Dans le Chablais vaudois, le Rhône mangera 13 hectares de terres agricoles

3e correction du RhôneLes négociations s’ouvrent avec les exploitants, qui demandent des compensations. Mais les écologistes ont aussi des prétentions.

Bex paiera un lot important en terrains agricoles dans le cadre de la 3e correction du Rhône. Pierre-Yves Rapaz porte la double casquette de municipal de la Cité du sel et d'agriculteur concerné.

Bex paiera un lot important en terrains agricoles dans le cadre de la 3e correction du Rhône. Pierre-Yves Rapaz porte la double casquette de municipal de la Cité du sel et d'agriculteur concerné. Image: Philippe Maeder

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Le Chablais vaudois n’échappera pas à la gourmandise du Rhône appelé à prendre de l’ampleur dans la vallée au terme de sa troisième correction (R3). Sans surprise, les terres agricoles seront en première ligne dans le cadre de ce chantier du siècle prévu sur les trente prochaines années. Une étude de Prométerre l’a confirmé dans un rapport daté du 11 novembre 2016: les 13,4 hectares à prendre sur territoire vaudois le seront presque exclusivement sur du terrain agricole appartenant aux communes riveraines, principalement Ollon et Bex.

A qui prendre ces terres? Et comment dédommager les lésés? Côté vaudois, c’est l’équation qu’a accepté de résoudre Jean-Luc Sautier, chef de projet, en collaboration avec le Service de l’agriculture et de la viticulture (SAVI). L’habitant d’Yvonand, 73 ans peut se targuer d’une grande expérience après vingt-quatre ans en tant qu’expert à l’Office fédéral de l’agriculture dans le domaine des améliorations foncières. Il boucle là son dernier mandat avant sa retraite effective.

Selon lui, exproprier n’est pas la solution, même si la loi l’autorise en dernier recours. «Restent deux possibilités: acheter de gré à gré les terrains nécessaires ou les échanger contre des terres disponibles, propriété de l’Etat ou des communes. Il faut en outre que l’échange soit équivalent en valeur, pas forcément en surfaces. Il y aura donc une perte de terres agricoles.»

Des 13,4 hectares à prélever, 91% sont propriété des communes, le solde de privés. «Ce qui facilite les choses, ajoute Jean-Luc Sautier. Après avoir rencontré les représentants de ces collectivités le 11 janvier, il apparaît qu’une procédure d’amélioration foncière avec remaniement parcellaire ne se justifie pas aujourd’hui.»

Bex et Ollon en première ligne

Pour Guy Stalder, président de l’Association de défense du sol agricole du Chablais vaudois (ADSA VD), «l’héritage des remaniements parcellaires pour l’autoroute et la H144 (entre Rennaz et Les Evouettes) a permis de faire le gros du travail.» La problématique est autre en Valais, où les propriétaires sont en grande majorité privés (lire ci-contre).

Bex et Ollon sont les communes les plus concernées, avec respectivement 3,8 et 6,8 hectares impliqués. «Mais la première est propriétaire de terrains chez sa voisine, via notre Société d’alpage, ce qui en fait la plus touchée», lance Pierre-Yves Rapaz, municipal de la Cité du sel.

Ce dernier est doublement concerné. En tant que représentant de sa commune d’abord, comme exploitant agricole ensuite, de surcroît locataire de ses terres agricoles entre le fleuve et l’autoroute. «Au début, les discussions étaient très chaudes et l’ADSA Vaud s’est fait entendre! se souvient le député UDC. On nous annonçait au minimum deux fois plus de terrains touchés qu’aujourd’hui. A Bex et Ollon, nous avons eu le mérite d’anticiper en procédant à une partie du travail. On ne peut pas se réjouir de voir les surfaces agricoles diminuer, mais nous avons pu limiter les dégâts.» Et Guy Stalder d’ajouter: «Nous avons en outre obtenu que l’emprise soit plus importante sur les forets plutôt que d’empiéter sur les terres agricoles.»

Négociations à venir

Des «bilatérales» débuteront dès le mois prochain, entre les communes, le SAVI, R3 et les propriétaires et exploitants concernés. Jean-Luc Sautier sera de la partie. Quatre types de mesures compensatoires sont prévus (lire ci-contre). La facture se partagera entre la Confédération, le Canton et les communes pour une partie. «L’estimation est en cours, précise Jean-Luc Sautier.»

A titre d’exemple, Pierre-Yves Rapaz verra une digue traverser ses terrains actuels pour laisser un lit plus grand au fleuve. «Une compensation pourrait, par exemple, être un aménagement en pente douce de la digue du côté de mes terres, pour que je puisse exploiter. Les discussions pourraient également porter sur la suppression d’un chemin public qui coupe actuellement mes parcelles en deux. On verra ce que donnent les négociations. Cela dit, on peut d’ores et déjà saluer la volonté d’avoir un dialogue ouvert de la part de R3.»

Guy Stalder n’en attend pas autant des associations de protection de l’environnement: «Notre plus gros souci viendra de leurs prétentions. Elles vont vouloir obtenir des compensations à R3. Notre rôle sera de veiller à ce que celles-ci ne se fassent pas au détriment des surfaces agricoles. Il faut qu’elles comprennent que R3 est un plus pour la nature.»

Pas sûr que les associations partagent cette analyse, loin s’en faut, à lire la position d’une trentaine de pages de Pro Natura sur la question. Dans sa synthèse, l’association «constate que le monde agricole a provoqué un redimensionnement à la baisse de l’emprise du projet R3 au point que les experts chargés de la protection de la nature concluent à un bilan écologique négatif». Les discussions s’annoncent âpres d’ici à la mise à l’enquête des mesures de R3 dans le Chablais, prévue fin 2017. (24 heures)

Créé: 24.01.2017, 07h43

Pour compenser

Vaud et Valais ont mis en place une stratégie commune pour indemniser les agriculteurs lésés.

Les mesures collectives directement liées à R3 Il s’agit d’une aide pour compenser les effets sur les terres directement en contact avec le périmètre de R3. Par exemple, un suivi des effets sur la nappe phréatique. Ces mesures sont prises en charge en totalité par R3.

Les mesures collectives indirectement liées à R3 Les communes très touchées peuvent prétendre à une indemnité pour améliorer la productivité des terres ailleurs dans la plaine. Une participation de R3 est prévue.

Mesures intégrées Il s’agit d’exploiter les aménagements de R3 pour l’agriculteur. Exemples: prévoir une pente extérieure des digues propice à l’agriculture; ou valoriser des matériaux excédentaires du chantier.

Mesures individuelles Si une compensation en nature n’est pas possible, une aide financière à la restructuration d’une exploitation fortement touchée sera envisagée.

«En Valais, 360 exploitations sont touchées»

La stratégie d’indemnisation des agriculteurs est la même côté vaudois et valaisan, mais le problème se pose autrement. Là où les communes sont propriétaires de l’essentiel des terrains sur Vaud, le Vieux-Pays se retrouve confronté à une grande majorité de privés. Léonard Dorsaz, du Service de l’agriculture valaisan: «Sur le canton, 360 exploitants sont impactés par R3, dont 50 sont en danger économique. Dans le Chablais valaisan, une dizaine de gros propriétaires sont touchés. Nous essayons de nous rabattre un maximum sur des parcelles forestières, mais cela ne suffit pas.» Sur l’ensemble du projet R3, 870 hectares seront pris pour élargir le Rhône, dont 300 sur des terrains agricoles (30 pour le Chablais valdo-valaisan, 17 sur Valais, 13 sur Vaud). «Comme sur Vaud, nous prévoyons des mesures compensatoires collectives, soit pour l’ensemble de la plaine, et individuelles par exploitant, reprend Léonard Dorsaz. Les estimations sont en cours, mais les calculs parlent, pour le Chablais valaisan, d’une enveloppe entre 20 et 50 millions.»

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