Boulimique de travail, Chantal Diserens dirige la lutte contre le cancer

PortraitA 45 ans, la Lausannoise d’adoption vient d’être nommée directrice de la Ligue vaudoise contre le cancer.

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Chantal Diserens nous reçoit dans son sobre bureau logé au 7e étage de la place Pépinet à Lausanne, dans les locaux de la Ligue vaudoise contre le cancer (LVC). Née à Genève il y a 45 ans, elle vient d’en être nommée directrice, trois ans après y avoir été engagée. Le 1er août dernier, précisément. «Une date facile à retenir!»

Dans sa belle robe toute simple, juchée sur des talons hauts, le regard vif derrière ses lunettes, Chantal Diserens paraît bien fluette; et toute réservée au premier abord, sans doute timide. Il n’en est rien. Dès que ses lèvres s’entrouvrent pour s’exprimer, on sent une femme déterminée, volontaire, sûre d’elle. Egalement à l’écoute, et quelqu’un à qui on peut instantanément se confier. Librement et sans retenue. La fonction lui va donc comme un gant, puisque l’écoute comme le soutien aux malades et à leurs proches sont au cœur de l’action de la LVC, fondée en 1960.

A l’instar de la prévention, notamment par ses actions de promotion des programmes organisés de dépistage: cancer du sein ou du colon, entre autres. Trente salariés et quarante bénévoles de l’association à but non lucratif, très majoritairement financée par des dons, sont quotidiennement sur le terrain. Chaque année, ils assistent plus de 2000 patients et proches «A leurs côtés, je m’engage à fond pour la Ligue. Ici, je crois que j’ai trouvé ma véritable voie professionnelle. Tout autour de moi, je sens un élan, c’est incroyablement porteur. Par ailleurs, la population est généreuse et solidaire. On a une grande responsabilité vis-à-vis d’elle et des nombreux dons qu’elle nous octroie.»

«Solidarité» est sans doute le maître mot de la vie de Chantal Diserens. «J’ai beaucoup reçu durant mon enfance, même si ce fut dans des conditions particulières. Ce que j’ai vécu n’est pas anodin. Je me suis fait un devoir de rendre la pareille.» Issue d’une famille modeste résidant alors à Morges, la benjamine de la fratrie est placée à 9 ans chez ses grands-parents maternels à Châbles, dans la Broye fribourgeoise. «Mes parents étaient atteints dans leur santé. Ils ne pouvaient pas subvenir à notre éducation. J’ai souffert de leur maladie. Ça m’attristait, quand bien même je n’en étais pas responsable.»

Un autre monde

Dans le petit village, la fillette découvre un autre monde. Sans télé, sans voiture, sans sortie ni voyage. «Il y avait peu de commerces, peu d’activités. Outre l’école, ma seule occupation quotidienne, et j’adorais cela, était d’aller chercher le lait à la ferme.» Sa grand-mère est femme au foyer, son grand-père y travaille aussi. «C’était l’officier d’état civil. Les mariages se déroulaient à la maison. Je jetais le riz et sitôt les mariés repartis, je balayais le sol.» Malgré les vicissitudes de la première partie de sa vie, Chantal se dit «très chanceuse». Si son existence est quelque peu monacale, la fillette est très entourée: «Mes grands-parents étaient peu démonstratifs, parlaient peu. Mais ils m’ont aimée et protégée, de même que mes oncles et tantes. Ils étaient solides, et m’ont donné une certaine stabilité. Je les adorais.»

Précoce, Chantal Diserens quitte Châbles à 15 ans pour vivre avec sa grande sœur. D’abord à Morges, puis à Lausanne qu’elle ne quittera plus. Elle enchaîne les boulots alimentaires (ouvrière, secrétaire, serveuse, veilleuse de nuit), suit le gymnase, puis l’UNIL, découvre l’indépendance. «J’avais une folle envie de vivre, d’avancer, d’être heureuse. Ces années-là, c’était la dolce vita. Au propre comme au figuré.»

Après la rencontre de son futur mari, mais avant son master en lettres, la touche-à-tout s’offre une belle parenthèse. «Je voulais partir loin. Je suis allée en Afrique du Sud.» Elle enseigne le français au sein de la prestigieuse Rhodes University à Grahamstown. «Je rencontrais plein de gens, je transmettais, je gagnais ma vie. L’apartheid avait été aboli, le pays s’ouvrait au monde. C’était fabuleux comme immersion.» Dangereux aussi. «Il y avait beaucoup de violence. Sur le campus, on était accompagné à la nuit tombée par des gardes en armes. On m’a proposé d’apprendre à tirer, j’ai refusé.»

«Faut que ça bouge»

Sous ses abords calmes et posés, le feu bout en elle. Boulimique de travail, elle aime quand «ça bouge». En riant, Chantal se dit «fonceuse, tenace, enthousiaste, mais quand même très réfléchie». Elle aime «qu’il y ait un résultat au bout». C’est avec cette philosophie que cette humaniste, engagée bien que sans mandat politique ni carte de parti, proche de la nature, adepte du développement durable, mène sa carrière. D’abord au WWF, à l’OFS, au CHUV pendant onze ans, où elle prend part à moult projets de santé communautaire, puis au Bureau de l’égalité, enfin à la LVC. Toujours auprès de ceux qui souffrent ou sont précarisés.

Et la vie privée, dans ce maelström d’énergie maîtrisée… ou presque? Divorcée de Christian, elle élève leurs trois filles dans son appartement du centre-ville. «Je suis très maternelle. Et là encore, ça bouge. Il y a toujours du monde, des copines. Et aussi des lapins sur le balcon. Mes filles sont aussi des bosseuses. On fait néanmoins des jeux de société, on adore ça. De la marche, du ski. Sinon, je pratique le paddle avec ma sœur.» Et c’est presque tout!

Comblée, épanouie à la LVC, Chantal Diserens pourrait néanmoins se remettre en question un jour. Pour explorer encore une autre facette, compléter son parcours de vie déjà riche, aller vers l’autre, aider comme toujours son prochain. «Je reprendrais mes études. En psychologie cette fois, pour devenir thérapeute.» (24 heures)

Créé: 12.09.2017, 09h16

Bio

1972 Naissance à Genève, le 28 juin.
1981 Déménagement chez ses grands-parents maternels.
1990 Rencontre Christian Diserens avant un concert de The Cure à Leysin. Ils ont trois filles ensemble. Aujourd’hui divorcée de «ce super-papa».
1998 Enseigne le français à des étudiants sud-africains et zimbabwéens en Afrique du Sud.
2001 Master en lettres de l’UNIL. Inès, sa première fille, pointe le bout de son nez.
2003 Charlotte, puis Anna en 2006, complètent la fratrie.
2003 Chargée de communication puis chargée de projets au CHUV.
2014 Engagée à la Ligue vaudoise contre le cancer.
2017 Nommée directrice de l’association.

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