Une «dame du lac» forcée de remettre son tablier

VeveyChaque matin depuis dix-huit ans, Monique Cottier distribue le vieux pain du caisson du Bois d’amour. Une activité critiquée.

Monique Cottier, 80 ans, prend plaisir à distribuer du pain à ses protégés.

Monique Cottier, 80 ans, prend plaisir à distribuer du pain à ses protégés. Image: Patrick Martin

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Pas de doute, les centaines de cygnes, canards, poules d’eau et mouettes massés nerveusement à portée de bec du débarcadère de Vevey l’attendent en silence, comme chaque matin d’hiver. Dans la pénombre, le phare du vélo de Monique Cottier pointe soudain à l’autre bout de la place du Marché. La grève s’agite. Six coups retentissent à l’horloge de la Grenette.

À chaque poignée de guidon pend un sac plein à ras bord de pain sec. À peine l’alerte Veveysanne de 80 ans a-t-elle parqué son deux-roues et entamé la descente du faux plat qui mène à la rive qu’une impressionnante cacophonie de battements d’ailes et de caquètements en tous genres monte du plan d’eau. «Ce sont les mouettes qui se servent en premier! crie Monique Cottier pour couvrir le bruit. Hé, stop, toi, va là-bas!» lance-t-elle à un cygne trop impatient d’avaler un quignon. Dans les lueurs du matin naissant, ce tableau frénétique sur fond de montagnes bleues est saisissant.

Depuis dix-huit ans

Deux autres sacs vont suivre. Pour cela, il faudra un aller-retour jusqu’à la «boîte à pain» posée, on ne sait plus vraiment quand, par la Société vaudoise pour la protection des animaux. On ne remarque presque plus ce caisson défraîchi au coin du parking du Bois d’Amour, côté Grenette. Sur le panneau métallique marqué par le temps, l’inscription au feutre «Pain cygnes» invite les Veveysans à y déposer leurs kilos de surplus par une fente.

«Avant, c’était une dame qui s’en occupait, explique dans un large sourire celle qui a connu quatre Fêtes des Vignerons sur cette même place. Quand elle a arrêté, je l’ai remplacée, automatiquement. C’était il y a dix-huit ans, quand j’ai pris ma retraite – j’étais caissière à la Migros de la rue de Lausanne, qui n’existe plus. Il n’y avait personne pour reprendre, alors je l’ai fait. J’habite tout près, au quai d’Arabie, c’est pour ça. Sinon, je ne le ferais pas.»

Chaque matin, la clé à l’ancienne tourne dans la serrure du conteneur. Le panneau coulisse et les quelques miches sèches en équilibre précaire sur le haut du vaste tas tombent sur le sol. «Celles-là, c’est pour les moineaux, explique l’octogénaire en les émiettant sur les pavés, mais ça ne va pas rester longtemps.»

«Avant, c’était une dame qui s’en occupait. Quand elle a arrêté, je l’ai remplacée, automatiquement»

En ce mardi, jour de marché, la boîte est pleine aux trois quarts. «C’est quasi tout le temps comme ça. Vous voyez tous ces cornets? Et ce pain moisi? Certains font les choses bien, d’autres s’en fichent. Depuis que la taxe au sac est en vigueur, il y en a beaucoup plus. Et la Commune ne fait rien pour entretenir cette boîte. Elle est foutue. Je l’ai repeinte, rafistolée. J’ai notamment changé les planches de la base, elles étaient pourries.»

Mauvais pour les canards

Aujourd’hui, ce dévouement altruiste a du plomb dans l’aile. La faute à la composition du pain – notamment le gluten – qui n’est pas aussi bon qu’on pourrait bien le croire pour le système digestif des oiseaux d’eau. La proposition d’un élu Vert de sensibiliser la population à cet état de fait a séduit les autorités (notre édition du 3 mars). Celles-ci prévoient de faire profiter d’autres animaux du pain collecté. «Quand il y a le marché, j’en propose d’ailleurs aux maraîchers et agriculteurs. Mais ça ne suffit pas pour tout donner. J’en donne même à mon véto, il a des ânes.»

Monique Cottier ne prend pas plus ombrage que ça de la situation. Tout au plus se dit-elle un brin nostalgique des photos noir-blanc de l’époque où les cygnes se servaient dans des auges aménagées à leur intention sur les quais. «S’ils enlèvent aussi cette boîte, bon ben voilà. Mais, s’ils la laissent et que le pain n’est pas destiné aux oiseaux du lac, il ne faudra pas compter sur moi.»

À n’en pas douter, elle n’en continuera pas moins à prendre soin de ses protégés sur cette berge où elle déverse parfois de la paille. «Les exposants de la Foire de la Saint-Martin m’autorisent entre autres à en prendre. Il faut voir que quand les cygnes s’endorment sur du dur, si c’est gelé, ils ne repartent plus! Pis quand j’ai fini de les nourrir, je fais mes petits exercices de gym. Il faut bien s’entretenir!» (24 heures)

Créé: 12.03.2018, 07h02

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