A Bex, le paradis n'a plus rien d'artificiel

StupéfiantsHaut-Lieu du deal durant des années, la Cité du sel a réussi à éradiquer le fléau après un long combat. Reportage

Le quartier de Rivarottaz, où dealers et consommateurs avaient leurs habitudes, a retrouvé le calme.

Le quartier de Rivarottaz, où dealers et consommateurs avaient leurs habitudes, a retrouvé le calme. Image: Odile Meylan

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Devant la gare de Bex, mercredi peu avant midi, la scène est désespérément banale. Sous un soleil radieux, quelques habitués sont attablés aux terrasses qui donnent sur la place, un père joue avec sa fille et l’arrivée d’un train charrie son lot de pendulaires. Le chassé-croisé dure quelques minutes avant que le secteur ne replonge dans la douce léthargie de l’heure du dîner.

Rien de plus à signaler, ou si peu. Difficile de croire que l’endroit a pourri la vie de la Cité du sel durant plus de quinze ans. C’est pourtant bien là que se tenait un véritable marché de la drogue à ciel ouvert, plaçant Bex sur le podium cantonal des interventions de police contre le deal (après Lausanne et Nyon).

Les autorités semblent enfin en être venues à bout, au terme d’une opération de police de longue haleine. Des mois durant, des agents ont assuré sans relâche une présence et des refoulements particulièrement visibles qui ont fini par décourager dealers et consommateurs. «A Bex, la problématique du deal est réglée», a d’ailleurs fièrement annoncé la conseillère d’Etat Béatrice Métraux, cheffe de la Sécurité, lundi dernier.

Sur place, quelques heures à déambuler dans les rues suffisent à s’en convaincre: les Bellerins partagent l’enthousiasme – et le constat – de la conseillère d’Etat. Les plus pessimistes pensaient que ça ne durerait pas, ils en sont pour leurs frais. «Regardez comme c’est calme», sourit Sandrine Bolli devant la fenêtre du Café de la Gare, où elle est employée depuis près de quinze ans.

Aux premières loges pour voir le ballet dealers-consommateurs de l’époque, «qui commençait de très bon matin», elle est tout aussi bien placée pour témoigner de la métamorphose des lieux depuis le départ des trafiquants. «Face au mur policier, ils ont eu peur et ne sont jamais revenus. Au contraire des clients du bistrot qui, eux, sont de retour. Beaucoup de gens craignaient l’endroit et l’évitaient.» Sur le trottoir de l’établissement, Fejsal Mustafa, chauffeur de taxi, confirme: «J’avais peur lorsque je devais venir ici. Il y avait des dealers partout, on ne se sentait pas en sécurité.»

«On vit mieux»

Longtemps phagocytée par les trafiquants, la place de la Gare a donc retrouvé d’anciens usagers en même temps que le calme. Sous le harcèlement de la police, entre 2015 et 2016, les infractions à la loi sur les stupéfiants ont chuté de 65%. «Le soir, peu de gens osaient sortir. A peine dehors, on se retrouvait encerclé par les dealers et les consommateurs. Depuis l’opération de police, nous sommes soulagés pour nos enfants, on vit mieux. On n’espère qu’une seule chose: qu’ils ne reviennent pas», lâche Perparim Tolaj, qui habite et travaille dans le secteur.

En quittant la gare pour le centre-ville, les quartiers changent, pas le constat. Le long de la route qui mène au cœur de la localité, on ne trouve aucune voix dissonante pour venir troubler le sentiment de satisfaction générale qui règne à Bex. Tous l’assurent: le bourg a enfin tourné une sombre page de son histoire. «Bex avec ou sans deal, c’est vraiment le jour et la nuit», lâche un passant, résumant le sentiment général. Au loin, le passage d’une voiture de police rappelle que l’étau sécuritaire n’est pas encore totalement desserré.

Mais dans les rues, l’ivresse de la sérénité retrouvée n’empêche pas la lucidité. Les Bellerins sont parfaitement conscients que dealers et consommateurs ne se sont pas évaporés, mais qu’ils se sont simplement déplacés un peu plus loin. Aigle et Saint-Maurice reviennent fréquemment pour désigner leurs nouveaux points de chute, tant il est clair que les consommateurs de la région n’ont pas disparu. Les dealers ont donc forcément suivi. Reste à savoir précisément où. «On ne souhaite ça à personne, mais nous sommes ravis de ne plus les voir ici», confie avec honnêteté Monika Di-Perri, de la Boulangerie Pain d’Avoine.

Il faut dire qu’au sentiment d’insécurité lié au deal se sont ajoutées, pour la boulangère, des années de peur qu’elle n’est pas près d’oublier. «Les dealers venaient faire leurs comptes dans l’établissement. Comme il n’y a que des femmes qui travaillent ici, nous faisions semblant de ne pas voir, car nous n’osions rien dire.»

Le deal a laissé des traces

A Bex, les trafiquants ont semble-t-il bel et bien disparu. Nous n’en aurons croisé aucun mercredi. Pour autant, le souvenir de quinze ans de lutte acharnée contre la drogue a laissé des traces. «Pendant des années, l’image de Bex a été associée à la drogue. On en a souffert et on continue d’en souffrir, car l’étiquette nous colle à la peau», explique Sandra Jordan, mère de famille.

La preuve un peu plus loin, dans le quartier de Rivarottaz, ancien haut lieu du deal avec la gare. Le quartier bordé de villas a, lui aussi, retrouvé un calme olympien. Et ses habitants, qui n’ont pas oublié l’enfer qu’ils ont vécu durant de nombreuses années, feront tout pour que ça dure. Nous prenant pour un consommateur qui guetterait l’arrivée d’un dealer, un homme nous interpelle: «Allez-vous-en. Il n’y a plus rien à vendre sur ces trottoirs!» Dont acte.

Créé: 31.03.2017, 19h40

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