Décapité, le commerce aiglon a le blues tenace

Économie L’association Aigle-Cité est en plein passage à vide. La base met en cause l’équipe dirigeante et l’un de ses piliers.

Le découragement gagne les rangs de la soixantaine d’affiliés à Aigle-Cité. L’aménagement du centre-ville est une préoccupation récurrente.

Le découragement gagne les rangs de la soixantaine d’affiliés à Aigle-Cité. L’aménagement du centre-ville est une préoccupation récurrente. Image: CHANTAL DERVEY

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«Il faut peut-être en arriver là pour se remettre en question», souffle une marchande, atterrée. Anonymement, vu le climat qualifié de «délicat» qui règne au sein d’Aigle-Cité. Fléau endémique du groupement des commerçants aiglons, le découragement gagne les rangs de la soixantaine d’affiliés. Encore composé de neuf membres l’an dernier, le comité d’Aigle-Cité n’en compte plus que deux. Un chapelet de mécontents se refuse même à verser la cotisation annuelle avant le retour à une administration juridiquement valable.

L’aspect formel n’est que la pointe d’un iceberg où se fracassent épisodiquement ceux qui tentent de redonner une visibilité aux entrepreneurs du bourg. L’organisation ne donne plus satisfaction. «Je suis à deux doigts de penser qu’il est temps de liquider Aigle-Cité et de monter une autre structure», plaide le voyagiste Marc-Olivier Drapel, qui a assuré la présidence jusqu’en 2013.

«Nous sommes dans une situation difficile mais objectivement la société est en bon état, on a de l’argent, il n’y a pas péril en la demeure»

Si chacun individuellement se démène derrière son comptoir pour servir et garder sa clientèle, le collectif peine à se trouver un élan commun. Pour beaucoup, engranger des cotisations, organiser des marchés et des animations de Noël et de Pâques ne suffisent plus. En vrac, la base déplore un manque de relief dans la vision de ses meneurs, l’absence d’idées novatrices, le peu d’ouverture vers les homologues de la zone industrielle, en résumé un immobilisme récurrent, incarné notamment par une figure inamovible de l’équipe dirigeante.

Pharmacien dans le viseur

Aussi critiqué que craint, le pharmacien Marcel-Jacques Bacca est en effet sous le feu de la critique. Également figure de proue de l’Entente aiglonne, formation politique dont le cheval de bataille est précisément l’aménagement du centre-ville, Marcel-Jacques Bacca est l’un des derniers rescapés du comité. Il tente d’y ramener les sept représentants statutaires: «Nous travaillons à remettre en forme cette société avec ceux qui le veulent bien. Nous sommes dans une situation difficile mais objectivement la société est en bon état, on a de l’argent, il n’y a pas péril en la demeure.»

L’homme ne cache pas sa volonté de revenir aux fondamentaux de son organisation: «On tient notre programme. Nous allons faire de la publicité, organiser de grands marchés et des animations pour les Fêtes, comme d’habitude.» Exit donc le mouvement amorcé l’an dernier, sous la houlette d’une présidente avide de renouveau. Sonia Laameche a renoncé à son mandat après avoir fermé boutique. Lors de sa dernière assemblée générale, en novembre dernier, la jeune femme avait laissé sur le tapis l’idée de réformer les statuts d’Aigle-Cité pour engager sur ses deniers un collaborateur à temps partiel, chargé de monter des animations.

Pas assez de places de parc?

Ayant pris officieusement sa succession après l’hémorragie du comité, Marcel-Jacques Bacca balaie cette proposition. Et passe la patate chaude plus loin: «Il est naïf de croire qu’on pourra engager quelqu’un et en même temps financer nos opérations. Il faut des moyens que nous n’avons pas et la Ville préfère soutenir d’autres événements que les nôtres. Notre problème de fond, c’est l’aménagement de ce centre où il y a toujours moins de places de parc.»

Quant à renouveler les actions du groupement, l’homme rejette l’idée, tout comme les critiques à son encontre: «Que ceux qui ont quelque chose à dire viennent aux assemblées et donnent de leur temps et leurs idées. Je laisse volontiers ma place à qui veut la prendre! Mais personne ne veut travailler.»

Indice d’une préoccupation générale, la Municipalité prévoit d’assister in corpore à l’assemblée générale extraordinaire qui doit redonner sa viabilité à l’organisation. Le comité rescapé promet d’agender une date avant la fin du premier semestre. (24 heures)

Créé: 06.04.2018, 18h39

Partenaires inquiets cherchent solutions

L’affaire inquiète les partenaires que sont la Ville et l’Office du tourisme. Les deux interlocuteurs ont pris langue avec les représentants d’Aigle-Cité pour tenter une avancée. La Commune, qui accorde une subvention annuelle de 15 000 francs à Aigle-Cité, déplore le passage à vide et plaide pour une mise à plat générale: «Nous partageons cette vision qu’il y a peut-être une réforme à lancer, avance Grégory Devaud, municipal de l’Économie. Nous sommes à une période charnière et ce qu’il nous faut maintenant, c’est nous mettre tous autour de la table pour développer une vision d’ensemble et un dialogue constructif.» «Il faut recréer une image de marque d’Aigle, analyse pour sa part Didier Oppliger, directeur de l’Association touristique Aigle-Leysin-Col des Mosses (ATALC). Des marchés et des animations ponctuelles peinent à attirer. De notre côté, nous pouvons promouvoir les animations proposées par Aigle-Cité mais pas les animer sur le terrain.»

Orienté sur les hôtes de passage, l’organe touristique ne peut en effet engager de moyens dans des opérations destinées aux habitants de la ville. Le responsable de l’ATALC a néanmoins détaillé récemment à Aigle-Cité le business model de son animateur de station de Leysin, dont la mission est de monter des animations autofinancées. Une solution dont pourraient s’inspirer les Aiglons.

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