Le train a séduit les athlètes des JOJ

MobilitéLausanne 2020 fait le pari de la mobilité douce. Reportage dans le train ensommeillé en partance pour Les Diablerets.

Les organisateurs estiment que 80% du personnel accrédité pour les Jeux profite du train.

Les organisateurs estiment que 80% du personnel accrédité pour les Jeux profite du train. Image: Keystone

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Le silence règne dans les rames de l’Aigle-Sépey-Diablerets (ASD), en ce mercredi matin. La quarantaine d’athlètes présents à bord (sur quelque 150 au départ des deux slaloms du jour) en profite pour prolonger un peu leur nuit. «On doit se lever à 5h30 pour prendre ce train», signale Andrei Stanescu. Depuis vendredi, le Roumain se rend au Meilleret au moyen des transports publics. Le voyage dure environ deux heures et n’est pas de tout repos: depuis le village olympique, il faut emprunter le M1, le M2, puis un train des CFF où des wagons spéciaux sont réservés.

En gare d’Aigle, un groupe de bénévoles accueille les délégations et les oriente vers le bon train: l’ASD pour les skieurs, l’Aigle-Ollon-Monthey-Champéry pour les curleurs ou l’Aigle-Leysin pour les snowboardeurs (dès samedi). «C’était un peu plus difficile au début, mais après cinq jours de compétition, les athlètes ont pris l’habitude», témoigne Christian Abetel. «Ils sont bien encadrés et guidés par les chaperons de Lausanne 2020 qui les accompagnent durant le trajet», ajoute Jacky Vauthey.

À 6h52, les athlètes et leurs coaches débarquent du train en provenance de Lausanne sous la conduite de ces chaperons. Vêtus de chasubles fluos où figure le nom du site sur lequel ils se rendent, on les repère sans peine. Les bénévoles indiquent le quai sur lequel l’ASD les attend. Une fois à bord, les participants aux slaloms prennent leurs aises. On aperçoit des vestes biélorusses, irlandaises, japonaises, kosovares...

«Ce mode de transport donne lieu à de jolis échanges»

Dès l’élaboration de son dossier de candidature, le comité de Lausanne 2020 a plaidé pour le recours aux transports publics. «Notre volonté est de mettre en avant cette solution dans la vision de Jeux innovants et durables, explique Greg Curchod, responsable communication pour Lausanne 2020. Nous ne l’imposons à aucune délégation. Mais nous ne proposons pas de solution alternative.» Mardi, les organisateurs ont publié les premières estimations quant à la fréquentation des trains. «80% du personnel accrédité – athlètes et coaches par exemple – ont choisi la mobilité douce», annonce Greg Curchod.

Le dispositif mis en place par les TL est gratuit pour les détenteurs d’une accréditation pour les JOJ. Plusieurs équipes nationales ont pourtant fait le choix de louer bus ou voitures. À la clé, des déplacements plus courts et donc des nuits plus longues. «Mais cela a un coût. Les nations les plus riches peuvent se le permettre», réagit Nino Kurtanidze. La skieuse géorgienne profite du trajet pour visionner une série TV sur son smartphone. «Cette solution n’est pas idéale. C’est un long trajet, il y a pas mal de changements...»

Médaillées vs indigènes

Mirella Arnhold, coach de la Trinidadienne Abigail Vieira, est moins critique: «Il est certain que se déplacer en voiture fait une différence. Mais si on doit se lever un peu plus tôt, on a le temps de se relaxer. On peut tout aussi bien rester concentré dans le train qu’à bord d’un bus rempli d’athlètes.» Attachée de presse de la délégation irlandaise, Heather Boyle salue aussi l’initiative: «C’est une belle expérience à tester dans le cadre de ces Jeux.»

Pour Nicole Berseth-Duperret, l’un des chaperons qui accompagne les slalomeurs vers Les Diablerets, le pari est réussi: «Ce mode de transport donne lieu à de jolis échanges. Vendredi, un couple de la région est descendu de Villars assis en face des deux médaillées olympiques de ski-alpinisme.» Et Bernard Cavin d’ajouter: «Lundi, les écoliers ont pris le même train que les sportifs, l’ambiance était géniale. Pour ces enfants, c'est une chance de pouvoir les côtoyer.» Le nombre de changements de transports tout au long du trajet n’effraie-t-il pas les athlètes? «L’application mise en place par les TL simplifie les déplacements des jeunes», réagit Greg Curchod. «Ce sont des jeunes gens habitués à voyager, ils réfléchissent différemment, répond Bernard Cavin. C’est une belle opportunité de tester ces transports chez nous. Peut-être que dans quelques olympiades, ce sera devenu naturel et on n’y pensera même plus.»

«On peut aussi bien rester concentré dans le train que dans un bus rempli d’athlètes»

Sensibiliser les concurrents à la mobilité douce est une chose, «mais ce dispositif permet aussi de montrer au Vaudois qu’il est possible et confortable de se rendre en station en train», note encore Greg Curchod. Entre vendredi et dimanche, 1350 personnes ont acheté le billet à prix spécial JOJ proposé par le réseau Mobilis: 20 fr. la carte journalière aller-retour et 10 fr. pour les détenteurs d’un demi-tarif. «Les fans font bon usage de nos billets. Nous espérons que l’héritage des transports perdurera et que nos visiteurs continueront d’utiliser les transports en commun à l’avenir», réagit Christophe Jemelin, responsable des transports de Lausanne 2020.

Créé: 15.01.2020, 06h46

Ski alpin

Haïti, la délégation qui détonne



«Donner une image positive du pays.» Au pied de la piste du slalom géant des Diablerets, Jean-Pierre Roy, président de la Fédération haïtienne de ski, attend impatiemment la descente de Mackenson Florindo, 17 ans. Ce dernier est l’unique mais aussi le premier athlète d’une édition hivernale des Jeux olympiques à représenter la petite île des Caraïbes.

Dans l’aire d’arrivée, avant qu’il ne s’élance, beaucoup s’attendent à assister à un remake de «Rasta Rockett», un film s’inspirant de la participation de la Jamaïque aux épreuves de bobsleigh lors des Jeux olympiques d’hiver de 1988, à Calgary, au Canada. Il n’en est rien. En déboulant au bas de la piste, Mackenson Florindo surprend par sa maîtrise de la glisse. «Notre skieur fait partie de la diaspora haïtienne de France, révèle tout sourire Jean-Pierre Roy. Il a grandi dans les montagnes de la région de Grenoble avec sa famille d’adoption et pratique le ski depuis tout petit.»

Avec sa 51e place, il n’a certes pas terminé sur le podium ce jour-là. Mais le jeune athlète d’origine haïtienne a fait la fierté de sa délégation. Comme d’autres nations sans montagnes ou sans neige, Haïti entend en effet profiter des JOJ pour s’offrir une visibilité internationale et positive. «Au-delà de tous les problèmes qu’Haïti peut rencontrer actuellement, nous voulons montrer que nous sommes toujours là. C’est tout le pays qui est fier», se réjouit Jean-Pierre Roy.

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