Alain Berset suscite un espoir

PhotographieLe président était au vernissage d’Images, à Vevey. Un gage pour le festival, qui se cherche un lieu pérenne?

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Tout un symbole: les discours officiels d’ouverture du Festival Images se sont déroulés ce samedi à Vevey devant une photo monumentale du Pain de Sucre, à Rio, immortalisé par le photographe Marcos Chaves. Quel meilleur clin d’œil que la capitale du Brésil, berceau d’un carnaval hors norme, au thème de cette année, «Extravaganza»? Le directeur, Stefano Stoll, a rappelé que le festival présente des œuvres en adéquation avec le lieu d’exposition. Comme cette série de Marcos Chaves face au Grammont, «notre Pain de Sucre à nous!»

Cette dimension a visiblement plu au président de la Confédération, Alain Berset, qui a notamment parlé dans son discours des baigneuses de l’édition 2016, suspendues au-dessus du lac au bout de cannes à pêche: «Un instant de grâce.» Cette année, dans la même optique, c’est dans une cabine téléphonique que se regarderont les photos du carnet d’adresses de Frank Sinatra, prises par Henry Leutwyler; les pendulaires japonais de Daido Moriyama feront logiquement face aux voyageurs suisses sur le quai de la gare CFF; pour s’immerger dans les élucubrations «timburtoniennes» d’Augustin Rebetez et du personnage Mr. Skeleton (incarné par Martin Zimmermann), la cave voûtée d’une ancienne droguerie remplit parfaitement le rôle de catacombes. Les autres exemples dans l’espace public sont légion, du policier en format monumental faisant le poirier à un carrefour face au plus grand nœud de circulation de la ville à un feu s’animant (grâce à l’imagerie lenticulaire) sur le Léman, pour illustrer l’expression «Y a pas le feu au lac».

Rayon urgence, c’est d’un lieu pérenne et adéquat dont a besoin la Fondation Images pour continuer à présenter ses expositions hors festival et à préparer cette biennale qui rayonne loin à la ronde. Non seulement grâce aux articles de presse, mais aussi par le réseau tissé: un jury de pointures, des échanges avec d’importantes institutions – comme le musée de la photo FOAM d’Amsterdam, les Rencontres d’Arles ou des expos reprises à la Tate Modern de Londres. De plus, cette année s’est développé un commissariat commun sur certaines pièces avec Simon Baker, directeur de la Maison européenne de la photographie à Paris.

Le projet d’emménager dans le lieu dont Images rêvait, la Ferblanterie et ses 800 m2, est au point mort, objet d’un bras de fer entre le propriétaire, Nestlé, et la Ville de Vevey. Pendant les discours du vernissage étaient assis à la gauche d’Alain Berset la syndique, Élina Leimgruber, et le CEO de la multinationale, Mark Schneider. Un signe que le président de la Confédération pourrait jouer le médiateur informel? Cette affaire n’était, de l’aveu d’Alain Berset, pas encore parvenue à ses oreilles samedi. Mais les plus optimistes espèrent que sa venue pèsera, au moins symboliquement, sur l’avenir. (24 heures)

Créé: 09.09.2018, 20h46

«Lieu unique, le Festival Images est véritablement un bijou»

«Preuve de la renommée d’Images: la présence du président de la Confédération.» La ministre vaudoise Cesla Amarelle et le directeur Stefano Stoll se sont réjouis du haut patronage d’Alain Berset. Interview.


En 2016, vous étiez venu pour une visite de trente minutes, mais vous étiez finalement resté plus de trois heures. Qu’est-ce que ce festival a de singulier pour vous?

Je m’intéresse énormément à la photographie et je n’ai, jusqu’ici, jamais vu dans ce domaine une manifestation qui allie à ce point très haute exigence artistique et succès populaire. C’est exceptionnel et cela en fait un lieu unique! À l’inverse, certains événements drainent le grand public, mais le niveau n’est pas toujours au rendez-vous; d’autres sont très pointus, mais trop confidentiels. Tout en déployant beaucoup de force dans le propos, Images est mis sur pied avec beaucoup de cœur. Cela m’a touché.


Est-ce important à vos yeux que le festival se déroule aussi à l’extérieur, en plus des accrochages intérieurs?

Clairement. Cette présence dans l’espace public, alliée à la gratuité, permet un accès très ludique, très simple. Toute personne se rendant à Vevey en septembre sera confrontée à la photographie et pourra être amenée à échanger avec d’autres en passant d’un lieu à un autre. Ce festival est véritablement un bijou, soutenu par beaucoup d’acteurs, notamment la Confédération via Présence Suisse et Pro Helvetia.


Néanmoins, les acteurs du domaine photographique se plaignent d’être moins soutenus par la Confédération que d’autres arts (environ 1 million, contre 5,5 à la littérature ou 50 au cinéma). Et Images est financièrement sur le fil, selon son directeur…

Je ne suis pas venu annoncer des augmentations de budget avec des billets dans les poches! L’important est que la manifestation puisse se développer et perdurer. Je dois souligner que la Confédération a un rôle précis en matière culturelle. Les communes et les cantons nous rappellent souvent de ne pas en faire trop dans le domaine. Des manifestations comme Images doivent d’abord bénéficier d’un soutien fort au niveau local et régional.


La syndique a rappelé l’impact économique d’Images. Pour les lignes directrices de la politique culturelle suisse, vous appelez à «de nouvelles formes de collaboration entre la culture et l’économie». À l’exemple de ce qui se fait ici, via des expos dans un palace, par exemple?

C’est très ouvert. Nous n’allons pas commencer à fixer des cadres trop stricts, car nous voulons nous laisser surprendre par ce qui peut se développer. Le programme Culture et économie, porté par Pro Helvetia, fonctionne depuis 2016. Nous voulions souligner que la culture peut aussi, en plus de sa dimension artistique, avoir un impact économique. Cette composante est extrêmement forte dans certaines activités, sans qu’on s’en rende forcément compte. Dans le design, c’est évident. Nous souhaitons que se fassent ces ponts et ces liens dans des domaines où peuvent peut-être se développer de nouveaux modes de collaboration.

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