A l’arène, la magie de la Fête prend vie peu à peu

Fête des VigneronsGrandes manœuvres, petites mains, imprévus et derniers réglages: l’enceinte vibre du labeur d’acteurs en tout genre. Prise de température.

Découvrez le plancher LED de la Fête des Vignerons et ses 13 millions de pixels avec le concepteur vidéo de la fête, Roberto Vitalini.
Vidéo: ROMAIN MICHAUD

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Roberto Vitalini a le plus beau bureau du moment à Vevey. Depuis la salle de régie du spectacle de la Fête des Vignerons, dans un conteneur perché à 20 mètres de haut, son regard plonge vers le plancher LED de près de 800 m2 qu’il aura la responsabilité d’animer et qui représente l’un des atouts majeurs de cette première édition de l’ère numérique.

En bas, dans l’arène, les allers et retours des travailleurs du jour sont incessants. Daniele Finzi Pasca, le metteur en scène, échange avec deux collègues. Martin Reich, ingénieur du son, s’assied au premier rang, ordinateur sur les genoux dans la relative quiétude de ce début de journée, avant l’arrivée des figurants ou des visiteurs de l’après-midi.

Au lendemain d’une soirée de pluie et d’annulation de la répétition, le ciel est toujours maussade. «C’est le temps idéal en journée, lance étrangement Roberto Vitalini. Le gros problème, c’est la lumière. Avec l’obscurité du soir, c’est un volcan sur la scène, une impression magique. De jour, c’est plus compliqué, c’est une poésie différente. On est davantage dans le réel. Il faut prévoir des réglages pour trois scénarios au minimum: nuage, soleil, soir.»

Cela n’empêche pas le Tessinois de s’amuser comme un fou en enchaînant les projections sur son terrain de jeu géant: des chevaux au galop, des journaux virevoltants, une mer de lave, des effets aquatiques. Les classes d’école en visite s’en mettent plein les mirettes et sautillent sur les images. «J’aime voir comme ils réagissent, lance-t-il. Donner de la joie, susciter l’émotion. Tu la vois la joie, là? C’est ça mon travail!»

Il n’en oublie pas pour autant qu’il faut tenir la cadence en vue de l’ouverture de la Fête le 18 juillet. «Deux scènes par jour à peaufiner. Ce matin, j’ai huit minutes de vidéo à finir. Mais de toute façon on adaptera jusqu’au bout. Il y a des choses qu’on n’avait pas imaginées et qu’on remarque seulement maintenant.»

Premiers tests et imprévus

Un niveau plus bas, le Canadien Alexis Bowles (en photo ci-dessous), chef lumière, attaque une étape clé. «Nous avons jusqu’au 21 juin (ndlr: l’interview date de la semaine dernière) pour installer les quatre écrans LED latéraux et les 722 lampes qui illumineront le spectacle. En parallèle, nous préprogrammons le spectacle, c’est-à-dire que nous le composons numériquement en 3D en attendant de pouvoir le tester avec les lumières. Cela fait trois mois que nous bossons sur ce squelette: 80% du spectacle seront montés avant la première lampe. Mais les 20 derniers pour-cent seront les plus compliqués.»

Retour chez Roberto Vitalini. François Mottier, responsable technique de la Fête et oreillette bien calée, toque à la porte. «Salut. Tu peux projeter quelque chose de neutre pour qu’on voie les contrastes? On fait les tests de nettoyage. Ça va comme ça?» lance-t-il dans son micro.

Posté dans l’arène, son adjoint, Michael Tschumi (en photo ci-dessous), confirme. La machine peut reprendre son bal, les marques de semelles et autres taches des répétitions des jours passés sont davantage visibles. Dans le sillage de l’aspirateur, un collègue peaufine à quatre pattes et à l’éponge. «C’est le premier test du genre. Nous devons évaluer les temps de nettoyage, le nombre de machines nécessaires, les effectifs, le type de brosse», explique-t-il sur fond de bruit de ponceuse. Le bord des marches doit en effet être retravaillé, «pour éviter aux figurants de chuter». Le genre de détail qu’on ne remarque qu’au gré des répétitions. Michael Tschumi est, lui, aux prises avec l’un des brumisateurs qui générera un effet de brouillard. «Un problème de pression.» «Mais notre ennemi numéro un, c’est la pluie, lance Alain Schneebli, régisseur général de la Fête. Pour tout sécher, il faut compter trois heures.»

Le défi du minutage

Alain Schneebli, à son deuxième mandat pour la Fête après celui de 1999, est un fin connaisseur de l’entier de la chaîne humaine qui opérera sous les gradins, à la seconde près, pour assurer la bonne tenue du spectacle. «Un des métiers principaux, c’est celui de régisseur. Il y en a un pour chacune des sept zones d’accès à la scène. Ce sont eux qui valident chaque entrée de véhicule, groupe de figurants, pièce du décor, etc. Eux-mêmes doivent compter sur les «topeurs» et «topeuses» qui, depuis leur cabine en hauteur, ont un script très précis et pilotent le spectacle en donnant les «tops» aux régisseurs et machinistes.»

Alain Schneebli (en photo ci-dessous) n’oublie pas les petites mains: les techniciens bénévoles, «qui bougent les décors, ventilateurs et autres éléments» et les hôtes/hôtesses d’accueil, tout aussi bénévoles, «qui gèrent la circulation en zone d’attente et amènent les groupes d’acteurs-figurants jusqu’aux régisseurs».

La visite guidée des coulisses se poursuit dans les loges (maquilleuses, costumières, accessoires, etc.), jusqu’à la zone sud, «vitale», où s’entasse le gros des éléments du spectacle. «La septième scène», comme on l’appelle, à deux pas de l’imposante rampe d’accès mobile. «Les instruments sont stockés au Théâtre du Reflet voisin, où un garçon d’orchestre les préparera et les réparera.»

De retour dans l’arène, il lève les yeux vers les conteneurs des topeurs et des régies vidéo. «Ceux d’en face, côté est, sont pour le son et la machinerie. De sacrées installations. En 1999, se souvient-il dans un sourire, François Rochaix (ndlr: le metteur en scène) et ses adjoints étaient postés sur de simples chaises au sommet d’une tour.»


Notre dossier spécial consacré à la Fête des Vignerons

Créé: 26.06.2019, 16h13

L'arène en chiffres

940



tonnes ou le poids de la charpente métallique constituant l’arène. Ses 14'000 m2 ont été édifiés en quatre mois après avoir réalisé les fondations sur la place du Marché (17'000 m2). En chiffres: 114 kilomètres de poutres (récupérées après la manifestation) qui reposent sur 168 socles en béton armé hors sol, 172 socles en béton armé enterré et 157 pieux d’un diamètre de 50 cm. La structure dont le gradin le plus haut culmine à 19,44 mètres a été conçue pour résister à des pointes de vent à 180 km/h.




35



mètres ou le point culminant des huit mâts prévus pour la diffusion du son. Si le vent vient se mêler à la Fête avec des pointes dépassant les 85 km/h, les grappes de haut.




25



millions de francs ou le coût total de cette structure montée pour 23 représentations, soit environ 25% d’un budget global se montant
à 99 millions de francs. Sur cette facture, quelque 12 millions ont été investis pour l’infrastructure technique (son, éclairage, écrans). L’arène devra être démon.




4



scènes surplombent la scène centrale de 1400 m2 constituée notamment du plancher LED de presque 800 m2. Ces scènes de 300 m2 chacune sont placées entre les gradins à 6 mètres de hauteur et permettent aussi de rapprocher le spectacle des spectateurs.




2,5 %



La déclivité de la place du Marché entre son point le plus haut, la Grenette, et le lac. Une descente dont il a fallu tenir compte.




2



escaliers situés au nord et au sud peuvent se soulever afin de laisser entrer des acteurs-figurants.




1



câble de 147 mètres, ce qui va permettre à une libellule de survoler la scène.

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