Le sulfureux Morand banni du château de l’Aile

VeveyLe propriétaire va offrir une nouvelle plaque commémorative mais sans le nom de l’écrivain comme sur l’ancienne.

Entièrement réhabilité, le château de l’Aile à Vevey sera prochainement orné d’une nouvelle plaque commémorative.

Entièrement réhabilité, le château de l’Aile à Vevey sera prochainement orné d’une nouvelle plaque commémorative. Image: Odile Meylan

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Contraint à l’exil après la Seconde Guerre mondiale, Paul Morand (né en 1888) sera banni des murs de Vevey, ville où il se réfugia en 1948. Le nom de l’écrivain français, commis du régime de Vichy notamment en sa qualité d’ambassadeur de Roumanie, figure depuis 1998 sur une plaque commémorative apposée sur une façade du château de l’Aile. Cette inscription a été enlevée dans le cadre des travaux de réhabilitation colossaux menés dès 2009 par le nouveau propriétaire. L’homme d’affaires Bernd Grohe avait acheté deux ans plus tôt à la Ville ce château, alors délabré, qui figure sur la liste des biens d’importance nationale.

Vibiscum, l’Association des amis du Vieux Vevey, a demandé à Bernd Grohe qu’une plaque commémorative soit à nouveau apposée. Le propriétaire a accepté, mais a décidé que l’inscription serait différente. Il va même payer la plaque, mais elle sera amputée du nom et du rappel du séjour veveysan de l’ancien hôte dérangeant. «Au niveau international, les fake news et le populisme cartonnent. Dans ce contexte, si M. Grohe a répondu positivement à la demande de Vibiscum, il a décidé, selon sa sensibilité personnelle, de ne pas mentionner le nom de «Paul Morand» sur la plaque accolée au château», détaille Frédéric Gumy, associé et porte-parole de Bernd Grohe.

La première plaque avec la mention Paul Morand. VIBISCUM

Antisémite et homophobe

Pour rappel, l’abondante correspondance échangée bien après guerre entre Paul Morand et Jacques Chardonne – autre exilé après la Libération – et publiée ces dernières années en trois tomes déverse, parmi ces milliers de lettres, des litres de fiel. Principales cibles: les Juifs et les homosexuels.

«La Municipalité prend acte de la décision du propriétaire du château de l’Aile, Bernd Grohe, qui, pour rappel, a racheté en 2007 le bâtiment à la Ville de Vevey», déclare la syndique, Elina Leimgruber. Mais l’Exécutif est-il enclin à retirer à l’académicien la bourgeoisie d’honneur que d’autres autorités de la Ville lui ont octroyée en 1976, soit peu avant sa mort? «L’octroi de la bourgeoisie d’honneur étant de la compétence du Conseil communal, la Municipalité ne se prononce pas à ce stade sur une éventuelle procédure d’annulation de la distinction accordée», poursuit l’édile.

Treize personnalités ont reçu cet honneur, dont le pianiste, compositeur, homme d’État et diplomate polonais Ignacy Paderewski et Ernest Ansermet, fondateur de l’Orchestre de la Suisse romande. Aucun hommage en revanche pour d’autres hôtes célèbres comme Gustave Eiffel, Henri Nestlé ou Jean-Jacques Rousseau.

La vie de château

Quant à l’auteur de «L’homme pressé», il a passé près de trois décennies paisibles au château de l’Aile, jusqu’à sa mort survenue en 1976. Il a déclaré «y avoir vécu les plus belles années de ma vie». Surtout, ce grand écrivain, membre du mouvement littéraire des Hussards – dont le chef de file fut Roger Nimier –, a composé au château certaines de ses œuvres majeures, dont «Hécate et ses chiens». «L’exil est un lourd sommeil qui ressemble à la mort», a-t-il notamment écrit dans un de ses romans.

Si aucune mention de Paul Morand ne sera gravée sur la nouvelle plaque, «toute personne intéressée trouvera cette information soit via un QR code placé sur la future plaque et qui renverra au site web de Vibiscum, soit dans la seconde édition des «Plaques veveysannes», ouvrage qui sera disponible dès le 12 juin», précise Danielle Rusterholz, présidente de Vibiscum. (24 heures)

Créé: 11.04.2019, 07h53

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