Rossinière rêve d’innover pour valoriser son bois

DéveloppementPour son futur centre d’activités Gare-Grand Chalet, l’exécutif mise sur une construction révolutionnaire et des matériaux 100% locaux.

Le développement du périmètre jouxtant le Grand Chalet de Rossinière est délicat.

Le développement du périmètre jouxtant le Grand Chalet de Rossinière est délicat. Image: Chantal Dervey

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Le Grand Chalet en est l’emblème: la construction en bois massif est inscrite dans les gênes du Pays-d’Enhaut. «Au fil des siècles, ce savoir-faire s’est perpétué. Mais la région n’est pas coupée du monde! On construit quand même des chalets avec toutes les commodités modernes», s’amuse Jean-Pierre Neff, syndic de Rossinière et à la tête d’une entreprise de menuiserie.

Peut-être pour le prouver, mais surtout pour valoriser une filière bois malmenée, l’édile rêve d’un nouveau centre d’activités 100% bois, 100% local et 100% novateurs. Evoqué depuis 2009 et maintes fois retardé, le projet envisagé sur l’unique parcelle constructible en mains communales, sise entre la gare et le Grand Chalet, va de l’avant. Mardi, le Conseil communal se penchera sur un crédit de 76'000 fr. en vue d’une étude de variantes.

Situé dans un secteur stratégique à l’entrée du village, mais hautement sensible du fait de la présence du Grand Chalet, le complexe devrait regrouper une centrale de chauffe à bois (lire ci-contre), les locaux de la voirie et du Groupement forestier du Pays-d’Enhaut, ainsi que des surfaces destinées aux entreprises locales. Le centre d’architecture vernaculaire projeté par l’EPFL n’est en revanche plus d’actualité.

Savoir séculaire et lasers

Dans l’attente du vote, les premières ébauches ne sont pas encore tracées. Mais la tête d’Yves Weinand, l’architecte qui sera mandaté pour cette étude, fourmille d’idées. «Rossinière est un musée à ciel ouvert. Je trouve passionnant de voir cette architecture préservée où chaque élément répond à une fonction spécifique.»

Le professeur de l’EPFL à la tête de l’institut IBOIS entend bien s’inspirer de ce savoir-faire ancestral pour mieux le replacer à la pointe du progrès. «Au-delà de l’aspect du bâtiment qui reste à définir, je m’intéresse au système de construction. L’idée serait déjà de travailler sur le choix des arbres à l’aide d’outils technologiques de pointe. Avec des relevés au laser et des algorithmes, nous pourrons définir comment agencer chaque tronc en limitant la transformation. Un peu comme on choisit les pierres qui s’empileront de la manière la plus adéquate dans un mur en pierres sèches.»

L’idée séduit Jean-Pierre Neff à plus d’un titre. «On renoue avec un savoir-faire ancien. On ne traçait pas les plans d’un chalet en madriers. C’est le bois disponible qui le dictait. Il y a aussi un enjeu économique. On a des forêts avec des arbres d’une qualité exceptionnelle, des bûcherons et des scieurs au Pays-d’Enhaut, mais il y a un manque sur la 2e transformation. Nos scieries produisent des planches qui sont envoyées à l’étranger pour être transformées en parquet ou autre. En utilisant du bois massif le plus proche possible de son état d’origine, on peut imaginer qu’aucune matière première ne quittera la région. C’est une belle opportunité pour dynamiser l’ensemble de la filière.»

Compartiments en bois

Autre innovation qui pourrait être intégrée à la construction: «L’intention est d’isoler le bâtiment en emprisonnant de l’air dans des compartiments en bois. On éviterait ainsi le recours à d’autres matériaux isolant et on tendrait vers un bâtiment quasi entièrement en bois.»

Idéal pour Rossinière, qui se trouve être le plus grand propriétaire forestier du Pays-d’Enhaut. «La matière première est là. En plus, nous touchons des subventions pour exploiter ces forêts de protection», note le syndic. Qui ajoute: «Le but de ces études est précisément de pouvoir renouer les contacts avec les différents partenaires intéressés. Romande Energie veut investir dans la centrale de chauffe, le Canton de Vaud et les communes de Rougemont et Château-d’Œx participeront si le Groupement forestier s’installe là. (24 heures)

Créé: 11.03.2017, 17h55

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Le Grand Chalet dort sur une «bombe»

Un crédit d’étude voté en mars, un choix de variantes à opérer avant l’été, une mise à l’enquête pour fin 2017. Le calendrier articulé par la Municipalité de Rossinière pour développer le centre d’activités Gare-Grand Chalet est serré.

Pourquoi une telle précipitation après quasi 10 ans de retards et de blocages? Les raisons sont multiples. «D’abord, un projet de recherches auquel participe le professeur Yves Weinand et financé par le Fonds national de la recherche pourrait profiter à cette construction. Les chercheurs n'attendront pas sur notre commune», explique le syndic Jean-Pierre Neff.

De plus, les autorités craignent de voir les investisseurs disparaître, en raison des lenteurs administratives. «Romande Energie est intéressée par notre projet de chauffage à distance. Nous voulons leur présenter rapidement un projet plus concret.»

Enfin, et surtout, il en va peut-être de l’avenir de l’inestimable Grand Chalet, plus grande construction en bois massif de l’arc alpin. «Il faut savoir que cet édifice est aujourd’hui chauffé à l’aide d’une citerne à mazout, soudée dans sa cave et cette installation arrive en fin de vie. Le Grand Chalet dort sur une «bombe» et le service cantonal du patrimoine verrait d’un bon œil son raccordement rapide au chauffage à distance.»

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