Premier coup de pouce à 60 millions pour dompter le Rhône

ChablaisUn premier crédit destiné à lancer les travaux de la 3e correction du Rhône sera soumis aux députés avant la fin de l’année. Le chantier doit durer 25 ans.

A Aigle, l'élargissement du lit du Rhône permettra de sécuriser la zone industrielle et de reconnecter au fleuve une ancienne forêt alluviale, dans le secteur de l'Ile des clous

A Aigle, l'élargissement du lit du Rhône permettra de sécuriser la zone industrielle et de reconnecter au fleuve une ancienne forêt alluviale, dans le secteur de l'Ile des clous

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«S’il est long, le Rhône n’a rien d’un fleuve tranquille», souligne la conseillère d’Etat Jacqueline de Quattro. Et de rappeler les inondations de 1935 dans le Haut-Lac ou celles de 2000, dans tout le Bas-Valais. Dans le Chablais, une crue massive pourrait occasionner pour 2,2 milliards de francs de dégâts. La zone industrielle et commerciale d’Aigle est particulièrement exposée.


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S’en prémunir coûtera 730 millions de francs, pour le seul tronçon de 30 km situé entre Lavey et Noville. Un chantier qualifié de «pharaonique» par la conseillère d’Etat, et pour cause: «Ces travaux vont nous occuper entre 20 et 30 ans!»

Le premier «coup de pouce» financier à la 3e correction du Rhône pourrait intervenir avant la fin de l’année sur la rive vaudoise du fleuve, sous réserve du vote des députés: le Conseil d’Etat vient d’accorder une enveloppe de 60 millions destinés à financer la première phase de travaux sur les 10 prochaines années. S’y ajouteront une aide fédérale de 61 millions, une part communale de 4 millions et les montants nécessaires aux travaux sur la rive valaisanne (185 millions).


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Dans un premier temps, deux tronçons seront concernés. Celui situé entre Bex et Yvorne et jouxtant notamment la zone industrielle d’Aigle. Et l’embouchure du fleuve, sur la commune de Noville, où un delta sera aménagé sur une surface de 80 ha. «Les travaux menés entre 1860 et 1890 puis entre 1930 et 1960 ont consisté à canaliser toujours plus fortement le fleuve, mais n’ont pas résolu le problème, constate Jacqueline de Quattro. Nous avons donc privilégié une autre approche.» Les grands principes sont simples: «Nous élargissons le Rhône pour lui permettre de retrouver sa dynamique, explique Philippe Hohl, chef de la Division ressources en eau et économie hydraulique. Ce faisant, on abaisse son niveau et on peut aménager des digues plus plates et donc plus solides.»

Savoir rester humble

La 3e correction sera-t-elle réellement la bonne? «Face aux éléments naturels, il faut savoir rester humble, répond la conseillère d’Etat. Je suis certaine que les crédits précédents avaient pour but de régler définitivement le problème. Avec cette solution, nous réduirons le risque au maximum.» «C’est aussi l’une des nouveautés de cette correction: nous acceptons un risque résiduel, ajoute Philippe Hohl. Des ouvrages de protection seront aménagés à l’arrière de la digue dans certains secteurs.»


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L’enjeu est prioritairement sécuritaire donc, mais il est aussi économique et écologique, ajoute Jacqueline de Quattro. «Nous nous devons de protéger les personnes et les biens. Mais aussi l’activité économique de la région. Le Chablais se développe rapidement. En sécurisant la plaine du Rhône, on se donne les moyens de maintenir cette dynamique.»

Sur le plan écologique, le delta sera l’un des points forts du projet. D’autres secteurs seront revitalisés, à l’image de l’île des Clous, à proximité du Centre mondial du cyclisme à Aigle où une forêt alluviale sera reconnectée au fleuve, grâce à l’élargissement de son lit. L’argumentaire ne semble pour l’heure pas émouvoir les milieux écologistes (lire l'encadré). Ils auront l’occasion de le faire savoir lors de la mise à l’enquête, prévue encore cette année. (24 heures)

Créé: 01.09.2017, 14h22

«La nature est perdante»

Vendredi, Pro Natura Vaud a réagi promptement à la présentation du crédit cantonal de 60 millions destinés à financer la première phase de la 3e correction du Rhône. «Les quelques grands élargissements prévus, a priori positifs, ne seront réalisés que dans des zones déjà dévolues à la nature. Le Plan sectoriel qui donne le cadre de ce projet est trop étriqué et, en l’état, il sera impossible d’obtenir un bilan positif pour la nature.»

Pour Jacqueline de Quattro, le dialogue est pourtant ouvert avec les milieux écologistes. «Nous avons fait le choix de ne pas entrer trop tôt dans une démarche participative, pour que le dossier puisse aller de l’avant. Mais nous avons rencontré les associations pour entendre leurs suggestions. Ce n’est qu’avec leurs connaissances que nous pourrons aboutir à la meilleure solution.»

L’association salue l’ouverture toute récente du dialogue mais estime que «les marges de manœuvre sont devenues trop restreintes pour tenir compte des intérêts de la nature».

Les oppositions semblent certaines: «La protection contre les crues est une nécessité et il faut aller vite pour protéger les habitants. Mais le Canton prend le risque de retarder le début des travaux s’il ne respecte pas les lois en vigueur, qui imposent que toutes les interventions à but sécuritaire dans les cours d’eau soient accompagnées de mesures améliorant la biodiversité», avertissent les représentants de l’association.

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