«Les alpages continuent de faire vivre des familles»

Les DiableretsRevenus en baisse, normes strictes, manque de bras: l’estivage fait face à de nombreux défis. Cette activité a-t-elle un avenir?

Le 10e Salon des alpages s’interroge ce week-end sur l’avenir de l’estivage.

Le 10e Salon des alpages s’interroge ce week-end sur l’avenir de l’estivage. Image: CHANTAL DERVEY

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Difficile d’imaginer la Suisse sans ses vaches placides broutant sur un pâturage fleuri. Les éleveurs de montagne s’inquiètent pourtant: l’estivage a-t-il encore un avenir? C’est la question que se posent exploitants et services cantonaux, réunis ce week-end aux Diablerets à l’occasion du 10e Salon des alpages. Le rendez-vous biennal lancé en 2001 tente d’imaginer le visage des alpages dans 20 ans. «On a vécu un tournant depuis une trentaine d’années, constate Éric Ginier, éleveur au Sépey et membre du comité d’organisation du salon. Il est de plus en plus difficile de trouver des bras. C’est un travail ingrat et mal payé.»

Alain Cornamusaz peut en attester. L’amodiataire de l’alpage du Temeley, sur les hauts de Leysin, nous accueille à l’heure de la fabrication du fromage: «À une époque, ils étaient huit pour s’occuper de 60 vaches. Aujourd’hui, nous sommes deux pour 72 bêtes. Entre la traite et la fabrication du fromage, l’entretien des pâturages ne se fait plus.» Conséquence: 1500 hectares de surfaces dédiées à l’activité pastorale disparaissent chaque année en Suisse, abandonnés à la forêt, précise Éric Ginier.

Dans le même temps, les producteurs font face à des normes toujours plus strictes. Pour que la transformation puisse continuer à se faire sur place, la fromagerie du Temeley, propriété de la Commune de Leysin, devra être rénovée avant l’été prochain. Une cure de jouvence que Pierre-Alain Dubois, municipal en charge des alpages à Leysin, estime à 200 000 fr. (uniquement pour la partie agricole). «C’est lourd à porter pour une collectivité. Alors imaginez pour un paysan qui serait propriétaire d’un chalet d’alpage», observe Alain Cornamusaz. Son fromager, Francis von Kaenel, confirme: «Si les normes se durcissent autant en vingt ans que ces vingt dernières années, ça va être compliqué de maintenir cette activité.» À ces difficultés s’ajoutent encore des revenus laitiers en baisse et le retour des grands prédateurs, poursuit Éric Ginier. «L’ambiance générale est au découragement.»

Pâturages indispensables?

Dans ce contexte pénible, faut-il s’échiner à exploiter ces alpages? Pour l’Ormonan, la réponse est claire: «Cette activité continue de faire vivre des familles dans les régions de montagne. Elle est rationnelle, car elle nous permet de produire du fourrage en fond de vallée, pendant que les vaches sont en altitude et donc d’éviter de devoir en acheter pour passer l’hiver.»

Il en va aussi de l’image du pays, dont le territoire est constitué à 11% de pâturages de montagne. «La branche touristique, très importante dans nos montagnes, vend une image de la Suisse qui existe grâce à l’entretien des alpages, relève Jean-François Dupertuis, président du salon. C’est également vrai du tourisme hivernal: de nombreuses pistes de ski sont tracées sur des pâturages, plus simples d’entretien pour les remontées mécaniques que des pierriers.» La présence du bétail contribue par ailleurs au maintien de la biodiversité relève encore Éric Ginier: «Les marais des Mosses, classés d’importance nationale, existent parce que cette région a été exploitée. Et l’entretien des alpages contribue également à la protection des villages contre les dangers naturels.»

Pour toutes ces raisons, l’éleveur du Sépey reste optimiste: «Sauf grosse révolution dans la politique agricole suisse, les alpages seront encore là dans vingt ans. Il y a eu une prise de conscience des autorités. En 2014, des aides ont été introduites pour encourager les éleveurs de plaine à estiver leurs bêtes, ce qui crée des revenus supplémentaires pour l’agriculture de montagne. Et il y a un changement important: il y a trente ans, tout le monde livrait son lait à l’industrie. Face à la baisse des revenus, on s’est tourné vers la fabrication de fromage et on a réussi à créer de la valeur ajoutée.» Et Jean-François Dupertuis de conclure: «Ce type d’élevage est l’un des derniers à être rentable. Ne serait-ce que parce qu’une vache qui broute sur un pâturage coûte moins cher.»


Salon des alpages, de vendredi à dimanche à la Maison des congrès des Diablerets. Exposition d’animaux, débats, projections de films… Programme détaillé sur www.salondesalpages.ch

Créé: 09.10.2019, 17h08

10e Salon des Alpages

De vendredi à dimanche à la Maison des congrès des Diablerets. Exposition d’animaux, débats, projections de films… Programme détaillé

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