Les Grangettes: un coin de paradis aux oiseaux d'eau

NovilleLa remise en eau du Bey complète un vaste projet visant à attirer les oiseaux nicheurs dans la réserve. Certains y ont déjà pris place.

Gestionnaire de la réserve, Olivier Epars a déjà observé l’arrivée d’oiseaux nicheurs depuis la remise en eau du Bey (ici, à dr., à son embouchure dans le nouvel étang).

Gestionnaire de la réserve, Olivier Epars a déjà observé l’arrivée d’oiseaux nicheurs depuis la remise en eau du Bey (ici, à dr., à son embouchure dans le nouvel étang). Image: Chantal Dervey

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

Un couple de martins-pêcheurs s’y est rué d’emblée. C’est que l’endroit, situé à Noville derrière la plage de l’Empereur, près de l’embouchure du Grand Canal – et interdit à l’homme – relève de l’hôtel cinq étoiles. Il y a là tout pour satisfaire l’oiseau d’eau le plus exigeant: quiétude absolue, nourriture à profusion et vue sur le Léman en prime. En curant et en réhabilitant l’ancien petit ruisseau le Bey sur 180 mètres presque jusqu’au lac, la Fondation des Grangettes vient d’achever sa plus importante opération d’entretien dans la réserve naturelle, redonnant ainsi aux espèces nicheuses un coin de paradis.

Espace… nuptial

Ce nouveau biotope, désormais connecté à l’étang majestueux de 2000 m2 créé récemment, constitue un ensemble idéal pour les nicheurs. «Nous sommes très heureux de voir s’arrêter nombre d’oiseaux d’eau en migration, mais notre intérêt principal est qu’ils s’établissent ici et qu’ils s’y reproduisent», explique Olivier Epars, gestionnaire de la réserve. La remise en eau du chenal d’embouchure du Bey devrait y contribuer. Cette opération constitue le point d’orgue d’un vaste projet comprenant la création, il y a trois ans, de l’étang de 2000 m2 ainsi que de dix petites mares permanentes dans le secteur de la Praille, entre le Grand Canal et le Vieux-Rhône.

L’amont du ruisseau le Bey, qui s’écoulait autrefois de Rennaz au lac, avait été relié au Grand Canal à la fin du XIXe siècle. Ce qui avait provoqué l’assèchement de sa partie inférieure, appauvrissant la biodiversité du site. Mais, désormais, ce nouveau complexe d’aménagements naturels devrait permettre d’attirer d’autres oiseaux rares, telle la marouette ponctuée, une espèce menacée, dont la dernière apparition dans la réserve naturelle remonte à 1961. Le grèbe castagneux commence déjà à y nicher. Et ce devrait aussi être le cas du blongios nain, le plus petit héron d’Europe.

L'homme répare ses erreurs

Aux Grangettes, l’homme recrée en somme ce qu’il a fait disparaître. Avec l’endiguement du Rhône en 1836, la plupart des anciens plans d’eau se sont asséchés, éloignant les oiseaux. C’est pourquoi, depuis une décennie, la fondation gérant le lieu s’est attelée à donner un coup de pouce à la nature avec la création de la lagune des Saviez ainsi que de l’île aux Bécassines (2008), d’un grand radeau à sternes (2010), ou encore en revitalisant le marais des Saviez (2012). Ce qui a déjà eu pour effet de faire revenir plusieurs espèces de nicheurs, grèbes à cou noir, mouettes rieuses, grands cormorans, goélands leucophées, petits gravelots ou autres locustelles luscinoïdes.

De plus, les petites populations de poules d’eau, de grèbes huppés, de sternes pierregarins, de rousserolles turdoïdes ou encore de râles d’eau se sont renforcées, alors que des signes de nidification apparaissent pour le bihoreau gris et le héron pourpré. Avec 280 espèces d’oiseaux, dont 70 de nicheurs, des roselières et 400 variétés de plantes, la réserve naturelle est devenue une véritable encyclopédie à livre ouvert.

«Les mesures prises ont porté leurs fruits, se réjouit Olivier Epars. Mais la mise sous protection de la réserve est aussi à l’origine de cette évolution réjouissante.» La tranquillité amenée depuis 2003 par le plan d’affectation cantonal (PAC 291) a en effet permis à une avifaune riche et menacée d’y reprendre très vite ses quartiers. Sa mise à l’enquête avait provoqué 200 oppositions. Puis, l’ancienne Association pour la cohabitation dans les Grangettes (ACG) a aussi déposé une pétition au Grand Conseil. Les 6700 signataires ont alors demandé, en vain, qu’il n’y ait pas de limitation de loisirs dans le périmètre des sites marécageux. En revanche, Pro Natura a obtenu la protection du lac devant le Gros Brasset. Le plan des circulations et la modification du PAC sur le lac mis à l’enquête avaient entraîné… 4068 oppositions, levées en 2002.

Des luttes territoriales

Ce site de 1100 hectares est désormais le plus grand du pays inscrit à l’inventaire des zones humides d’importance internationale. Pour l’anecdote, c’est une lettre écrite par un amoureux des Grangettes au conseiller fédéral Flavio Cotti qui a tout déclenché, en assurant la nouvelle fondation du soutien financier et scientifique de la Confédération et du Canton.

Jusqu’à quel point l’homme a-t-il sa place dans la nature? C’est la question qui s’est toujours posée pour les Grangettes ces trois dernières décennies. Depuis qu’elle a été créée en 1989, la fondation s’est battue pour que la présence humaine n’y soit pas trop forte. Mais ces luttes pour le territoire existent aussi parmi les animaux. Le couple de martins-pêcheurs, tout juste débarqué, défend le sien bec et ongles. «Il lui faut un kilomètre linéaire pour trouver sa nourriture, explique Olivier Epars. Et, à l’intérieur de cette zone, il ne laisse entrer aucun de ses congénères.» (24 heures)

Créé: 23.04.2017, 08h02

Une avifaune qui s'enrichit

Un couple de martins-pêcheurs s’est déjà installé. (Image: Fondation des Grangettes)

Des blongios nains ont été aperçus près du ruisseau. (Image: Philippe Noverraz/DR)

La marouette ponctuée est attendue. (Image: Jean-Marc Fivat/DR)

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

L'actu croquée par nos dessinateurs, partie 5

Pro Infirmis aide à reconnaître les artistes handicapés. Paru le 24 avril 2018
(Image: Bénédicte) Plus...