Le chalet d’alpage menacé de disparition

Agriculture Symbole national, la vénérable bâtisse est de moins en moins utile aux paysans des monts. Les communes s’en inquiètent.

Plusieurs communes propriétaires d’alpages se préoccupent de l’avenir de leurs chalets.

Plusieurs communes propriétaires d’alpages se préoccupent de l’avenir de leurs chalets. Image: JEAN-GUY PYTHON

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Une carte postale de la Suisse sans son chalet d’alpage? La perspective semble bien triste. Et pourtant! Ces bâtisses ne sont plus aussi nécessaires qu’autrefois. Comme tous les six ans, Ormont-Dessus vient de remettre en soumission les baux de ses alpages. «En général, on n’a pas trop de soucis pour trouver des locataires, note la municipale Nicole Tougne-Genillard. Mais on constate que les chalets d’alpage sont de moins en moins occupés.»

Plusieurs phénomènes l’expliquent: «La structure des exploitations a changé, observe Jean-François Dupertuis, conseiller agricole chez Prométerre. Là où on avait à l’époque cinq troupeaux de dix vaches, on trouve aujourd’hui un troupeau de cinquante bêtes. Un petit chalet n’est plus adapté.» Garde forestier à Ollon et également chargé de la gestion des alpages communaux, Jean-Marc Mathys ajoute: «Les paysans sont aujourd’hui plus mobiles. On peut facilement se rendre en voiture de son domicile à l’alpage; il n’est plus nécessaire d’y passer tout l’été.» La conversion de nombreuses exploitations laitières à l’élevage de races à viande, souvent plus rentable et moins contraignante, accélère le phénomène: «Les vaches mères peuvent être laissées à elles-mêmes, les producteurs n’ont pas besoin de locaux pour couler leur lait ou de laboratoire pour le transformer en fromage…», relève Nicole Tougne-Genillard. Sur les hauts de Bex, plusieurs étables sont lentement devenues obsolètes, notamment en raison de la construction d’un bâtiment plus vaste à Bovonne, en 1985, explique le municipal bellerin Pierre-Yves Rapaz. «Plusieurs d’entre elles ont été reconverties en résidences secondaires.» Une renaissance désormais difficilement envisageable, notamment en raison de la Lex Weber.

Un million pour les ruraux

Ollon s’interroge aussi sur l’avenir de ses 39 chalets. Le Conseil communal a récemment débloqué un crédit de 1,08 million de francs afin de rénover une dizaine de toitures sur ses alpages. Mais aussi pour mener une étude sur l’avenir de ces édifices (lire ci-contre). Mandaté pour la réaliser, Jean-François Dupertuis salue le vote favorable des élus: «La tendance des communes est souvent à tenter de se débarrasser de ce patrimoine. Or, l’occupation des alpages – et donc leur entretien – est un gros enjeu: en Suisse, la forêt gagne chaque jour une surface équivalente à trois terrains de football.» Cet entretien est aussi nécessaire au tourisme: «En France, faute de paysans, certaines sociétés de remontées mécaniques doivent gérer des troupeaux pour entretenir leurs pistes en été.»

Le conseiller agricole en est convaincu: le chalet d’alpage a encore toute sa place dans l’agriculture suisse. «Mais pour qu’un estivage soit exploité, il faut que l’amodiataire puisse y créer de la valeur ajoutée: fromage ou viande. Et pour cela, les propriétaires se doivent de leur offrir un outil de travail adapté et moderne.» (24 heures)

Créé: 25.04.2018, 07h31

Quels besoins pour les amodiataires?

«L’avenir de ce patrimoine nous préoccupe. Même si la plupart de nos alpages sont loués à des agriculteurs de la commune, nous constatons que nous devons faire en sorte qu’ils restent attractifs», observe Sally-Ann Jufer, municipale chargée des alpages à Ollon. Pour ce faire, la Commune vient d’allouer un crédit de rénovation de 1,08 million.

Dans cette enveloppe, 9500 fr. serviront à financer un plan de gestion, mené par le bureau de conseil agricole ProConseil. «L’objectif de cette étude est de connaître le potentiel de chaque alpage: est-ce que l’herbage est de qualité suffisante pour une exploitation laitière? explique Jean-François Dupertuis.

En fonction de ce potentiel, quels sont les besoins des amodiataires en termes d’infrastructures? Quelle valeur patrimoniale accorde-t-on à tel ou tel chalet? Y a-t-il lieu de le conserver ou non?»

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