Trop nombreux, les sangliers pourraient laisser leur peau aux Grangettes

RégulationFace à la prolifération exponentielle du suidé dans la basse plaine du Rhône, le Canton propose une mesure drastique.

Les porcs sauvages se multiplient à la faveur des hivers doux. À tel point que, exceptés dans la réserve naturelle des Grangettes, les chasseurs peuvent procéder à des tirs de régulation hors période de chasse, du haut de leurs postes d’observation.

Les porcs sauvages se multiplient à la faveur des hivers doux. À tel point que, exceptés dans la réserve naturelle des Grangettes, les chasseurs peuvent procéder à des tirs de régulation hors période de chasse, du haut de leurs postes d’observation. Image: DGE-CHASSE

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Coriace, rusé, le sanglier a une incroyable faculté de s’adapter à son environnement et de résister à la pression de la chasse. Alors qu’il prolifère dans la basse plaine du Rhône, le suidé sauvage a trouvé dans la Réserve naturelle des Grangettes l’endroit idéal pour ne pas se faire canarder. La journée, il s’abrite dans les bois, les ronciers, les roselières, avant de partir, entre chien et loup, labourer les champs environnants. Peut-être plus pour longtemps.

«Des réflexions sont en cours sur la possibilité d’entreprendre des mesures ciblées de régulation de la population de sangliers dans la réserve des Grangettes. Pour autant qu’une telle opération soit autorisée par l’Office fédéral de l’environnement, nous veillerons à faire en sorte que ces mesures soient en adéquation avec les objectifs de protection de la faune du site», annonce Frédéric Hofmann, chef de la Section chasse, pêche et surveillance au Canton.

Pro Natura, qui s’est opposé par le passé à des battues dans les Grangettes, ne veut pas encore se prononcer sur cette éventuelle mesure. «Nous voulons d’abord rappeler que la présence du sanglier est la conséquence directe du système agricole, notamment des cultures maraîchères et du maïs, dans la région. Nous attendons les arguments et surtout des documents et informations sur les dégâts constatés», résume Michel Bongard, secrétaire de Pro Natura Vaud.

Plaintes pénales déposées

Cette position conciliante n’est pas partagée par tous. D’autres défenseurs de la cause animale sont suspectés au mieux de gêner les tireurs, au pire de saboter les affûts des chasseurs. À tel point que des plaintes pénales émanant de ces derniers et une dénonciation lancée par le Canton ont atterri sur le bureau d’un procureur veveysan. Motifs? Tentative de dommages à la propriété et entrave à la loi fédérale sur la chasse et à la loi cantonale sur la faune. L’instruction est à bout touchant. Les mis en cause refusent catégoriquement de s’exprimer avant les décisions du magistrat.

Les tensions sont particulièrement exacerbées de par la prolifération de l’ongulé en terre vaudoise («24 heures» du 17 mars). «Depuis 1973, je n’ai jamais vu autant de dégâts. Des sangliers, il y en a partout, c’est hallucinant», déclare Daniel Echenard, agriculteur depuis 1973 à Chessel. La région est en effet envahie depuis maintenant deux ans par des hardes qui dévastent tout sur leur passage nocturne.

Champs labourés, serres détruites, clôtures – pourtant électrifiées – abîmées, rien ne résiste au suidé qui se reproduit à vitesse grand V. «Ces dernières années, on estimait l’effectif à une quinzaine d’individus au terme de la période de chasse. Cette année, les gardes-faune font état de 70 à 80 bêtes. Sans intervention, on pourrait en comptabiliser jusqu’à 150 cet été. D’autant plus que les laies deviennent fertiles toujours plus tôt et qu’elles peuvent mettre bas entre trois et huit marcassins, trois fois en deux ans», annonce Frédéric Hofmann.

Endurant, le sanglier traverse le Rhône à la nage et «peut parcourir 30 km dans la nuit», souligne Daniel Echenard, qui a clôturé et électrifié ses 7,5 hectares de parcelles dans sa commune, ainsi qu’à Yvorne, à Bex et à Noville. L’alpage sied également à cet animal, aperçu à Torgon (VS) et à Leysin.

Nourriture en abondance

Principale raison de la prolifération? Deux hivers peu rigoureux qui ont fourni au sanglier une nourriture en abondance, notamment des fruits et des baies. Du pain bénit pour l’omnivore, «dont la nourriture de base dans notre région est le maïs, cultivé pour ses excellents rendements», précise Jean-Luc Mayor, agriculteur à Aigle et expert taxateur dans la région pour les calculs d’indemnisation.

«Peu importe la culture, maïs, blé, betterave sucrière, ils rebouillent tous les champs et bouffent tout ce qu’ils y trouvent», complète Pierre-Alain Favrod, agriculteur et municipal novillois. En sa qualité de député, il a questionné récemment le Conseil d’État pour savoir pourquoi la période de la chasse n’était pas étendue dans le Chablais, alors que cela se fait ailleurs dans le canton. De nombreuses lettres et doléances sont adressées à l’État.

Pourtant, les services concernés ne restent pas les bras ballants. Un plan de gestion cantonal est intégralement dédié à l’omnivore. Avec en corollaire des mesures d’indemnisation pour les agriculteurs. «L’État rembourse 29 francs l’are, soit environ 1000 francs pour une petite parcelle de 3500 m2», résume Jean-Luc Mayor. Autre mesure, des préposés agricoles ont été formés pour informer et assister les agriculteurs. (24 heures)

Créé: 29.04.2018, 17h51

L'un des postes d’observation. (Image: DGE-CHASSE)

Une soixantaine de bêtes abattues en 2017

Le principal enjeu demeure la réduction des effectifs exponentiels des sangliers. Des tirs de régulation extraordinaires, hors période de chasse, sont régulièrement effectués dans la «zone à risque» chablaisienne dont l’épicentre est à Noville. Aussi dans les sept autres zones à risque identifiées dans le canton. «Ces tirs sont très réglementés, conformément aux dispositions fédérales et cantonales bien définies. Notamment au niveau des périodes de chasse, des heures, de la distance, de l’angle de tir, de l’usage éventuel d’une source lumineuse, des mesures de sécurité, etc.», détaille Frédéric Hofmann.

Quasi toutes les nuits, un peu avant le crépuscule jusqu’à l’aurore, les chasseurs de l’Est vaudois s’affairent. «L’an passé, nous avons tiré avec succès une soixantaine de bêtes», révèle Alexandre Lachat, président de la Diana Alpes vaudoises.

Une vingtaine de chasseurs, qui ont un permis spécifique pour l’abattage du sanglier, assistent les gardes-faune de la plaine du Rhône. Treize affûts ont été dressés à la lisière de la Réserve naturelle des Grangettes, pour permettre au personnel de tirer le sanglier. Cible privilégiée, les jeunes reproducteurs de moins de 2 ans. La viande est vendue par le Canton – une thune le kilo –, d’abord aux agriculteurs, puis aux restaurateurs.

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