Le Chablais, point noir des passages à niveau sur la carte de la Suisse

Mise aux normes Si les croisements les plus dangereux ont été assainis, Vaud fait figure de mauvais élève à l’échelle nationale avec 54 croisements encore à sécuriser. Trente-huit de ces cas sont chablaisiens.

Trente-huit passages à niveau des Transports publics du Chablais doivent être assainis. Les plus dangereux ont été sécurisés (comme vers Ollon, où beaucoup d’accidents s’étaient produits).

Trente-huit passages à niveau des Transports publics du Chablais doivent être assainis. Les plus dangereux ont été sécurisés (comme vers Ollon, où beaucoup d’accidents s’étaient produits). Image: ODILE MEYLAN

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Avec le passage attendu de la cadence au quart d’heure, la ligne Vevey-Les Pléiades ressemblera bientôt à un métro, reliant la Ville d’Images à Saint-Légier et à Blonay. La collision de ce mardi entre le train et une voiture sur un passage à niveau, aux confins du territoire veveysan, ouvre donc une question légitime: pourquoi n’y avait-il pas de barrières de sécurité en plus des feux et des signaux sonores? D’autant qu’à cet endroit la visibilité est mauvaise, bouchée par des murs en pierre bien accordés au nom du sentier, le chemin des Vignerons, normalement réservé aux riverains. «Beaucoup de gens trichent», constate un voisin, selon qui il n’y avait pas eu d’accident à cet endroit «depuis une éternité».

Barrières ou pas barrières? Simples feux, signaux sonores ou croix de Saint-André? Les mesures de sécurisation des croisements entre les rails et la route dépendent de plusieurs facteurs. Qui vont de la visibilité au trafic routier en passant par la cadence des trains. Sans oublier la vitesse de ces derniers. «Il n’y aura jamais de passage à niveau sur le croisement d’un train circulant à 200 km/h. D’autres mesures devront être trouvées», souligne Gregor Saladin, porte-parole de l’Office fédéral des transports (OFT). Les intersections peuvent être purement et simplement supprimées. Les cas les plus problématiques seront enjambés, comme avec le viaduc de Cery – Fleur-de-Lys, inauguré en 2015 pour le Lausanne-Echallens-Bercher.

«Chaque cas doit être évalué individuellement, souligne Gregor Saladin. Le simple fait d’avoir une cadence élevée n’entraîne pas automatiquement la pose de barrières. En revanche, des changements d’horaires peuvent être l’occasion d’une réévaluation des mesures à mettre en place, de même que l’évolution du trafic routier ou l’éclosion d’un nouveau quartier.»

Pour la ligne Vevey-Les Pléiades, seuls deux croisements ne possèdent pas de barrières. Celui où s’est produit l’accident ce mardi fera justement l’objet «d’un nouvel audit en 2019, au moment du passage à la cadence 15 minutes», affirme Hans-Ruedi Gerber, porte-parole du MOB, qui gère cette ligne.

En 2004, une task force fédérale a été chargée de faire accélérer la sécurisation des quelque 4430 passages à niveau suisses. Elle a été dissoute l’an dernier, car l’objectif semble atteint. «A la fin de 2016, quelque 2500 passages à niveau étaient assainis, ce qui a réduit de plus de 85% le nombre de passages à niveau non conformes. Le nombre d’accidents survenus à des passages à niveau a reculé d’environ un quart au cours des dix dernières années», affirme un communiqué de l’OFT.

Restent 275 cas non conformes. Surprise: 54 d’entre eux (soit 20%) se trouvent sur territoire vaudois! Outre le fait que le canton possède énormément de ces installations, ce point noir est aussi dû aux Transports publics du Chablais (TPC): les quatre lignes de cette seule entreprise comptent encore 38 cas à assainir. Il faut dire qu’elle partait de loin, avec 102 installations (et 42 dans le Chablais valaisan). «Les passages à niveau susceptibles de créer des situations de grand danger ont été sécurisés», assure Grégoire Praz, directeur des TPC. Ainsi du carrefour du Lombard, qui avait vu la mort d’un enfant de 10 ans en 2009.

Du retard à rattraper

Pourquoi les TPC sont-ils en retard? Claude Oreiller, directeur des TPC de 2003 au 1er janvier dernier, explique: «Dans les années 1990, l’Aigle-Ollon-Monthey-Champéry puis jusqu’en 2005 l’Aigle-Sépey-Diablerets étaient menacés de suppression! Nous ne pouvions pas investir sans assurance de viabilité. Ensuite, il a fallu rattraper le retard. Protéger d’abord les lignes des chutes de pierres, refaire les gares, etc. Début 2000, nous avons investi 16 millions pour le nouveau dépôt, 20 millions en 2006 pour la nouvelle place de la Gare d’Aigle, et 72 millions en 2015 et 2016 pour refaire la ligne et le matériel roulant. Nous sommes à la traîne pour les passages à niveau, mais nous ne pouvions tout faire en même temps.» Le nouveau patron Grégoire Praz assure qu’une planification est établie «pour avancer au fur et à mesure: il faut déjà remplacer les tronçons où tout se faisait par radio par un bloc de ligne, qui gère les feux et la sécurisation du tracé, avant de pouvoir s’occuper des installations des passages à niveau.»

A noter que de 2012 à 2016 «seuls» 58 accidents (causant 25 morts) ont été dénombrés sur des passages à niveau en Suisse. Parmi ceux-ci, «seulement deux se sont déroulés dans le canton de Vaud, tous deux en 2013, mais aucun sur une ligne des TPC», précise Gregor Saladin. (24 heures)

Créé: 14.09.2017, 07h00

Quelques chiffres

54 Le nombre de passages à niveau vaudois non conformes, dont 38 auprès des Transports publics du Chablais.

515 Le nombre total de passages à niveau du canton, le 2e de Suisse le plus doté de ce type d’installations après Berne (877) et devant Zurich (387).

10,5% Le pourcentage de passages à niveau à assainir dans le canton de Vaud, mauvais élève national car en queue de liste avec Saint-Gall (11,4%), Appenzell Rhodes-Intérieures (18,8%) et Appenzell Rhodes-Extérieures (30,8%), bon dernier.

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