Pour célébrer leurs père et oncle, les frères De Grandi ouvrent un musée

CorseauxLa villa construite par Sartoris, où ont travaillé Italo et Vincent De Grandi, s’ouvre au public dès ce jeudi. Visite.

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Dans le vestibule d’un nouveau musée qui leur est dédié, un cliché noir-blanc montre Vincent et Italo De Grandi, en 1984, alors septuagénaires. De chair et d’os eux, Pierre et François De Grandi leur ressemblent. Signe qu’il était sans doute écrit que ces frères mettraient en valeur le travail de deux autres frères, leurs père et oncle, inséparables au point que l’un arrêtera de peindre à la mort de l’autre. Italo décédera en 1988, à 76 ans, Vincent en 2010, à 94 ans.

Pour célébrer l’œuvre de ces artistes, Pierre et François De Grandi (ex-directeur médical du CHUV et architecte) ouvrent ce jeudi un musée à Corseaux, dans la villa qu’Alberto Sartoris avait spécialement pensée pour Italo et Vincent (classée note 2 aux monuments historiques).

Dans cette maison de 1939, un balcon-plongeoir rappelle que Sartoris a participé avec Le Corbusier au 1er Congrès international d’architecture moderne. Des espaces de vie minimums cohabitent avec un grand atelier. Pour leur première exposition (d’autres suivront), Pierre et François De Grandi ont choisi parmi le millier d’œuvres qu’ils conservent. Pour illustrer le passage d’Italo et Vincent à Paris, entre 1936 et 1938 (où ils travailleront notamment pour l’Exposition universelle), trois œuvres montrent un «flirt» léger avec le surréalisme – comme avec ce profil grec en lévitation dans les airs, que n’aurait pas renié Dalí. Mais les frères restèrent sourds au concert des avant-gardes, comme l’explique Pierre De Grandi: «Ils se sont frottés à ces milieux, mais n’ont pas été accrochés: ils ont continué à penser que le réel existait et qu’il ne fallait pas tout déconstruire.»

Dès 1940 surgit une affiche pour une grande marque de chocolat. Guerre oblige? «Et la famille, souligne François De Grandi. Désormais mariés et pères, ils ont dû gagner leur vie.» Dans un domaine pas trop éloigné de leur art: «Ils ont monté leur entreprise de sérigraphie: le graphisme, à l’époque, c’était du dessin!», s’exclame Pierre. «Ils ont développé toutes sortes de procédés innovants, pour lesquels ils ont été primés, même aux Etats-Unis», ajoute François.

La peinture ressurgit pendant les vacances. «Notre père n’était même pas là au petit-déjeuner, car il partait peindre ou faire des repérages», sourit Pierre, prenant pour exemple une gouache intitulée Cabines à la plage, illustrant un bord de mer Adriatique. «Notre père était submergé par la beauté de la lumière de l’Italie», explique François. Italo et Vincent De Grandi étaient en effet nés à Vevey, mais originaires du Piémont. Plutôt que figurer le Léman, place aux paysages méditerranéens. Même lorsque Italo peint la place du Marché de Vevey, c’est pour lui donner des airs balnéaires et une architecture italienne – le clocher de la Grenette rappelant davantage la coupole de Saint-Pierre de Rome qu’un temple protestant.

Jacques Chessex ébloui

Venise est représentée dans la brume, atmosphérique. «Je ne sais pas comment il a réussi ces aquarelles! s’enthousiasme François. Sans doute son premier métier, de chromolithographe, lui avait appris à décomposer les couleurs dans sa tête.» Italo De Grandi avouait lui-même à la Gazette de Lausanne en 1987: «[Mes aquarelles] m’épatent moi-même. Je me demande comment j’ai pu les réussir.»

Italo et Vincent De Grandi ont progressivement passé à la sérigraphie artistique, jusqu’à revenir totalement à la peinture, les enfants ayant quitté le nid. «Notre père passait huit mois par an à Grignan.» Cette Drôme provençale, dont les paysages sont chers au poète Philippe Jaccottet, qui dit sur De Grandi: «Toute cette œuvre respire le calme, elle ignore ou peut-être a choisi d’ignorer les orages, les troubles, les angoisses qui conditionnent une grande partie de l’art moderne. Elle affirme modestement, mais opiniâtrement, le choix de la tranquillité et l’acceptation d’une mesure.»

Jacques Chessex, qui avait déclamé dans 24 heures de mai 1987 son attachement à Italo De Grandi, lui écrivit: «Je suis tout pénétré de votre sagesse, de votre exemple créateur: votre art me porte et m’inspire des voies, des exigences nouvelles et hautes.» (24 heures)

Créé: 04.09.2017, 22h24

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Musée L’Atelier De Grandi, du jeudi au dimanche, de 10 h à 17 h. Chemin d’Entre-deux-Villes 7

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