Le Canton met à l’honneur ses trésors bâtis du XXe siècle

Journées du patrimoineQuatre lieux sont à visiter. Un signal fort, qui s’inscrit dans une démarche de futures protections

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Pas de doute: le Canton a décidé de prendre à bras-le-corps la question de la sauvegarde de son patrimoine bâti du siècle dernier, jusqu’à présent peu protégé. Il en a donné un signal fort ce lundi: la conférence de presse des 25es Journées du patrimoine s’est déroulée à la Villa De Grandi, à Corseaux, petit bijou d’architecture du XXe siècle construite par Alberto Sartoris. À cette occasion, les vingt sites ouverts au public le week-end à venir (lire encadré) ont-ils été détaillés par le menu? Non, l’accent a été mis sur cette architecture, estampillée «style international», en lien avec une exposition sur ce thème qui va démarrer à la Villa De Grandi.

Autre signe: par le passé, les Journées du patrimoine ont déjà ouvert les portes de trésors modernes (comme la Villa Kenwin, à La Tour-de-Peilz), mais jamais présenté quatre lieux du XXe siècle en même temps. «Il est vrai que c’est là une façon de montrer que nous nous préoccupons actuellement de ces biens», confirme Dominique Rouge, conservatrice aux Monuments et sites du Canton. Une Commission (nommée Commission du patrimoine du XXe siècle) planche d’ailleurs sur le sujet, a révélé le ministre Pascal Broulis.

«Nous avons reçu des témoignages touchants de non-spécialistes, qui avaient été surpris et heureux de savoir que tel bâtiment – où ils étaient par exemple allés à l’école – revêtait une importance patrimoniale. À partir de là, l’intérêt pour ces objets est allé croissant.»

Tout est parti d’un livre paru en 2012 («Architecture du canton de Vaud 1920-1975»), sous la direction du Pr Bruno Marchand. Ce dernier, joint en vacances, confirme une «prise de conscience du Canton pour ce patrimoine». «Après le livre, nous avons reçu des témoignages touchants de non-spécialistes, qui avaient été surpris et heureux de savoir que tel bâtiment – où ils étaient par exemple allés à l’école – revêtait une importance patrimoniale. À partir de là, l’intérêt pour ces objets est allé croissant.»

Bruno Marchand préside la Commission du patrimoine du XXe siècle et espère livrer son rapport «d’ici à la fin de l’année». Même si le professeur ne veut pas donner de détails, il est clair que de nouveaux bâtiments seront protégés. «Nous ne pourrons pas tout conserver! avertit déjà Pascal Broulis. Le travail de la commission ne se fait pas d’un coup de baguette magique: il faut ouvrir le dialogue avec les propriétaires de ces objets. Il faut former les gens intellectuellement, car l’État ne peut pas tout interdire.» Pascal Broulis souligne l’importance de «garder le patrimoine vivant, pas figé, mais qu’il puisse s’adapter en gardant ses fondements. Comme la Villa De Grandi: si elle n’avait pu être agrandie pour les besoins de la famille, elle aurait peut-être été vendue et rasée. Or elle est devenue une maison phare!»

Sensibilisation des villages
Cette prise de conscience semble tardive. Pourquoi? «On sait restaurer des murs de 600 ans, mais le patrimoine du XXe siècle est assez fragile. En voyant les gros besoins de rénovation de ces biens, on réalise qu’ils ne sont pas assez protégés, constate Dominique Rouge. De plus, ce patrimoine est encore sous-évalué parce que l’inventaire date de 1975: à cette époque, on ne portait pas le même regard sur le XXe siècle!»

Serait-ce aussi la faute aux moyens alloués aux Monuments et sites, que d’aucuns jugent insuffisants? Pascal Broulis s’en défend. «Je suis celui qui a classé le plus de monuments depuis quatre, cinq ans. Et le futur conservateur cantonal, Maurice Lovisa, qui prendra ses fonctions le 1er septembre, a beaucoup travaillé avec le Patrimoine du XXe siècle.» «Et nous devons sensibiliser davantage les communes», souligne Dominique Rouge. L’avenir dira si tout ceci permettra de sauver des biens telle la Villa La Rotonde, rasée en début d’année à Corseaux, malgré sa note 3. (24 heures)

Créé: 27.08.2018, 21h26

Vingt lieux «sans frontières»

Outre la Villa De Grandi, à Corseaux, le Cercle de l’Ermitage, à Épesses, ouvrira ses portes au public. Une occasion unique! Parmi les réalisations architecturales du XXe siècle pourront aussi être admirés, à Lausanne, le siège de la Vaudoise Assurances
et l’ancienne gare de marchandises.

Des visites qualifiées «d’exceptionnelles» dans le communiqué du Canton. Seize autres lieux sont à découvrir, parmi lesquels certains en chantier (la Bavaria, à Lausanne, et l’abbatiale, à Payerne), d’autres en lien avec Lavaux (dont le patrimoine bâti et immatériel de Riex ou le domaine des Faverges de Saint-Saphorin), mais aussi des objets moins courants, comme le village de Combremont-le-Petit.

Liste complète: www.vd.ch/jep.

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