Un hypothétique hôtel sème la zizanie aux Mosses

Ormont-DessousLa Municipalité veut étudier l’avenir de la station. Mais des citoyens l’accusent de servir des intérêts privés. L’affaire a pris un tour juridique.

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La Municipalité d’Ormont-Dessous fait-elle le lit d’un investisseur privé? C’est le soupçon émis par plusieurs citoyens en avril, puis jeudi en séance du Conseil communal. Par deux fois, les élus ormonans ont été appelés à se prononcer sur un crédit de 107'000 fr. «pour l’étude d’un avant-projet de développement d’infrastructures sur le plateau des Mosses». La création d’un centre aquatique figure parmi les premières idées esquissées. Un projet qui pourrait être allié à la création d’un hôtel.

Retiré de l’ordre du jour le 5 avril, cet objet a passé la rampe jeudi, suite à un débat fleuve. Mais les réserves des opposants demeurent. Au terme de la séance, plusieurs opposants promettaient une suite pénale à l’affaire.

Propriétaire du Relais Alpin – l’unique hôtel du col des Mosses – et avocate, Nathalie Bürgisser Scheurlen avait mis en garde les élus dans un courrier daté du 3 avril (lire le document): «La Municipalité réclame l’octroi d’un crédit dont personne ne sait rien, si ce n’est qu’il devrait s’agir de construire un centre de loisirs […] et un complexe hôtelier.» Pour l’auteure de l’épître, «en partant du principe que dans le devis non-communiqué (ndlr: il en est fait mention dans le préavis municipal) se trouve un poste relatif à l’examen de la faisabilité d’un complexe hôtelier privé, nous nous heurterions à un problème d’ordre pénal, relativement à une possible gestion déloyale des intérêts publics et/ou d’abus d’autorité, infractions passibles d’une peine privative de liberté pouvant aller jusqu’à cinq ans.»

Plainte classée

La Municipalité a répondu à ce courrier par une plainte, balayée par le Ministère public de l’Est vaudois. La cour argue que «les collectivités publiques ne bénéficient pas du droit à l’honneur. En outre, on peine à discerner une trace de propos attentatoires à l’honneur, Nathalie Bürgisser Scheurlen se bornant à mettre en garde les autorités sur les conséquences pénales que leur comportement pourrait avoir.»

En aura-t-il effectivement? La syndique Gretel Ginier se dit confiante. «Ce n’est pas la première fois qu’une collectivité propose de se pencher sur son développement. Je ne comprends pas ces critiques. Comme plusieurs conseillers l’ont souligné jeudi, il s’agit de démontrer le potentiel de la station (ndlr: plus particulièrement d’une parcelle en mains communales) pour approcher d’éventuels investisseurs.»

Selon l’édile, les opposants au projet font «un amalgame entre les possibilités de créations d’offres touristiques et la construction d’un hôtel. Nous ne sommes pas en train de réaliser une étude de faisabilité d’un projet hôtelier. Mais les premières réflexions de notre groupe de travail montrent que si nous créons un espace wellness, nous devrons réaliser au moins 92 entrées par jour pour le rentabiliser. Pour atteindre cet objectif, il faudra des lits chauds. Le but de cette étude est de demander à un bureau qualifié d’en préciser le nombre.»

«Conflit d’intérêts»

La composition de ce groupe de travail hérisse pourtant les détracteurs. Outre la syndique et des citoyens, y siègent aussi Jean-Marc Udriot, directeur de Télé-Leysin-Les Mosses-La Lécherette (TLML) et syndic de Leysin, ainsi que Jean-Claude Bonelli, administrateur de la même société et gérant de deux hôtels leysenouds, dont l’un appartient à TLML par le biais de la Compagnie hôtelière des Alpes vaudoises SA (CHAV). Existerait-il un conflit d’intérêts, comme le dénonce Nathalie Bürgisser? Si Jean-Marc Udriot préfère laisser Gretel Ginier communiquer sur ce dossier, Jean-Claude Bonelli est plus disert: «Nous avons été contactés pour participer à ce groupe de travail car TLML est le principal acteur touristique actif aux Mosses. Notre but est d’y maintenir le ski. Mais pour cela, nous devons y réaliser l’enneigement mécanique. Pour que cet investissement soit rentable, il faut des clients. Pour les attirer, il faut davantage de lits chauds. De plus, construire des bains est une bonne idée, mais de nombreux exemples montrent qu’une telle offre ne peut être rentable que si elle est accompagnée d’un hôtel d’au moins 100 lits.»

Un hôtel que la CHAV pourrait bâtir? Jean-Claude Bonelli réfute: «Ni notre compagnie ni la Commune ne construiront un hôtel aux Mosses. Ce n’est ni notre rôle, ni dans nos moyens! Nos deux sociétés adhèrent au projet car nous avons tout intérêt à voir cette station se développer.» Le Leysenoud (autrefois propriétaire… du Relais alpin), n’exclut toutefois pas que la CHAV exploite l’hypothétique hôtel: «Nous ne fermons pas la porte à cette option, mais nous n’en sommes pas là.»

Pour l'hôtelier, la crainte d’une concurrence nouvelle justifierait peut-être la réticence de Nathalie Bürgisser Scheurlen. Sollicitée vendredi, celle-ci ne nous a pas rappelés pour commenter cette hypothèse. (24 heures)

Créé: 23.06.2017, 19h46

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