Cent ans après, le Pays-d’Enhaut se remémore ses internés britanniques

Château-d'Oex Près de 700 blessés anglais de la première guerre ont été accueillis dans la vallée dès 1916. Une commémoration rappellera cet épisode.

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

30 mai 1916. Ce jour-là, le Pays-d’Enhaut accueille ses premiers «internés», des blessés de guerre anglais. A Londres, le Times titre: «Château-d’Œx for our wounded» («Château-d’Œx pour nos blessés») alors que la gazette locale, le Progrès, livre un compte-rendu circonstancié de l’événement: «Le premier train de blessés arrive à 9 h 30; mais, longtemps avant, la population se presse sur cette esplanade et les pompiers ont fort à faire à retenir tout ce monde. L’émotion, pour une part, serrait le cœur de tous (…). Toute la vallée était là.»

Plusieurs générations plus tard, beaucoup ont oublié cette parenthèse de deux ans qui a vu jusqu’aux plus petits villages suisses accueillir 70 000 blessés anglais, français, belges, allemands et autrichiens. Pour marquer le centenaire des premières arrivées en terre damounaise, Guy Girardet, citoyen helvético-britannique résidant à Rossinière, a eu envie d’explorer et de faire connaître cette page d’histoire. Il est à l’origine des commémorations prévues à Château-d’Œx à la fin du mois (lire ci-contre).

«Cette période est très riche d’enseignements sur le plan historique. Elle donne un aperçu de la Suisse de l’époque, de la manière dont le pays a vécu sa neutralité à travers une diplomatie basée sur l’humanitaire. Elle permet aussi de comprendre le travail et le développement du CICR», détaille Guy Girardet.

Près de 700 blessés séjourneront au Pays-d’Enhaut entre 1916 et la fin des hostilités. Le Times le relève, Château-d’Œx est la première localité à solliciter «l’honneur» de recevoir des ressortissants britanniques. La demande n’arrive pas par hasard puisque nombre d’Anglais sont déjà installés dans la région.

Un accueil chaleureux

L’arrivée de ces mutilés donne lieu à des manifestations de liesse. «C’était hystérique, sourit Guy Girardet, qui a consacré trois mois à des recherches intensives sur cette période. Quand les trains traversaient Lausanne, par exemple, il y avait 10 000 personnes sur les quais pour les accueillir! Sur les images, on voit ces militaires couverts de fleurs que les gens lançaient sur leur passage. Pour ces hommes qui sortaient de camps de prisonniers où les conditions devaient être atroces, se retrouver tout à coup dans ces villages de montagne, entourés de manifestations d’affection… Ils devaient avoir l’impression d’arriver sur une autre planète!»

Imaginé par le CICR et accordé par la Confédération, ce statut d’interné n’est ni tout à fait celui d’un prisonnier, ni tout à fait celui d’un homme libre. Néanmoins, au-delà de l’accueil mémorable réservé par les locaux, des rapports se tissent: «On voit par exemple un encart dans le journal annonçant que les internés donnent un concert pour la population. Mais on lit aussi que les gens qui cherchaient à nouer des contacts trop proches avec les internés sont rappelés à l’ordre. Il y a eu des tensions avec la communauté, par exemple quand des soldats allaient retrouver des filles… Certains internés se sont ensuite installés ici, ont fondé une famille. Mais il nous manque des histoires personnelles pour le documenter.» Voulues comme un partage, les commémorations permettront peut-être de combler quelques lacunes dans la connaissance de cette période. (24 heures)

Créé: 09.05.2016, 20h01

Commémorations

Deux rendez-vous marqueront le centenaire de l’arrivée des premiers internés au Pays-d’Enhaut. Dimanche 29 mai sera consacré à la partie anglophone de la célébration à l’église anglaise St-Peter (dès 17 h 30). Lundi 30 mai, jour anniversaire, la population est invitée à une soirée commémorative dès 19 h, à la grande salle de Château-d’Œx. Outre trois conférences données par des historiens, une large place sera faite à l’échange. «Le plus gratifiant serait qu’il puisse y avoir une interaction entre les gens d’ici, les descendants d’internés qui vont venir d’Angleterre, les historiens, etc.» espère Guy Girardet, organisateur. Infos sur les festivités et documents historiques à découvrir sur www.stpeters.ch.

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

L'actu croquée par nos dessinateurs, partie 5

Johnny monument national. (Paru le 9 décembre)
(Image: Vallott) Plus...