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Cinq immeubles partent en guerre pour sauver leur jardin commun

Le lieu n’est pas du goût de la gérance, qui menace de l’évacuer et de résilier les baux des récalcitrants. Saisie, la justice a mis son veto à toute intervention en attendant d’y voir plus clair.

L'espace communautaire situé dans la cour intérieure des cinq immeubles est en sursis: le propriétaire exige que le jardin disparaisse.
L'espace communautaire situé dans la cour intérieure des cinq immeubles est en sursis: le propriétaire exige que le jardin disparaisse.
Chantal Dervey

En dépit de ses couleurs d’automne et de sa végétation en phase de déclin, le jardin communautaire de la «parcelle 87», à Vevey, invite à se poser pour partager un café ou faire un brin de causette. Voilà près de vingt ans que les habitants des cinq immeubles à loyers abordables qui le bordent – rue Aimé-Steinlen, avenue Gustave-Coindet et rue de la Byronne – bénéficient de ce lieu tout en plantes et arbres en pots, situé au fond de la cour intérieure, à l’abri des regards, juste derrière le centre commercial Saint-Antoine. Depuis 1995, il accueille sont lot de repas et d’apéros d’un soir. Il a aussi servi de cadre à un festival de musique durant plusieurs années et à quelques fêtes de quartier mémorables.

Ultimatum

Problème, la Régie Duboux, qui administre les lieux pour le compte du propriétaire (Comunus SICAV, basée à Clarens), ne partage pas du tout cette vision bucolique des choses. Depuis qu’elle a été mandatée en 2016, celle-ci exige que ce lieu disparaisse. Elle invoque notamment des risques d’incendie. Dans ses appels répétés placardés dans les couloirs ces derniers mois, la gérance fixe un ultimatum et menace de liquider le jardin aux frais des locataires, voire de résilier les baux des réfractaires. En parallèle, les courriers pointent du doigt un problème d’entreposage «d’objets hétéroclites dans les allées des immeubles». Ceux-ci auraient favorisé un début de feu dans l’un des bâtiments le 11 mars 2016, dont les locataires disent ne pas avoir connaissance. Contactée à sa succursale de La Tour-de-Peilz, la gérance se refuse à tout commentaire. Quant au propriétaire, il n’a pas donné suite à nos sollicitations.

L’association Parcelle 87, née en 2002 pour animer le jardin puis convertie en défenseur des droits des locataires, ne voit dans les efforts de la gérance que des «intimidations répétées pour mater notre association, qui est de tous les combats avec les gérances depuis les années 2000», lance Sven Tobler, ancien conseiller communal Alternatives, et habitant du quartier.

«Nous sommes au bénéfice d’un droit d’usage octroyé par l’ancienne régie en 2004 pour installer plantes, tables et chaises, ajoute Antoine Dormond, lui aussi résident et conseiller communal Vert. Il n’y a aucune raison que ce lieu de vivre-ensemble, qui participe à la qualité de vie du quartier, disparaisse.»

Les habitants ont le soutien de la Direction des affaires sociales, du logement et de l’intégration de la Ville de Vevey. Selon son chef, le municipal Michel Agnant (Vevey Libre), «rien ne justifie qu’on s’oppose à leur mode de vie. S’il existait une plainte à leur encontre ou qu’ils s’étaient rendus coupables d’entrave à la tranquillité publique, je pourrais entrer en matière, mais ce n’est pas le cas.»

Première manche gagnée

Sûre de son bon droit, l’association a porté l’affaire devant le Tribunal des baux. Et remporté une première manche lors de l’audience de lundi. Le président Daniel Cuérel, qui se refuse à ce stade à commenter l’affaire, a accordé les «mesures provisionnelles», synonymes de statu quo jusqu’à discussion sur le fond. Les locataires ont jusqu’au 15 décembre pour présenter leur argumentation complète. Si tel est le cas, une nouvelle audience sera prévue.

D’ici là, la conciliation de lundi conclut que le propriétaire «s’engage à ne pas évacuer de biens du jardin communautaire». La locataire Cornelia Koller, signataire de la requête au tribunal, «s’engage à assurer l’entretien correct de cet espace ainsi qu’à ne rien entreposer contre les façades des immeubles. En particulier, la glycine sera éloignée de la façade qu’elle jouxte». Enfin, le propriétaire «déclare décliner toute responsabilité en cas d’incendie».

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