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À Aigle, la Belvétie affine ses plans de conquête

Né d’une rencontre entre deux troupes de médiévistes belge et suisse, l’improbable État projette d’annexer les pays voisins.

La Fête médiévale à Aigle mijote dans le campement belvète, installé près du château de la cité chablaisienne. Elle battra son plein ce week-end.
La Fête médiévale à Aigle mijote dans le campement belvète, installé près du château de la cité chablaisienne. Elle battra son plein ce week-end.
Chantal Dervey

Dans le campement belvète, installé au pied du château d’Aigle depuis vendredi et pour la durée de la Fête médiévale, les avis divergent. Faut-il annexer la France orientale? Ouvrir par la force un couloir en Allemagne? Attaquer parallèlement sur les deux fronts? «Comme ça, on pourrait avoir le vin français et la bière allemande», propose judicieusement La Denrée, plus connu à Aigle sous le nom de Fabrice Panizzieri. «On a déjà le chasselas et la bière, nos deux boissons nationales», rétorque Le Foudre, alias Alexandre Favre. Unifier géographiquement la Belvétie du Nord et la Belvétie du Sud ne sera pas une mince affaire. D’autant que le suzerain du petit royaume, Chasselix Ier, ne compte qu’une trentaine de loyaux sujets. Mais ses caves recèlent de bière et de chasselas en suffisance pour soudoyer une armée de mercenaires.

L’histoire de cette belle Belvétie commence en 2013 au château de Sterckshof, dans la région d’Anvers. La troupe de reconstitution médiévale Le Feu liégeois voit une compagnie de Chablaisiens planter pavillon à côté de son campement. «Ils sont arrivés vers nous avec des bouteilles de chasselas», se souvient Francis Beullens, devenu depuis Chasselix Ier. «On a commencé à parler de cyclisme, de Cancellara, le courant a immédiatement passé», ajoute Alexandre Favre, président du comité de la Fête médiévale d’Aigle.

L’étendard de la discorde

Quelques pichets de blanc plus tard, la Belvétie – un condensé de Belgique et d’Helvétie, pour les moins éveillés – était née. Encore une série de mousses, et le pays se dotait d’un hymne national belliqueux vantant «ce pays plat de montagne, pays de montagnes plates», d’une monnaie (le franc buisse) et d’un drapeau. Cet étendard, c’est celui de la Belgique, la bande rouge décorée d’une croix blanche. «On a créé un incident diplomatique la première fois qu’on l’a hissé au château de Franchimont, à Theux (fief du Feu liégeois), raconte Renaud Beullens, fils du roi. Le problème, c’est que la Belgique n’étant pas particulièrement montagneuse, on pouvait le voir à des kilomètres à la ronde. On a presque été accusés de blasphème. Les autorités sont venues nous avertir que nous risquions une amende.» «150 euros! On était prêts à payer pour pouvoir laisser ce drapeau», s’esclaffe Fabrice Panizzieri.

L’impossible plat national

Les Belvètes appréciant la ripaille, le farfelu pays a évidemment été doté des boissons nationales (vin et bière donc, figurés par une grappe de raisin et un cône de houblon sur le blason royal). Ainsi que d’un plat national. «Des frites avec de la fondue», précise inutilement Alexandre Favre. Qui ajoute: «On n’a jamais testé. Ça ne doit pas être terrible.» «En plus, on n’a pas le droit de le préparer: la pomme de terre n’était pas encore consommée au Moyen Age», complète Chasselix.

Bref, la poignée d’habitants de ce royaume, dont la capitale est Aiglemont-le-Fol en référence aux bourgs d’origine des deux troupes, ne manque pas de ciments nationaux. «Les Wallons et les Romands se ressemblent à pas mal d’égards, observe Francis Beullens. Il y a d’abord la convivialité, bien sûr. Mais aussi le fait que ce sont deux communautés minoritaires dans des pays qui comptent une pluralité de langues. On fait partie d’une même famille.» «Même si on a parfois de la peine à se comprendre, nuance Fabrice Panizzieri. Quand tu leur demandes s’ils veulent une bière, ils te répondent «Non, peut-être», ce qui veut dire «Oui, sûrement».

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