Montreux sacrifie un quartier potentiel à la LAT

Aménagement du territoireLa ville se prive de sept hectares de zone à bâtir. Elle est la première dans le canton à être conforme à la loi fédérale.

Image: Jean-Bernard Sieber

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La conseillère d’Etat Jacqueline de Quattro et le syndic Laurent Wehrli ont présenté mardi le bébé qu’ils viennent de porter sur les fonts baptismaux. Il s’agit du plan général d’affectation (PGA) de Montreux, pour lequel la toute première séance a eu lieu en… 1999, et qui vient d’être approuvé par l’Etat.

La nouvelle est d’importance à la fois pour le Canton et pour la Commune. En mettant en scène cette information qui, en d’autres temps, aurait à peine été communiquée, le duo PLR met l’accent sur la difficulté de l’exercice tout en prouvant que les obstacles peuvent être vaincus. Montreux vient de se rendre conforme à la LAT en sortant 70 '000 m2 de sa zone à bâtir. Elle est la première ville du canton à se trouver en conformité parfaite avec la LAT.

Dans le canton, 75% des localités ont sur leur territoire trop de parcelles constructibles et beaucoup ne cachent pas leur désarroi face à cette tâche de démantèlement qui implique le plus souvent des propriétaires privés.

«Je veux montrer aujourd’hui que les communes «LAT-compatibles», cela existe, insiste Jacqueline de Quattro. Montreux a accompli un énorme travail de rattrapage puisque son actuel PGA date de 1972. Il a été possible de combiner les exigences de la LAT avec une urbanisation de qualité.»

Fin de l’incertitude

Laurent Wehrli ne cache pas, quant à lui, son soulagement d’avoir enfin défini l’utilisation du sol de sa commune. Il fait valoir que le travail a été d’autant plus long et ardu que les cadres de référence (lois, règlements, périmètres compacts, carte des dangers naturels) changeaient sans cesse: «Les propriétaires et les milieux de la construction notamment ont dû faire et refaire des études, le tout dans un climat permanent d’incertitude.»

Désormais, la densification des différents centres de la ville devient possible. «Nous allons pouvoir nous consacrer à la construction de logements, dont 20% seront en loyers abordables. L’idée nous plaît que nos enfants puissent continuer d’habiter à Montreux.»

Les 70'000 m2 touchés passent de zone à bâtir à zone intermédiaire. Ce sont des terrains situés entre Chernex et Fontanivent, au lieu dit l’Aire de Prélaz. Théoriquement, tout un quartier aurait pu voir le jour à cet endroit. Les parcelles sont seulement en partie propriété de la Commune. Des propriétaires privés voient donc leurs mètres carrés passer de constructibles à non constructibles ou, pour le moins, à «non-constructibles-pour-le-moment».

Laurent Wehrli indique que les propriétaires «ne perdent rien ni ne gagnent rien. Ils n’ont pas de projet de construire pour l’instant et ne s’opposent pas au changement de zone. S’ils veulent construire plus tard, ils devront trouver des compensations, soit faire dézoner des terrains ail­leurs. Ce processus pourrait se faire avec la Commune; rien n’est encore défini.» Christian Neukomm, municipal de l’Urbanisme, relève qu’à ce stade il faut faire primer l’intérêt général sur l’intérêt particulier.

Jacqueline de Quattro met en avant le fait que toute cette opération s’est conduite en lien étroit avec le Service du développement territorial (SDT). L’enjeu est de tail­le: il s’agit de conduire les 245 communes concernées à réduire leur zone à bâtir. La conseillère d’Etat a récemment insisté sur ce fait et demandé qu’elles mettent déjà des sommes en lien avec cet exercice dans leur budget 2016. L’objectif est d’être entièrement conforme à la loi d’ici à deux ans, pour pouvoir recommencer à développer le canton. (24 heures)

Créé: 16.06.2015, 18h27

«Il faut comprendre que le droit supérieur s'applique»

Le syndic Laurent Wehrli raconte que l’élaboration du plan général d’affectation de Montreux n’a pas été un long fleuve tranquille et que les municipaux ont parfois eu envie de le «jeter par la fenêtre» à force de devoir le reprendre. Trois questions.

Il aura fallu dix ans pour aboutir. La récente loi sur l’aménagement du territoire a-t-elle constitué un obstacle important?

Oui, mais, si j’ose dire, on avait l’habitude. Ce qui nous a le plus surpris au cours de ce long travail, c’est la carte des dangers naturels. Certaines fiches bloquaient carrément tout. Mais nous avons pu discuter et nous avons été entendus. Cette carte n’est pas à proprement parler une loi.

Quel conseil donneriez-vous aux autres communes?

D’être patientes et persévérantes… Il faut chercher des solutions en partenariat avec le Service du développement territorial. Il faut comprendre que le droit supérieur s’applique et cela en dehors de toute considération politique.

Un promoteur vous demande 2 millions de francs pour rembourser ses frais d’études après que vous avez annulé le projet de port de plaisance entre le Centre de Congrès et le parc de Vernex.

Oui, c’est vrai. Je n’ai pas de nouvelles pour le moment et je suppose que ce promoteur va se signaler par le biais d’une opposition au PGA. Le Conseil communal a pris la décision (ndlr: alors que la Municipalité et le Canton avaient donné un avis favorable) . La Municipalité avait d’ailleurs prévenu le Conseil qu’il fallait s’attendre à des demandes d’indemnisation. Et, de manière générale, on doit aussi imaginer qu’il peut y avoir encore des recours contre le PGA.

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