Un candélabre fait de l'ombre à la Villa Le Lac Le Corbusier

PatrimoineUn lampadaire a été placé devant la petite maison, Patrimoine mondial de l’Unesco. Un acte illégal, mais dont la rectification traîne en longueur, malgré l’intervention de la Confédération

La Villa Le Lac est un bien d’importance nationale et également Patrimoine mondial de l’Unesco.

La Villa Le Lac est un bien d’importance nationale et également Patrimoine mondial de l’Unesco. Image: Philippe Maeder

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Cela n’aura échappé à aucun conducteur circulant sur la route de Lavaux, au bord du lac, à deux pas de l’entrée de Vevey: un lampadaire éclaire d’une lumière vive la Villa Le Lac Le Corbusier, sur territoire de Corseaux.

Ce projecteur a-t-il été braqué sur la petite maison pour mettre en valeur ce monument historique national et bien d’importance internationale, car répertorié par l’Unesco? Au contraire, ce candélabre est hors la loi, car il dénature la beauté de l’œuvre: «Il porte atteinte à l’intégrité du monument, inscrit sur la liste du Patrimoine mondial. Il doit être déplacé», indique Oliver Martin, chef de la Section patrimoine culturel et monuments historiques au sein de l’Office fédéral de la culture (OFC).

Un tel bien est en effet protégé en lui-même, mais aussi son environnement direct, y compris les végétaux du jardin. L’OFC avait écrit pour «demander aux autorités cantonales et communales de mettre tout en œuvre afin de déplacer le lampadaire, le lendemain de son installation», précise Oliver Martin. Une séance à Berne, où Commune et Canton étaient présents, avait aussi abordé le sujet.

Malgré ces deux interventions de la Confédération, le lampadaire, installé en décembre, est toujours en place. A Paris, Michel Richard, directeur de la Fondation Le Corbusier propriétaire de la Villa, relativise ce qu’il qualifie de «gaffe» et de «maladresse»: «Il faut laisser le temps à la Municipalité de revoir le dispositif. Nous n’avons pas besoin d’exercer des pressions particulières. Les autorités sont au courant.»

Le syndic bat sa coulpe

Au Conseil communal, au moment d’accorder le crédit pour les nouveaux lampadaires en mai 2016, les élus s’étaient inquiétés de l’impact de la luminosité sur la biodiversité, mais pas de la Villa Le Lac. Le syndic de Corseaux, Antoine Lambert, endosse l’erreur de ses services techniques. «Il est vrai qu’il y a eu un couac de notre part: ni le personnel ni nous, autorités, n’avons vu que l’écartement entre les pylônes allait faire tomber ce lampadaire en plein devant la villa. Mais cela va se régler.»

Pourquoi n’avoir toujours rien fait? La Commune traînerait-elle les pieds? Municipal en charge des affaires culturelles, Yves Raboud s’en défend: «Lors d’une séance en février, nous avions convenu que le Canton se chargeait de faire les démarches et d’entrer en contact avec notre bureau technique. Je les ai déjà relancés, en proposant une solution. Mais nous ne voulons rien faire sans leur aval, non seulement pour respecter l’ordre hiérarchique, mais aussi pour ne pas risquer de commettre une nouvelle bêtise.»

Le conservateur cantonal, Laurent Chenu, explique: «Des démarches ont été entreprises, qui n’ont pas pu se conclure avant les vacances d’été, et seront reprises en priorité dès mi-août. Et si nous recevons des propositions de la Commune, nous les étudierons, en ménageant la perspective sur la Villa depuis Vevey ou Lausanne. Il faudra voir si un éclairage peut être installé au ras du sol, ou de l’autre côté du trottoir.»

Manque de considération?

La petite maison a été inscrite à l’Unesco il y a une année et mériterait une attention redoublée. Ce couac tombe donc particulièrement mal et s’ajoute à la décision de la Commune de réduire sa subvention à l’association qui gère la Villa Le Lac (lire ci-contre).

Deux signes montrant que Corseaux s’en désintéresse, au moment même où le monde braque ses yeux sur ce monument? «C’est paradoxal, admet Laurent Chenu. Cette villa a une grande valeur, bien au-delà des frontières, et la Commune doit endosser sa responsabilité. Le municipal en charge, Yves Raboud, est d’ailleurs impliqué et présent à toutes les réunions, y compris avec la Confédération.» Ce que confirme Michel Richard, qui ajoute: «Nous avons d’excellentes relations avec les autorités.»

Cependant, des voix affirment que les Municipalités successives, dans leur ensemble, n’ont jamais pris complètement la mesure du lieu, seul bien d’importance nationale à Corseaux. Sa construction en 1923 avait choqué au point de faire introduire dans des règlements communaux environnants l’interdiction de toits plats.

Depuis, «certains politiciens corsalins la verraient volontiers enfouie dans le lac», estiment des connaisseurs, d’autant qu’elle est excentrée du village situé, lui, dans les hauts. «Nous avons soutenu l’inscription à l’Unesco et notre subvention est un bel effort pour une commune de notre taille, se défend le syndic. La Villa est une bonne chose pour la population de Corseaux, mais moins importante que les sociétés locales.»

Ex-syndic et président de l’Association Villa Le Lac, Gaston Barman excuse aussi la Municipalité: «Cette coïncidence – lampadaire et subvention baissée – est malheureuse après l’inscription à l’Unesco, mais pas calculée. Nous allons d’ailleurs tout faire pour sensibiliser tant la Municipalité que le Conseil, en les invitant à visiter la Villa, que certains ne connaissent pas.»

L’affaire du lampadaire «montre qu’il y a un besoin d’informer davantage tous les acteurs – nationaux, régionaux et locaux – sur les objectifs du Patrimoine mondial et les valeurs des biens qui figurent sur la liste», conclut Oliver Martin. (24 heures)

Créé: 10.08.2017, 06h47

Subvention à la baisse

La subvention communale 2017 à l’Association Villa Le Lac (qui accueille les visiteurs, organise des expos et forme des stagiaires) a baissé de 50 000 à 45 000 fr. «Nous rediscuterons pour corriger le tir, ou pas», selon le syndic. Qui martèle, avec le municipal en charge: «Le Canton et la Confédération, eux, ne versent rien!» Faux, rétorque Laurent Chenu: «L’association organise très bien ses activités, mais nous ne soutenons pas cet aspect. En revanche, nous subventionnons des interventions sur le monument, auprès de son propriétaire, la Fondation Le Corbusier, notamment pour l’entretien et les travaux: depuis 2011, 113 000 fr. de la Confédération et 156 000 fr. du Canton.»

A titre de comparaison, La Chaux-de-Fonds soutient l’association gérant la Maison blanche (non inscrite à l’Unesco) par 23 000 à 30 000 fr. annuels. La Ville de Genève, elle, a même acheté plusieurs appartements de l’immeuble Clarté, l’autre site suisse de Le Corbusier inscrit à l’Unesco.

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