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Aigle va dire adieu à ses Messageries

L’établissement de la rue du Midi édifié en 1871 fera place à de l’immobilier et des commerces.

Le Café-Restaurant des Messageries, institution aiglonne depuis 150 ans.
Le Café-Restaurant des Messageries, institution aiglonne depuis 150 ans.
ARCHIVES COMMUNALES D’AIGLE

5 avril 1923. Deux vaches quittent leur troupeau descendu des Ormonts pour pâturer aux Isles. Elles s’enfilent en douce dans le Café-Auberge des Messageries, au 19 de la rue du Midi, à Aigle. Curieuses mais finalement prises de peur, elles se bousculent dans l’estaminet, mettant à mal le mobilier et les vitres, avant, un peu aidées quand même, d’en retrouver l’issue… L’anecdote, relatée dans la «Feuille d’Avis d’Aigle», est l’un des nombreux épisodes qui ont rythmé les 150 ans d’existence des Messageries. L’immeuble sera détruit pour faire place à des appartements, bureaux et commerces (lire encadré).

«Cette démolition est regrettable. Aigle a conservé des témoins du patrimoine bâti historique depuis longtemps disparu ailleurs, mais qui tend progressivement à disparaître ici aussi», déclare Michèle Grote, historienne des monuments. «Ce bâtiment figure en note 4 à l’inventaire, ce qui lui confère donc un statut de bien d’intérêt local», ajoute Béatrice Lovis, présidente de la section vaudoise de Patrimoine suisse. «C’est vrai que c’est une institution qui va disparaître», lance un habitué. Enfants, on venait y faire des bêtises. Dans les années 50-60, l’orchestre des Diablerets y jouait tous les jours de Braderie. À l’intérieur, les marchands de bétail y faisaient leurs affaires autour d’un verre, ou plusieurs.»

«Ville-étape»

Bien avant les Messageries, la parcelle était occupée par une grange, deux étables, un jardin, propriétés de Jacques Gonthey en 1718. Plus tard, Otto Veillon y adjoint une écurie. Jusqu’en 1920, la rue du Midi est l’unique voie de transit à travers Aigle, «ville-étape» pour les voyageurs vers l’Italie. La construction du bâtiment actuel, en 1871, est l’œuvre de Marc-Louis Regord. Il se compose d’une cave voûtée, d’une remise, d’un fenil, d’une chambre et toujours d’une écurie.

La première mention d’un relais public, précisément un café, date d’un an plus tard. Regord se voit attribuer une patente pour vente de boissons. En 1878, le préfet dépose une plainte contre sa veuve pour avoir logé des voyageurs sans patente d’auberge. Un an avant, des travaux importants ont été menés aux Messageries, qui peuvent laisser accroire que le simple café est devenu café-auberge.

Attesté Café des Messageries en 1896 par l’Indicateur vaudois, le relais compte 23 lits après la Grande Guerre. Durant ses 150 ans, outre les voyageurs en calèche, à pied ou à cheval, Les Messageries font partie de la vie locale. Un bal de la landsturm (classe d’âge de l’armée) s’y tient en mars 1893 par exemple. Des concerts, assemblées générales, soupers de contemporains, banquets d’entreprises s’y tiennent régulièrement, y compris… des cours de couture.

L’établissement a changé maintes fois de mains, des Borloz aux Wehren en passant par les Mottier, Racine, Monney, Baud (durant 36 ans); mais en conservant la double affectation café-hôtel. En 1917, le patron Chenaux adresse une plainte contre l’autorité militaire qui interdit la fréquentation de son estaminet à ses soldats.

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Sources «Feuille d’Avis d’Aigle», Archives cantonales vaudoises et Archives communales d’Aigle

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