«Allô Monsieur Henry Kissinger? Ici Vevey»

Festival ImagesDes curieux ont appelé l’ex-ministre américain, ayant trouvé son numéro sur une photo lors de la biennale des arts visuels.

Le photographe suisse Henry Leutwyler ici dans la cabine téléphonique désaffectée qui a accueilli en septembre dernier à Vevey son installation sur le carnet d'adresse de Frank Sinatra.

Le photographe suisse Henry Leutwyler ici dans la cabine téléphonique désaffectée qui a accueilli en septembre dernier à Vevey son installation sur le carnet d'adresse de Frank Sinatra. Image: Henry H. Leutwyler

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«Allô, M’sieur Henry Kissinger? Bonjour, c’est Deladoey. Je vous appelle de Vevey. J’ai trouvé votre numéro de téléphone dans le carnet d’adresses de Frank Sinatra dont des reproductions sont affichées au Festival Images. Vous allez bien?» C’est sans doute à peu près ce type de message qu’a reçu en septembre – et à plusieurs reprises – l’ancien secrétaire d’État américain sous les administrations Nixon et Ford. C’est en tout cas ce qu’a rapporté le Prix Nobel de la paix 1973 à son conseil – associé dans un cabinet maous de pas moins de 86 avocats à New York.

Le fameux numéro de téléphone figure sur une des photos de l’exposition qui reproduit de A à Z un vieux carnet d’adresses de Francis «Frank» Sinatra, donc. Il y a même carrément trois entrées sous «Kissinger, Henry»: le numéro de son appartement de New York, celui de son bureau à Washington, District of Columbia, et surtout celui de sa résidence personnelle, également dans la capitale fédérale. C’est là que l’ancien diplomate a reçu les appels des festivaliers veveysans, au moins cinquante ans après que Sinatra l’a couché dans son calepin.

On trouve aussi dans le carnet de «The Voice» les coordonnées de nombreuses personnalités de la politique et du cinéma des années 1960. Personnalité majeure, le crooner acteur connaissait forcément du beau monde entre Hollywood et Washington. Comme Gene Kelly, Roger Moore, Cary Grant, Richard Nixon, Barry Goldwater, tous disparus. Seul vit encore Henry Kissinger, aujourd’hui âgé de 95 ans.

Lettre polie, mais ferme

Dans un courrier de deux pages envoyé à Stefano Stoll, directeur d’Images, le cabinet d’avocats se plaint que «la quiétude de son client soit dérangée». Et parle encore d’une intrusion dans sa vie privée. Le ton est poli, mais ferme. Le défenseur demande que cela cesse et que «le numéro de téléphone du Dr. Henry A. Kissinger soit immédiatement enlevé de l’exposition», poursuit Stefano Stoll. Un peu tard, car la biennale des arts visuels touche de toute manière à sa fin. L’installation, baptisée «Hi There» est l’œuvre du photographe suisse Henry Leutwyler. Elle a été installée dans ce qu’il appelle «le plus petit musée de Suisse», soit une cabine téléphonique dés-affectée qui se trouve à quelques encablures de l’Hôtel de Ville. Elle s’est déroulée en septembre. Dans la cabine, on pouvait écouter les tubes de l’immortel chanteur, dont bien sûr son standard le plus connu: «My Way». Le carnet d’adresses original appartient à un collectionneur suisse qui souhaite conserver l’anonymat. C’était la condition sine qua non pour permettre à Leutwyler d’en photographier les pages et de les exposer.

Stefano Stoll, qui dirige la biennale, devenue sous sa houlette un événement international incontournable, a offert un autre espace d’expression à Leutwyler, pour une autre série. «Devant la salle del Castillo, on pouvait admirer des clichés montrant, style nature morte, des objets personnels ayant appartenu à Michael Jackson», précise-t-il.

«J’ai trouvé extraordinaire d’être invité à présenter deux projets en plein air à Vevey, ville dont l’école de photographie m’avait fermé ses portes, et de plus dans le cadre de cette biennale prestigieuse connue jusqu’à New York», déclare Henry Leutwyler. L’artiste a mis le cap sur les États-Unis dans les années 1980, où il est devenu renommé, immortalisant de nombreuses vedettes.

C’est depuis Vevey que le photographe suisse a géré le courrier de l’avocat de Kissinger. «Vous savez, j’ai l’habitude de ce genre de réaction. J’ai été très amusé et j’ai tout de suite proposé à Stefano de transmettre le dossier au bureau new-yorkais d’avocats qui s’occupe de mes affaires. Ils ont réglé ça en un seul courrier, avec beaucoup d’humour et de doigté!» Surtout, son expo du carnet d’adresses fera l’objet d’un livre qui sera publié sous le titre de «Hi There» chez Steidl. «Ce n’est pas rien, car cette maison d’édition est une référence mondiale en matière de publications de livres de photographie», note Stefano Stoll.

Henry Leutwyler aurait souhaité que son installation soit pérennisée, ce qui n’a pas pu être le cas. «Cela dit, l’aspect éphémère des projets fait partie de l’ADN du Festival Images. Les idées originales et géniales de l’équipe survivent très bien dans les souvenirs des visiteurs.» La cabine désaffectée est redevenue «propriété» du Service Jeunesse de la ville de Vevey, qui invite de jeunes artistes de la région à y installer leurs œuvres.

Quant à Henry Leutwyler, souhaite-t-il revenir exposer en septembre 2020 ses photographies à Vevey? «Oui. Même si j’ai fait ma carrière aux USA, mes liens avec la Suisse sont très importants.» OK, et avec quel projet? «Ah ça! Je ne peux pas vous répondre sans l’autorisation de… mon avocat.» (24 heures)

Créé: 02.02.2019, 08h36

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