Vevey appelée à freiner sur sa densification

UrbanismeTrois scrutins gagnants en quatre ans contre des projets immobiliers: la Ville est appelée à revoir sa politique urbanistique

Yvan Luccarini, Clément Tolusso et Alain Gonthier comptent parmi les grands vainqueurs du vote de dimanche.

Yvan Luccarini, Clément Tolusso et Alain Gonthier comptent parmi les grands vainqueurs du vote de dimanche.

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A Vevey, 2017 a débuté avec un nouveau référendum gagnant contre un projet immobilier. Après des échecs analogues en 2013 et en 2015 (lire l'encadré), les autorités ne peuvent plus fermer les yeux: ce triple non a valeur de désaveu de leur politique urbanistique et de la dynamique générale qui a prévalu cette dernière décennie dans une cité au fort développement démographique. La Municipalité a d’ores et déjà laissé entendre qu’elle «prendrait en compte les enjeux soulevés au cours de la campagne». Le municipal Jérôme Christen a entendu un message clair: «La majorité des citoyens et citoyennes veveysans estiment que nous devons contenir la densification et mieux l’accompagner.»

Ce résultat des urnes est en grande partie le fruit d’un travail de sape de la gauche de la gauche. Une politique donnée trois fois perdante et qui par trois fois en quatre ans a déjoué les pronostics. «Les Veveysans veulent avoir leur mot à dire en matière d’urbanisme», lance Clément Tolusso.

Comme ses camarades de parti Yvan Luccarini et Alain Gonthier, il a pris part aux fameuses campagnes référendaires. Tous trois sont issus du parti Décroissance-Alternatives, 16 conseillers sur 100 au Conseil communal. En 2016, ils ont contribué, avec l’appui des Verts, à créer le comité référendaire qui a contesté le vaste projet de 350 logements prévus par les CFF à la Cour aux Marchandises, la friche située entre les voies de chemin de fer et l’avenue Reller. 52,65% des Veveysans les ont suivis dimanche dernier.

Par conséquent, bien de l’eau risque de couler sous les ponts avant que Vevey ne retrouve l’équivalent de 350 logements pour booster un taux de vacance anémique. «Mais en avons-nous vraiment besoin? s’enflamme Clément Tolusso. Nous restons une petite ville, avec des infrastructures limitées. Pourquoi attirer de nouveaux habitants si on ne peut les accueillir décemment?»

Densité oui, mais laquelle?
Yves Christen, ex-syndic de Vevey et conseiller national PLR (et père de Jérôme Christen), s’est affiché en faveur du projet et déplore le vote de dimanche: «Je regrette tout autant une attitude contradictoire au moment où la ville de Vevey croît. Nous avons voté pour plus de densification sur le plan fédéral, et on s’y oppose à Vevey.»

Laurent Ballif, syndic socialiste de Vevey jusqu’en juin dernier, va même plus loin: «On nage en pleine incohérence à voir deux partis militer bec et ongles en temps normal pour plus de densité, et là s’opposer à ce projet. La loi nous oblige à densifier, mais nous sommes confrontés à une impossibilité logique. C’est un glissement grave.»

L’ancien conseiller d’Etat et municipal veveysan socialiste Pierre Chiffelle, actif durant la campagne contre le projet des CFF et dont la voix reste toujours entendue à Vevey (lire ci-dessous), s’inscrit en faux. «Je suis pour la densification, mais dans le cas présent on a mis la charrue avant les bœufs, selon l’avocat. Vevey connaît des problèmes financiers, d’infrastructures, et on veut accueillir des gens sans pouvoir le faire dignement.»

Pour les référendaires, l’heure est à une vision globale, «à une autre logique que celle de cette gauche à politique libérale prête à dérouler le tapis rouge à des promoteurs privés», lance Alain Gonthier. «Cela passe par une révision de nos plan directeur et plan général d’affectation, vieux de plus de 50 ans, ajoute Clément Tolusso. Et elle doit se faire via une démarche participative. Vevey se prépare à des états généraux de la culture, pourquoi ne pas envisager des états généraux de l’aménagement du territoire?»

Décourager les promoteurs, est-ce une piste constructive alors que les terrains manquent, hurlent ceux qui reprochent aux référendaires de ne rien proposer comme alternative? Pour Yvan Luccarini, «la Ville doit commencer par reprendre la maîtrise de son sol, pour sortir du marché libre, incapable de proposer des loyers abordables. Quitte à augmenter les impôts pour qu’elle ait les moyens de mener un bon projet d’intérêt général.»

Une chose est sûre: trouver un consensus politique pour repartir du bon pied ne sera pas chose aisée, surtout après une campagne sulfureuse qui laissera des traces. Une coalition représentant le quart du Conseil communal a su bouger les équilibres, c’est la démonstration que la réflexion doit avoir lieu indépendamment des couleurs politiques. «Ce nouveau rapport de force est une réalité que la Municipalité doit entendre et traduire dans les faits», analyse Yvan Luccarini.

«Un vote conservateur, de repli»
Yves Christen y voit tout de même «une forme de repli, un vote conservateur, largement porté par des personnes, souvent âgées, effrayées à l’idée qu’on atteigne à Vevey la Jolie». Laurent Ballif évoque même «un réflexe Ecopop, de repli confortable, selon lequel il est inutile d’accueillir davantage de gens». Pour Pierre Chiffelle, «le problème est que les autorités ne sont plus en phase avec leur population, qui a l’impression que des organes politiques échafaudent des projets en vase clos, avec la perte de proximité que cela suppose. Et je trouve cette tendance plus forte à Vevey qu’ailleurs.» Alain Gonthier en appelle carrément à «un examen de conscience des partis».

Dans ce contexte, on comprend que la Municipalité ait appelé, dès l’annonce du résultat de dimanche, «à ramener de la sérénité» dans la maison Vevey. L’impression est pourtant que les clivages se sont plus que jamais creusés. (24 heures)

Créé: 18.02.2017, 08h09

«Cela fait 25 ans que j’entends dire que je tire les ficelles»



Pierre Chiffelle aime s’inviter dans le débat. Présentation du projet par les CFF, débat public organisé par la Ville, documents envoyés à la presse pour étayer son argumentaire: dans le cas du référendum de la Cour aux Marchandises, l’avocat n’est pas resté en simple observateur. A Vevey, où l’ancien municipal local et conseiller d’Etat compte autant de sympathisants que de détracteurs, tant à gauche qu’à droite, il n’a pas fallu longtemps pour que la rumeur en fasse une éminence grise du comité référendaire. Ce qui ne l’émeut pas et dont il se défend: «Cela fait 25 ans que j’entends dire que Chiffelle tire les ficelles. Parfois c’est vrai, mais pas en l’occurrence. Je fais simplement profiter de mon expérience des causes qui me sont chères.» Pierre Chiffelle ne se cache pas du fait qu’il s’est impliqué à des degrés divers lors des trois référendums des quatre dernières années. «Est-ce qu’on a sollicité mon aide ou mon avis? Bien sûr. Certains aiment le tennis, moi j’aime le débat et Vevey. Et si je peux contribuer à forger l’opinion publique sur certains sujets grâce à mon expérience, et bien je le ferai.»

Certains se plaisent à dire que son engagement contre le projet de la Cour aux Marchandises est intéressé, lui qui défend la variante du futur nouveau collège de Vevey à cet emplacement, lui qui est l’avocat des opposants à la construction de l’école près des terrains de football de Copet, telle que voulue par la Municipalité? «C’est faux et mon opinion à propos d’un collège à la Cour aux Marchandises était faite avant d’accepter le mandat.»

Les trois référendums

2013: Restaurant du Rivage

En 2007, la population accepte la cession du château de l’Aile et une promesse de vente du restaurant voisin du Rivage. La société Projet 109 prévoit un nouveau restaurant, des logements et une crèche. En 2012, le Conseil communal accepte une prolongation de la promesse de vente. Une coalition n’en veut pas: le bâtiment vaut plus qu’en 2007 et le projet a trop changé. Le 3 mars 2013, les Veveysans annulent la promesse de vente.




2015: avenue de Savoie

La Municipalité entend démolir quatre vieux bâtiments situés à l’entrée ouest de la ville. Ceux-ci abritent douze locataires et des institutions. L’exécutif veut y créer des bureaux et une crèche (le projet «Avenue de Savoie», accepté par le Conseil communal). Le débat, très émotionnel, débouche sur un référendum lancé par des élus de gauche. Avec 2402 voix contre 2109, les Veveysans refusent le projet et la destruction des immeubles le 14 juin.




2017: Cour aux Marchandises

La genèse du projet par CFF Immobilier remonte à 2008. Le 5 novembre 2015, le Conseil communal dit oui à un peu plus de 60% au Plan partiel d’affectation Cour aux Marchandises, qui prévoit 350 appartements (800 à 1000 habitants) et des locaux commerciaux. Dans la foulée, les partis Décroissance-Alternatives et les Verts lancent un référendum. Dimanche dernier, les Veveysans ont dit non au projet à 52,65%.

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