Le seul 5 étoiles des Alpes vaudoises devient chinois

VillarsUn groupe de Hong-Kong, présent dans le luxe, les vignobles en France, le golf et l’hôtellerie, en Angleterre et en Irlande a racheté le RoyAlp. L’Hôtel du Golf a aussi été acquis par un privé chinois.

Image: CHANTAL DERVEY

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Niché sur les hauts de Villars-sur-Ollon, le Chalet RoyAlp était à vendre depuis plusieurs années. Il a trouvé officiellement preneur le 19 mai dernier et passe désormais en mains chinoises. Philippe Attia, directeur général du 5 étoiles vaudois, le confirme à 24 heures, sans révéler l'identité du groupe de Hong-Kong (dont le nom est toutefois connu de la rédaction): «Les Chinois préfèrent rester discrets, se contente de commenter le directeur. Il s’agit d’un groupe financier présent dans la fintech (technologie financière) et le lifestyle. Il est également actif dans tout ce qui touche au luxe, soit l’hôtellerie, le golf et les vins français, avec des vignobles dans le Bordelais et en Bourgogne. Le Chalet RoyAlp est leur 9e projet acquis en quelques années après d’autres établissements notamment en Angleterre et en Irlande. Mais c’est leur premier palace en Suisse, où ils prévoient déjà d’autres acquisitions, si possible dans la région.» Selon leur site Internet, ils sont aussi présents dans le domaine de la santé, de l’aviation d’affaires et de la location de voitures d’entreprises. Dans la fintech, ils possèdent une base d’utilisateurs de 32 millions de personnes et entreprises pour un volume de transactions de 120 milliards de dollars en 2016.

Le personnel du RoyAlp, composé à 80% de gens de la région, a été avisé. Le chef français Alain Montigny, un «Meilleur Ouvrier de France» venu de Chantilly, près de Paris, avec une étoile au Guide Michelin 2017, continuera d’officier. Les vendeurs sont des propriétaires privés suisses et vaudois associés à un fonds d’investissement basé en Angleterre. Le prix de vente n’est pas communiqué.

Bons clients pour le shopping
Construit en 2008 et ouvert l’année suivante, le RoyAlp possède 63 chambres et 30 résidences de 100 à 360 m2 situées dans des bâtiments environnants, soit 93 unités. C’est un 5 étoiles membre des Leading Hotels of the World. Il bénéficie même d’un arrêt spécial du train qui mène au domaine skiable de Bretaye.

La clientèle est composée d’une moitié de Suisses et d’une moitié d’étrangers, surtout des Français, des Belges et des Britanniques, comptabilise Philippe Attia. Entre 2015 et 2016, l’arrivée des touristes chinois a correspondu pour son établissement à une hausse d’environ 13%, mais en partant de chiffres assez bas. Sur le plan suisse, elle a au contraire globalement diminué en raison du terrorisme en Europe, du marché des affaires en Chine et de l’insécurité, mais il est convaincu que cette destination particulière va reprendre très rapidement. Le touriste type chinois est un client qui va peut-être faire des économies sur son logement et son budget alimentation, mais qui conserve un important budget «cadeau», d’où l’intérêt pour le tissu économique local. On peut le constater autour des bijouteries de Lucerne, point de chute privilégié des Chinois qui y voient là une Suisse en miniature et où l’on évalue leur budget shopping à près de 30'000 francs.

Pour la station de Villars-sur-Ollon, la vente du RoyAlp est donc une bonne nouvelle à l’heure où les incertitudes planent sur l’avenir du Club Med qui n’est pas garanti au-delà de l’hiver prochain. En 2015, les villages de vacances du Club Méditerranée ont été rachetés précisément par le chinois Fosun, plus grand conglomérat privé de Chine continentale. La Chine est devenue le deuxième marché mondial du Club Med.

«C’est une chance pour une station comme Villars, peu importe le passeport des acquéreurs.»

Est-ce dire que Villars-sur-Ollon est en passe de devenir Villars-sur-Chine? Pour le directeur de l’Office du tourisme de Villars, Sergei Aschwanden, on n’en est pas encore là, même si le hasard veut qu’il soit un ancien médaillé de bronze de judo aux JO de Beijing: «La rumeur courait depuis un certain temps. C’est une chance pour une station comme Villars, peu importe le passeport des acquéreurs.»

Pure coïncidence, un autre établissement de Villars, l’Hôtel du Golf et Spa a aussi été racheté par un particulier chinois, le 16 janvier dernier. C’est un privé venu de la province du Yunan qui a racheté le 4 étoiles situé à deux pas de la gare et il n’a rien à voir avec le rachat du RoyAlp: «Il est venu un jour à 14 h. A 18 h, il avait acheté», confie l’ancien copropriétaire.

Pour Philippe Thuner, le président des hôteliers romands (ARH), la Lex Koller sur l’acquisition d’immeubles par des étrangers fait qu’un Chinois ne peut pas acheter un bien immobilier comme habitation, mais que cela ne concerne pas une exploitation professionnelle: «Les hôteliers ne sont pas très heureux de cette évolution où l’hôtellerie familiale a tendance à disparaître au profit de groupes financiers. Les Chinois achètent partout, même des territoires entiers en Afrique et des entreprises chimiques ou horlogères. Au moins, ils ne peuvent pas délocaliser les hôtels.» (24 heures)

Créé: 25.05.2017, 16h51

Interview

«La Chine compte aujourd’hui 12,5 millions de skieurs»

D’origine parisienne, le directeur général et administrateur du RoyAlp, Philippe Attia, est arrivé à Villars en 2015 après des études à l’Institut européen des affaires et à l’Université Cornell dans l’Etat de New York. Il a auparavant travaillé pour le Club Med, ainsi qu’à Disneyland Paris et dirigé des hôtels en France, en Turquie, aux îles Vierges et en Tunisie. Il a également été vice-président senior de Dolce Hotels and Resorts avant de devenir le CEO de l’Ecole hôtelière de Glion.




– Que représente la vente de l’établissement à un groupe chinois?

– C’est une belle opportunité pour les propriétaires qui cherchaient à vendre l’établissement depuis plusieurs années. Le personnel, dont le nombre varie de 70 à 110 suivant la saison, peut être rassuré pour son avenir. Rien ne va changer pour l’équipe de management. L’idée, avec le groupe chinois, est de capitaliser sur tout ce qui a été réalisé ces dernières années.

– Allez-vous développer la clientèle chinoise?

– Après avoir visité les grandes villes européennes, les touristes chinois se mettent à apprécier de plus en plus les stations de montagne, où ils bénéficient d’une tranquillité et d’un air pur qui contraste avec l’atmosphère polluée des grandes villes chinoises. Le niveau de vie s’y développe. Les Chinois se mettent aussi au ski et la perspective des prochains JO d’hiver de Beijing en 2022 devrait les pousser sur les pistes de ski. Lors de sa visite au Forum économique de Davos, en février dernier, le président chinois Xi Jinping a dit qu’il voulait convertir 300 millions de Chinois au ski. Le nombre de skieurs en Chine est passé de 10'000 en 1996 à 12,5 millions aujourd’hui. L’Ecole de ski de Villars a même accueilli des moniteurs de ski chinois en hiver avec l’appui de Suisse Tourisme.

– Et ouvrir au RoyAlp un nouveau restaurant chinois?

– Pourquoi pas? On pourrait apporter notamment une touche culinaire chinoise, de la cuisine fusion asiatique avec des plats européens.

Le Mirador et le Baron Tavernier déjà sous pavillon chinois

Un drapeau chinois flottant à côté des drapeaux suisses et européens, c’est déjà une réalité depuis plus d’un an au Mont-Péllerin au mât du Mirador Resort Spa. Détaché de la chaîne Kempinski, le 5 étoiles à la vue plongeante a été vendu à Citychamp Datong (Dartong), un groupe de Shanghai actif dans l’immobilier, la santé et le bien-être. L’hôtel appartenait depuis 1998 à l’Allemand Hartmut Lademacher qui avait ouvert un centre médical.

Le groupe Dartong contrôlé par l’homme d’affaires Hon Kwok Lung (850 millions de dollars selon le classement de Forbes) contrôle aussi la société horlogère Citychamp Watch Jewellery Group Ltd, cotée à la bourse de Hongkong. Elle possède les marques horlogères suisses Corum et Eterna, à Granges (SO). Pour sa nouvelle directrice, la Bâloise Yvette Thüring, l’arrivée des nouveaux propriétaires n’a pas bouleversé l’organisation de l’établissement de 63 chambres et n’a pas coïncidé avec une arrivée massive de touristes asiatiques: «Comme dans toute la Suisse, les Chinois sont en augmentation, mais un palace n’est pas taillé pour l’arrivée de grands groupes. L’hôtel reste suisse et j’essaie d’introduire toujours plus de «swissness», même si nous allons ouvrir en juin un restaurant… japonais.»

A portée de vue du Mirador, un autre groupe chinois - BT Gestion, à Hongkong, et actif dans l’immobilier et l’hôtellerie de luxe - a racheté en 2014 le Baron Tavernier, à Chexbres.

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