Le faux riche aurait vécu de boniments en série

ProcèsUn Anglais comparaît pour avoir mené grand train grâce à des emprunts entre la Riviera et Gstaad.

Attentif, le prévenu s’est attaché à sa défense avec son avocat.

Attentif, le prévenu s’est attaché à sa défense avec son avocat. Image: GILLES-EMMANUEL FIAUX

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«On ne prête qu’aux riches», assure l’adage. Telle une incarnation de cette sagesse populaire, un quadragénaire anglais comparaît depuis mardi devant la Cour criminelle de l’Est vaudois, soupçonné principalement d’escroquerie par métier et de filouterie d’auberge. Depuis qu’il s’est installé en Suisse en 2005, posant ses malles entre Gstaad et la Riviera, ce père de famille aurait mené grand train au détriment de multiples dupes. Tantôt empruntant, tantôt laissant des ardoises à cinq chiffres, l’homme aurait réussi à obtenir près de 2 millions de francs, en liquide et en prestations.

Réunissant cinq plaintes mais évoquant de nombreux autres lésés potentiels, l’acte d’accusation détaille l’addition vertigineuse de ses agissements. Tour à tour, le citoyen de Sa Majesté serait parvenu à embobiner une comptable et un juriste du Saanenland, un agent immobilier indépendant de Château-d’Oex, un hôtelier-restaurateur et une école privée de la Riviera, flouant jusqu’à des établissements bancaires genevois réputés, fournissant à chaque fois les mêmes «assurances»: une réputation d’opulence, de soi-disant résidences à Monaco ou Marbella, la maladie de son épouse puis le veuvage, l’imminence de l’héritage maternel ou encore de supposés problèmes de santé.

Il obtient tout sans présenter une seule garantie officielle, si ce n’est les apparences offertes par ses tromperies précédentes. «On lui faisait confiance car tout le monde disait qu’il était très riche. Il nous disait qu’il lui fallait une certaine somme pour aller à l’étranger débloquer ses comptes et régler ce qu’il devait. On lui prêtait, dans l’espoir de revoir notre argent», soupirent les lésés, se reconnaissant mutuellement dans leurs récits croisés. Certains ont été jusqu’à s’endetter pour fournir des liquidités.

«Je n’ai menti à personne»

Devant ses juges, l’homme qui dort en prison depuis plusieurs mois estime n’avoir pas commis de malversation: «Je n’ai menti à personne, j’ai toujours dit que je finirai par payer. Je rembourserai l’argent que je dois.» Questionné sur ses sources de revenus, il n’avance aucune activité ou rentrée précise: «Je devais recevoir l’héritage de ma mère. Comme cela prenait du temps à se débloquer, j’ai décidé de monter une affaire à Dubaï. Cela devait très bien marcher mais il y a eu le krach immobilier de 2008 (...) J’avais deux ou trois autres business que je voulais lancer, notamment un projet d’école privée en Suisse.» «Avec quel argent?», coupe le président du tribunal, Franz Moos. «D’autres parents étaient prêts à me suivre.» «Cela s’est-il concrétisé?» «Non. Nous avons travaillé six mois au projet mais cela a été compliqué de trouver des lieux où l’implanter dans la région de Gstaad.»

Ainsi meurent successivement le rêve d’un projet immobilier dans l’Oberland bernois, l’illusion d’un complexe hôtelier à la Barbade, dont il fait miroiter la gestion au plaignant montreusien, actif dans la branche. «Il projetait sans doute tout cela pour que je continue à lui donner de l’argent, regrette le jeune professionnel de l’accueil. J’ai été con, j’ai tellement voulu y croire...»

Le Parquet retient également des menaces. Les protagonistes de ces différents épisodes sont plusieurs à évoquer le revirement radical du prévenu lorsque ses dupes, réalisant leur méprise, coupaient le robinet. L’accusé devra s’en expliquer mercredi.

Créé: 03.12.2019, 22h15

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