Balade aux Ormonts en compagnie des peintres

ExpositionLe Musée des Ormonts présente 95 toiles d’une vingtaine d’artistes pour redécouvrir la vallée.

Installé aux Diablerets dès 1936, Charles Parisod a livré de nombreuses impressions des Ormonts, en hiver comme en été, et notamment du plateau des Mosses (reproduction: C. Racat).

Installé aux Diablerets dès 1936, Charles Parisod a livré de nombreuses impressions des Ormonts, en hiver comme en été, et notamment du plateau des Mosses (reproduction: C. Racat).

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On pourrait en conclure qu’il fait rarement mauvais temps entre Les Mosses et Les Diablerets. Dans les salles du Musée des Ormonts, la centaine de toiles suspendues évoque des paysages idylliques, ensoleillés. En montant la nouvelle exposition intitulée «Les Ormonts - regards de peintres», la conservatrice Mary-Claude Busset a découvert ce que les artistes ont retenu de son coin de pays, ces 170 dernières années.

Oeuvre anonyme montrant le village de Vers-l’Eglise

De Frédéric Rouge à Abraham Hermanjat, en passant par Edouard Morerod et Charles Parisod, de 1850 à nos jours, l’influence classique le dispute à une vision impressionniste. Mais souvent dans des scènes charmantes et insouciantes. «On retrouve dans la plupart des ces œuvres un petit côté carte postale. La montagne est magnifiée, on en retient le côté attractif.» Logique: dès la deuxième moitié du XIXe siècle, la fièvre romantique est retombée, le tourisme alpin prend de l’ampleur. On vient de loin pour séjourner dans la jeune station, qui naît avec la construction du Grand hôtel des Diablerets en 1856. Parmi ces touristes, le Français Paul Signac, dont les œuvres ormonanches pourront être admirées à Vers-l’Eglise sur écran uniquement. Artistes genevois, bernois ou neuchâtelois immortalisent également la région. «Lors de nos recherches, on nous a même amené des œuvres d’un professeur d’histoire de l’art de Barcelone, Andrés Moya, qui séjourne encore régulièrement aux Diablerets», se réjouit la conservatrice.

Artistes en exil

Creux de Champs et le massif des Diablerets ont inspiré les peintres, évidemment. Et notamment cette toile de Jean Prahin (1918-2008), où l’imposant mur de roc et de glace ne laisse presque aucune place à la nature verdoyante. Mais on retrouve aussi des vues du lac Lioson, du hameau de Cergnat ou des marais des Mosses. À voir la beauté naïve qui émane de ces créations, la région semble plaire, en été comme en hiver. Une seule toile contredit ce regard idyllique: une vue du Chamossaire réalisée en 1915 par Edouard Morerod (1879-1919), noire et maladive. Et pour cause: «Il se trouve là pour se soigner de la tuberculose», raconte Mary-Claude Busset. L’Aiglon, tenu à l’écart de son Andalousie d’adoption par sa maladie se dit «désespéré». «Peindre la montagne, etc. C’est ce qu’il me reste à faire», écrit-il alors.

Souffrant également de tuberculose, le Lausannois Charles Parisod (1891-1943) s’accommode mieux de son séjour aux Diablerets, qui débute en 1936. Ses œuvres égrainant le passage des saisons, montrant des chalets au toit chargé de neige ou une vision rayonnante des marais des Mosses. Aujourd’hui encore l’artiste est souvent décrit aux Ormonts comme «le peintre de la vallée». Chassé de Saint-Pétersbourg à Aigle par la Révolution d’Octobre, forcé de quitter l’atelier Fabergé et ses fameux œufs, François Birbaum (1872-1947) vit également bien son exil chablaisien. Marcheur infatigable, le Fribourgeois se plaît à découvrir les Alpes vaudoises; il en retiendra surtout ses paysages rocailleux et les neiges éternelles.

Seul Édouard Morerod, atteint de tuberculose, semble voir avec noirceur les pentes du Chamossaire

Fait étonnant: rares sont les personnages pour animer ces scènes ormonanches. Tout au plus peut-on découvrir un discret paysan au pied d’une meule de foin chez Abraham Hermanjat (1862-1932). «En Valais, on voit beaucoup de portraits ou de tableaux mettant en scène le travail aux champs. Dans la vallée, on a retrouvé presque exclusivement des paysages et des chalets», confirme Mary-Claude Busset. Difficile donc de tirer de ce catalogue d’exposition une vision de la vie rurale de la vallée. «Mais il fournit tout de même quelques informations sur l’évolution du bâti.»

Musée historique, l’institution de Vers-l’Eglise s’éloigne avec cette exposition de sa mission initiale. Mary-Claude Busset avertit toutefois: «Notre démarche n’est pas celle d’un musée d’art. Nous n’émettons pas de jugement sur les œuvres présentées. Le but est surtout de réunir aux Ormonts une collection permettant à nos visiteurs de découvrir ce que les peintres ont retenu de leur séjour dans la région.»

(24 heures)

Créé: 24.03.2018, 15h59

Infos pratiques

Les Ormonts, regards de peintres
Vers-l’Eglise
Musée des Ormonts
Jusqu’au 15 avril, puis du 2 juin au 28 octobre.
Du mercredi au dimanche
13h30 - 17h30
www.museeormonts.ch

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