Cure de jouvence pour les trésors thermaux d’Évian

PatrimoineLa remise en valeur du bâti emblématique du passé thermal se poursuit. Place aux buvettes.

L’iconique buvette Cachat, au cœur de la ville d’eau, ne sera pas rendue au public avant 2021 ou 2022. Sa réhabilitation doit commencer cet automne.<br />IMAGES: ODILE MEYLAN

L’iconique buvette Cachat, au cœur de la ville d’eau, ne sera pas rendue au public avant 2021 ou 2022. Sa réhabilitation doit commencer cet automne.
IMAGES: ODILE MEYLAN

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La buvette Cachat, au cœur d’Évian-les-Bains, est un véritable chef-d’œuvre de la Belle Époque. Mais ce monument, propriété de la Ville depuis 2008, est aujour­d’hui en grand péril. La grue dressée devant son entrée monumentale, route Nationale, en atteste; encore plus les renforts posés sur la structure à l’arrière de l’édifice, avenue des Sources. Des palissades métalliques l’entourent. Le gros œuvre de sa restauration va débuter cet automne. En effet, fière de son passé thermal, soucieuse de lui offrir une cure de jouvence, la Ville veut sauver ce joyau comme elle a entrepris depuis une dizaine d’années la rénovation d’autres bâtiments emblématiques érigés autour de sa célèbre source Cachat. Sa fameuse eau minérale lui confère depuis plus de deux siècles une aura inestimable. «La mise en valeur de ce bâti unique est une carte tout à fait exceptionnelle et stratégique pour la ville et son attractivité touristique», résume en préambule Josiane Lei, maire de la station lacustre forte de 9300 âmes, réputée aussi pour son casino, son golf, ses jardins fleuris.

La découverte des vertus thérapeutiques de l’eau magique puisée dans le sous-sol du jardin de Gabriel Cachat date de 1789. On doit sa révélation au comte de Laizer, malade des reins et dont la consommation assidue de l’eau minérale en a guéri les troubles. Très vite, des hôtes issus du gotha européen ou autres personnalités (Eiffel, Proust, Anna de Noailles) effectuent le pèlerinage d’Évian, pour suivre des cures près de la source reconnue d’intérêt public et gérée à partir de 1826 par la Société anonyme des eaux minérales d’Évian (SAEME). Le quartier des Sources se développe, notamment autour d’une buvette, de thermes, d’hôtels, d’un funiculaire. Ces bâtiments ont perduré, quand bien même l’essor thermal d’Évian s’est progressivement étiolé. Aujour­d’hui subsistent Les Thermes à l’entrée ouest de la commune, gérés par Évian Resort, filiale de la SAEME.

Au chevet de la buvette Cachat

Les premiers travaux de réhabilitation du bâti thermal ont concerné le funiculaire, également surnommé le «petit métro évianais». Construit en 1907, il permettait alors aux curistes de rejoindre les thermes et la buvette Cachat. Rénové en 2002, son utilisation est gratuite.

Les autorités ont ensuite entrepris la revalorisation des anciens thermes historiques, édifiés en 1902 par l’architecte Ernest Brunnarius et propriété de la Ville depuis 1996. Situé en front de lac, le lieu de cure et de bains a été transformé en 2006 en Palais Lumière, centre culturel et de congrès.

La Ville se penche donc désormais au chevet de l’emblématique buvette Cachat, qui devient dès son érection en 1905 vitrine mondaine de la ville d’eau. Conçu par l’architecte Albert Hébrard, ce trésor de l’art nouveau abritait notamment l’administration de la SAEME. «La dégradation est très avancée à cause de l’usure du temps, notamment la charpente en bois, la toiture en tuiles vernissées. Il y a évidemment des problèmes d’infiltration et d’étanchéité», détaille Bertrand Vouaux, directeur des services techniques d’Évian. Architecte lyonnais de renom et spécialiste des monuments historiques, Didier Repellin officiera à la réhabilitation.

«Nous souhaitons, en lien avec la Fondation du patrimoine et sous le regard de la Direction régionale des affaires culturelles, opérer non seulement une restauration complète, mais encore rendre l’espace au public, réaménager sa place urbaine, le doter d’une structure polyvalente pour accueillir expositions et événements culturels, reconstruire le grand promenoir qui avait brûlé», complète Josiane Lei.

L’arrière de la buvette Cachat, dont le parvis et ses abords deviendront un espace convivial et vivant tant pour les habitants que pour les touristes.

Architectes suisses en renfort

Les travaux pourraient débuter cet automne et s’étaler sur deux ou trois ans. Reste le financement de 7,2 millions d’euros tout compris. Au million tiré des fonds propres de la Ville vont s’ajouter des participations du Département, de la Région, peut-être de la DRAC. «Par ailleurs, nous avons sollicité des banques et de grandes entreprises ,et encore les amoureux du patrimoine et les Évianais», conclut le maire.

Il n’est pas prévu que la SAEME ou Évian Resort passent à la caisse, «puisque la buvette Cachat est propriété de la Ville», indique l’entreprise. Surtout, elle doit elle-même entretenir sa propre buvette. Construite dès 1957 par l’architecte Maurice Novarina et le constructeur Jean Prouvé, cet autre incroyable chef ­d’œuvre, complexe et très imaginatif, a remplacé la buvette Cachat, alors jugée inadaptée. Novarina-Prouvé, occupée en partie par les Thermes, est en revanche très délabrée dans sa partie est et ne fait plus office de buvette.

Aucune décision n’a encore été prise pour la rénovation de la très abîmée buvette Prouvé-Novarina, propriété de la SAEME.

SAEME, qui a obtenu son classement comme monument historique, «a mandaté des architectes suisses rattachés à l’EPFL (lire l'encadré) pour conduire une étude en vue d’un éventuel projet de réhabilitation du bâtiment.» Ce travail est contenu dans un ouvrage, «La Buvette d’Évian», rédigé par Franz Graf et Giulia Marino, sorti récemment.

Le travail des deux architectes de l’EPFL, en collaboration avec la Fédération des architectes suisses, permet d’ouvrir un nouveau chapitre: la possibilité de documenter, chiffrer, prioriser les travaux à envisager. «Ça va durer plusieurs mois. Il est donc trop tôt pour parler budget, répartition du financement, calendrier. Tout cela dépendra aussi de l’utilisation qui pourra être faite du bâtiment, sachant qu’il n’entre pas dans les normes actuelles en matière d’accueil du public, du fait même de sa structure», déclare la SAEME.

Créé: 01.06.2019, 15h22

Évian investi par les étudiants en archi de l’EPFL

Lundi et mardi, une nuée d’étudiants de première année d’architecture à l’EPFL se sont activées dans le parc de la mythique mais quelque peu délabrée buvette Prouvé-Novarina, située à l’entrée ouest d’Évian. Et aussi dans celui de la Grange-au-Lac, de l’architecte Patrick Bouchain, imaginé pour le célébrissime violoncelliste Mstislav Rostropovitch.

Cent trente-quatre filles et garçons confondus portent et assemblent plus de 40'000 mètres linéaires de bois déjà manufacturés dans les ateliers de l’EPFL et venus par camions de Vaud; 30'000 vis et 10'000 boulons fixent le tout.

L’installation évianaise temporaire, visible quatre mois durant, est le fruit d’un projet pédagogique qui associe différents laboratoires de l’EPFL, la Fédération des architectes suisse et, ici en l’occurrence, en collaboration avec Évian Resort.


Cliquer ici pour agrandir

«L’idée est donc d’habiter des espaces publics avec une série de structures habitables conçues et construites par les étudiants. Ces dernières années, le projet a été mené sur le campus de l’EPFL, à Versailles, Zurich, Malley et Bruxelles», résume Elena Chiavi, architecte et responsable communication du projet.

Pour Évian, ville célèbre aussi pour ses imaginatives installations de bois flotté à Noël – les flottins –, les structures habitables des étudiants de l’EPFL se matérialisent en jardin, écran, belvédère, serre, mur d’oiseaux, balançoires d’eau et différentes scènes.


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