui habille aujourd’hui les chronométreurs des Jeux olympiques prend peur: «J’ai pensé: «Mince, moi qui aime quand c’est joli.» Mais Xavier débarque avec ses CD et trois T-shirts de métalleux; elle a alors la conviction que l’histoire va marcher.

Jet-lag et star de cinéma

Quand on l’interroge sur une ou deux anecdotes croustillantes au sujet de la Fête, le couple part dans un même éclat de rire: «Ça, on n’ose pas raconter… ça non plus.» Xavier évoque finalement leur première rencontre dans le studio de Radio Arlevin. Pauline rend visite à une ancienne copine d’école qui partage le micro avec le stagiaire. Ce jour-là, elle ne porte pas l’emblématique costume jaune avec coiffe violette des Bacchantes. «Elle était habillée tout en blanc, ça faisait star de cinéma, j’étais subjugué», se souvient Xavier, qui débarque dans la Riviera sans aucune notion de l’événement. «En bon Valaisan, je ne connaissais rien à la Fête, j’étais complètement jet-lagué.» Progressivement, il se laisse porter par les festivités, part à la rencontre de comédiens et comédiennes, d’armaillis, profite de l’ambiance vivante de la radio éphémère, où les gens vont et viennent.

Dans cette effervescence, le futur couple joue au jeu du chat et de la souris. Pauline enchaîne les prétextes pour passer voir son amie. Xavier, qui dit manquer de confiance en lui, mise sur «l’approche nickel» – un reportage nocturne dans les caveaux – et demande à Pauline si elle ne peut pas justement l’accueillir pour la nuit. «Je t’ai envoyé bouler, rit sa femme. Je t’ai dit: «C’est quoi ce plan de merde?» Xavier philosophe: «Pour dire mon degré de qualification en drague…» Les choses s’accélèrent néanmoins. Alors que les représentations touchent à leur fin, il apprend qu’il est engagé par Radio Chablais, où il travaille encore après des passages ailleurs, et commence simultanément une histoire avec Pauline. «Oui, c’était une belle journée», concède-t-il avec un large sourire.

Gros blaireau et tarots

Si Pauline et Xavier ont leurs billets pour cet été, elle n’y sera pas figurante, faute de temps et compte tenu de son expatriation valaisanne. «Mon seul vrai regret, c’est que mon papa ne soit plus là pour la faire», commente l’ancienne Bacchante. Elle et sa famille débarquent en 1977 dans la région, près de Chexbres. Très vite, de nombreuses personnes les enjoignent de participer à la grand-messe veveysanne. Sa mère, Française, et son père, un Neuchâtelois voyageur, s’interrogent: «C’est quoi ce truc?» Sans donner suite.

Devant l’ampleur de l’événement, ils le regrettent vite. Surtout le père. Pendant plus de vingt ans, il répète qu’il participera coûte que coûte à la suivante. Promesse tenue. En 1999, il s’engage corps et âme dans le groupe des Morts. Le soir, c’est costumé qu’il lit le tarot dans un caveau. De jour, ce mathématicien excentrique, qui aime se déguiser, prend part aux représentations avec une petite touche personnelle: n’appréciant pas les chaussons de rythmique prévus pour son groupe, il redessine sa silhouette avec des bottes ouzbeks ramenées de l’un de ses nombreux périples.

«Le lendemain de la Fête, c’était un jour pluvieux, comme si l’on était passés de l’été à l’automne. Mais nous avions quelque chose de nouveau à construire»

C’est d’ailleurs costumé qu’il croise une première fois son futur beau-fils, même s’ils ne font véritablement connaissance qu’après la Fête. Quentin, le fils de 12 ans de Pauline et Xavier, avale une pizza avant de repartir à l’école, sans perdre une miette de la conversation. Pour autant, il précise ne pas avoir entendu l’histoire déjà dix fois. Celui dont le premier mot fut «Silène» – en référence au personnage de 1999, pas vraiment glamour, que lui montrait sa mère sur des dessins de costumes –, détaille l’entrée en matière entre Xavier et son beau-père. Alors que le journaliste a emménagé chez Pauline, le couple est bombardé d’appels anonymes. «Un jour, raconte Quentin, mon père a répondu en criant: «Tu vas arrêter maintenant, espèce de gros blaireau?!» Mais cette fois c’était mon grand-papa.» Le beau-père conservera le surnom de «Blaireau» toute sa vie, précise Xavier.

La Fête de 1999 s’achève le 15 août. Le couple se souvient du bouillonnement permanent lors des célébrations, mais aussi de la retombée immédiate, dès le lendemain. «C’était un jour pluvieux, comme si l’on était passés de l’été à l’automne.» La vie normale reprend son cours, bien qu’elle et lui n’éprouvent pas la nostalgie glauque de l’après-fête. «On avait quelque chose de nouveau à construire.»


Notre dossier spécial consacré à la Fête des Vignerons (24 heures)

Créé: 08.04.2019, 09h03

Bio

1974
Naissance de Pauline et Xavier.
Août 1999
Rencontre du couple à la Fête des Vignerons; elle est figurante dans le corps des Bacchantes, il est stagiaire à Radio Chablais.
21 juin 2003
Mariage: les copines figurantes de Pauline refont la danse des Bacchantes avec le cri emblématique à leur arrivée.
13 octobre 2006
Naissance de Quentin, le fils du couple, dont le premier mot est «Silène».

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