Un précis d’alchimie du XVIIe siècle revient à la vie à Blonay

EsotérismeLe «Mutus Liber», ouvrage de 1677, bénéficie d’une réimpression à l’ancienne, par les Editions À l'Envers.

Vidéo: Chantal Dervey

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Son titre souligne son mutisme et, pourtant, «toutes les nations du monde - les Hébreux, les Grecs, les Latins, les François, les Italiens […] peuvent l’entendre», écrit son éditeur, en 1677. Pour qui sait l’interpréter correctement, le «Mutus Liber» – le «livre muet» – dissimulerait le secret du Graal des alchimistes. En images, au gré de 17 gravures fourmillant de symboles, cet ouvrage publié originellement à La Rochelle décrit les étapes nécessaires à la fabrication de la pierre philosophale.

Passionnés d’alchimie et de belles impressions, Alcina Ribeiro Hamdi et Terry Fernandez, fondateurs en juin à Villeneuve des Editions À l’Envers (24 heures du 25 novembre), ont décidé de ressortir ce tome de référence. «Il en existe plusieurs éditions, explique Terry Fernandez. Mais soit elles sont de mauvaise qualité, soit elles se basent sur l’édition de 1702, dont les gravures sont sensiblement différentes. Nous voulions proposer un travail qui soit fidèle à l’original de 1677.»

Dans la bibliothèque de C.G. Jung
La première étape s’est déroulée à Zurich, dans la bibliothèque privée du psychiatre Carl Gustav Jung, qui abrite l’une des dernières copies du XVIIe siècle. «Il était important que nous puissions consulter une édition papier et pas uniquement des documents informatiques, note Terry Fernandez. Lorsque nous avons approché la fondation C.G. Jung en demandant à consulter ce livre, nous nous sommes heurtés à un refus.» «Mais lorsque nous avons présenté notre démarche, notre volonté de faire les choses à l’ancienne, ses responsables nous ont ouvert leurs portes», ajoute Alcina Ribeiro Hamdi.

A partir de scans de très haute qualité des planches originales, 17 plaques en cuivre ont été réalisées par le taille-doucier lausannois Raymond Meyer (lire ci-contre). L’impression, elle, se déroule dans l’atelier d’Alcina Ribeiro Hamdi et Terry Fernandez, à Blonay. Chaque plaque est entièrement enduite d’encre, puis essuyée patiemment à la paume de la main, «pour que l’encre pénètre dans les tailles. Les gestes sont très proches de ceux qu’effectuaient les imprimeurs à l’époque. On n’a pas inventé d’autre outil pour effectuer ce travail. Heureusement», sourit Terry Fernandez.

Sous ces gestes, le motif se révèle lentement dans le cuivre. Une fois prête, la plaque est placée sur la presse et recouverte d’une feuille de papier. Quelques tours de manivelle et l’épreuve se retrouve sous le rouleau de la presse. Ecrasée par plusieurs tonnes de pression au centimètre carré, la feuille absorbe l’encre.

Recherche spirituelle
Il faut une petite demi-heure au couple pour achever un tirage. Une journée entière sera nécessaire pour venir à bout d’un seul exemplaire du «Mutus Liber», qui paraîtra dans un coffret limité à 120 exemplaires. Un travail minutieux et lent qui justifie le coût de l’ouvrage: 1200 francs.

Plusieurs amoureux de beaux livres l’ont compris et ont déjà passé commande d’un exemplaire de l’opus. «Ce sont surtout des personnes qui connaissent le sujet, mais aussi des collectionneurs, détaille Terry Fernandez. L’alchimie se voulait une recherche scientifique mais aussi philosophique. Elle intéresse à nouveau les gens, à une époque où la science n’a plus qu’un aspect pratique et oublie la spiritualité.»

Le «Mutus Liber», aux Editions À l’envers, 1200 francs. Coffret limité à 120 exemplaires numérotés. www. editions-alenvers.ch (24 heures)

Créé: 16.12.2014, 13h10

«Les graveurs étaient des virtuoses»

La taille-douce? «Ce nom regroupe les techniques d’impression en creux, principalement à partir de plaques de métal», explique Raymond Meyer. L’artisan, qui possède des ateliers à Lutry et Pully, y a recours depuis 40 ans.
«A l’origine, les graveurs réalisaient ces plaques au burin, poursuit Raymond Meyer. C’est sans doute de cette manière que le «Mutus Liber» a été créé. Les œuvres de Dürer exposées au Musée Jenisch à Vevey montrent à quel point ces artistes étaient des virtuoses.»
La technique s’est affinée au fil des ans. Celle de «l’eau-forte» – utilisée pour la réédition du «Mutus Liber» par les Editions À l’envers – est apparue. «Les plaques de cuivre ont été enduites d’une pellicule photosensible. On y imprime le fichier par un procédé photographique. Elles sont ensuite trempées dans un bain d’acide qui ronge le métal», décrit Raymond Meyer. Chaque plaque fait 1 mm d’épaisseur et les tailles jusqu’à 0,5 mm de profondeur. «La pression exercée par le rouleau de la presse équivaut à plusieurs tonnes. Et chaque passage sous presse ne permet qu’un seul tirage. Petit à petit, la plaque se déforme, explique Terry Fernandez des Editions À l’Envers. C’est pour cela que nous avons décidé de n’imprimer que 120 exemplaires.»

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