Bataille clochemerlesque pour deux coqs au Vallon de Villard

VaudSur les hauts de Montreux, un poulailler met aux prises deux voisins déterminés à en découdre. Le Tribunal de l’Est vaudois va devoir trancher

Anouk Smetana tient l’un de ses deux coqs dans les bras

Anouk Smetana tient l’un de ses deux coqs dans les bras Image: ODILE MEYLAN

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C’est un endroit béni des dieux, que les narcisses dorent au printemps et où rien n’a été construit depuis des dizaines d’années. Au-dessus de Montreux, au bout de quelques kilomètres d’une route sinueuse, s’accrochent d’anciennes fermes transformées, des chalets et quelques résidences secondaires, entourés de prairies et de forêts. La vue sur le Léman est à couper le souffle et, s’ils n’étaient les bruits de la nature, rien ne viendrait troubler la tranquillité et l’harmonie des lieux.

Au cœur de ce havre de paix, pourtant, une querelle voit deux voisins s’opposer depuis des mois. Le pommeau de la discorde, le long de la route de l’Adversan, est un poulailler qui abrite deux coqs et une bonne trentaine de poules. Rien de moins que des appenzelloises huppées argentées, une espèce en voie d’extinction qu’une association nationale s’emploie à sauver.

Confirmation communale
Les gallinacés y ont été installés en 2010, quand Anouk Smetana, propriétaire d’un atelier de dorure et d’encadrement à Puidoux, et Philippe Michauville, collaborateur d’une multinationale suisse, ont acheté le chalet Notre abri, appartenant à la Fondation lausannoise des Oliviers. Le couple s’est lancé dans l’aventure parce que les 4000 m2 du terrain permettaient le transfert de leur poulailler, situé auparavant à Forel. «Nous nous sommes renseignés avant de signer, précise Anouk Smetana, et la Commune a confirmé à la gérance qui nous vendait les lieux que nous pouvions le faire, mais à condition de ne pas dépasser 2000 poules. Dans le cas contraire, nous n’aurions pas acheté.»

La satisfaction du couple, convaincu d’avoir réalisé une bonne affaire, a été de courte durée. Le 5 juin 2012, une avocate, devenue depuis l’une des présidentes du Tribunal de l’arrondissement de l’Est vaudois, leur donne dix jours, au nom de l’un de leurs voisins, pour mettre un terme aux nuisances du poulailler (comprenez le chant des coqs et le caquetage des poules) que son client qualifie de «vacarme» nocturne et diurne. Le voisin en question, propriétaire d’un chalet qui surplombe d’une cinquantaine de mètres celui du couple, est un directeur de sociétés domicilié à Zoug. Ralph Severin, au dire de ses voisins, n’occupe sa résidence secondaire que quelques semaines par année.

Stupéfaits, Philippe Michauville et Anouk Smetana (elle est membre de la Société des intérêts du Vallon de Villard) omettent de répondre à l’injonction. Plus rien ne bouge jusqu’au printemps 2013, quand Me Habib Tabet, avocat à Vevey, revient à la charge auprès du Tribunal civil de l’arrondissement de l’Est vaudois. Du point de vue de son client, qui continue à ne pas supporter le chant des coqs et le caquetage des poules, tant de nuit que de jour, le poulailler a été bâti sans autorisation et le bruit des gallinacées dépasse les limites admissibles.

En plus de leur élimination définitive, il demande le remboursement de 3000 francs de frais de conseil et près de 97 000 francs de dédommagement pour la moins-value de sa résidence secondaire, générée par les nuisances.

Dès lors, les propriétaires des coqs, qui ont désormais spontanément décidé de les enfermer dans le noir (où ils ne chantent pas…) de 21 h à 7 h 30 en semaine et de 21 h à 10 h le week-end, se voient contraints de prendre à leur tour un avocat. Début juillet 2013, une séance de conciliation, au cours de laquelle le couple propose de se limiter à un seul coq, ne produit pas le résultat escompté.

Bûcher réaffecté
L’avocat de Ralph Severin, qui n’a pas souhaité donner son point de vue en l’état, renouvelle les exigences de son client en septembre dernier, et le Tribunal d’arrondissement donne à l’avocat des propriétaires du poulailler jusqu’au 21 février 2014 pour répliquer.

Datée du même jour, la réponse de Me Marc-Etienne Favre, qui demande l’audition de plusieurs habitants du Vallon de Villard qui soutiennent ses clients, relève notamment que ceux-ci n’ont pas construit un poulailler, mais simplement réaffecté le bûcher et le local à citerne (là où les coqs sont désormais enfermés pendant la nuit) et que la région, contrairement à ce qu’affirme la partie adverse, ne constitue pas une zone de type «villas».

La partie de ping-pong est donc bien engagée, et il y a fort à parier que le Tribunal d’arrondissement de Vevey doive se rendre sur les lieux avant d’en siffler la fin.

Créé: 27.02.2014, 08h32

Le Vallon de Villard

Une région protégée

Le Vallon de Villard, sur les hauteurs de la commune de Montreux, dispose depuis 1969 d’une société (SIV) qui a pour mission de sauvegarder son caractère rupestre – dans les secteurs de Brison, de Cubly, de Sonloup, d’Adversan, de Baye de Clarens et de L’Alliaz – ainsi que d’assurer la défense des intérêts communs de ses habitants et propriétaires, ainsi que de ceux des locataires de chalets à l’année.

Dans la région, de nombreux propriétaires détiennent des animaux de compagnie ou d’élevage sans que cela n’ait provoqué, jusqu’à présent, de problèmes avec le voisinage. Par ailleurs, les parcelles des deux propriétaires qui s’affrontent sont situées en zone III de sensibilité au bruit, ce qui signifie qu’un certain niveau de nuisance sonore y est admissible.

Dans un cas similaire, note l’avocat des propriétaires du poulailler, la jurisprudence du Tribunal fédéral a admis la détention de huit chiens.

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