Un demi-million d’abeilles ont été victimes d’empoisonnement

LaveyQuatorze ruches ont été la cible d’un massacre en règle. Toutes les abeilles sont mortes.

Grands sportifs, Alois et Judith Wiggen sont devenus apiculteurs amateurs «pour rendre quelque chose à la nature». Ce hobby, qu’ils pratiquent avec une autre famille de Lavey, leur vaut aujourd’hui une triste mésaventure.

Grands sportifs, Alois et Judith Wiggen sont devenus apiculteurs amateurs «pour rendre quelque chose à la nature». Ce hobby, qu’ils pratiquent avec une autre famille de Lavey, leur vaut aujourd’hui une triste mésaventure. Image: Chantal Dervey

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En bordure de la route qui monte à Savatan, cette prairie sauvage plantée d’un rucher est un hymne à la douceur de la nature. C’est pourtant un carnage qui n’a rien de naturel qu’a découvert dimanche 3 avril un couple d’apiculteurs chevronnés de Lavey. Quatorze ruches qu’ils bichonnent en compagnie d’une autre famille de passionnés ne montrent plus aucun signe de vie. Les abeilles qui bourdonnaient encore avec vigueur deux jours auparavant ne volettent plus autour des petites cabanes multicolores. «Quand nous sommes arrivés pour nous occuper des ruches, nous avons tout de suite senti que quelque chose n’allait pas», racontent Alois et Judith Wiggen.

Un regard de plus près confirme l’inimaginable: toutes les colonies sont décimées. «Il y avait des abeilles mortes sur les tablettes à l’extérieur des ruchers et aussi quelques-unes au sol. A l’intérieur des ruches, des abeilles mor­tes sur 10 centimètres d’épais­seur.» Ni une ni deux, comme le veut la loi face à une telle hécatombe, les apiculteurs appellent l’inspection cantonale des ruchers. Deux spécialistes se rendent sur place. «Ils ont dit qu’ils n’avaient jamais vu ça, s’étrangle Alois Wiggen. Lorsque des colonies entières meurent, on pense d’abord à une maladie. Mais nos abeilles avaient du pollen sur les pattes, ce qui signifie qu’elles étaient en bonne santé. Les inspecteurs ont très vite pensé à un empoisonnement.»

Une mort ciblée

Une rapide investigation auprès des apiculteurs voisins permet d’exclure la thèse d’un empoisonnement via d’éventuels traitements de plantes du voisinage. Aucun autre rucher n’est touché dans le périmètre proche. Autre indice, les insectes sont morts sur place. «Cela a dû se produire pendant la nuit car les abeilles étaient toutes dans les ruches et celles qui avaient réussi à en sortir étaient juste aux abords», relèvent les propriétaires. Les inspecteurs soulignent par ailleurs que les ruches semblent saines et bien tenues. Alors qu’ils adressent leurs prélèvements aux laboratoires spécialisés pour déterminer le poison qui a pu semer cette désolation (lire ci-contre), c’est munis d’un rapport concluant à un «probable empoisonnement» que les familles Wiggen et Ansermet déposent plainte pénale pour dommage à la propriété.

«Je me demande encore tous les jours comment quelqu’un a pu faire ça?»

Les apiculteurs trouvent tout juste l’énergie de débarrasser les ruchers des milliers de petits cadavres qui s’y entassent (il y a 30'000 à 40'000 abeilles par ruche) avant de rentrer chez eux le cœur plombé. «Pendant trois jours, on n’arrivait pas à en parler sans pleurer», évoque Judith Wiggen. «Je me demande encore tous les jours, toutes les heures comment quelqu’un a pu faire ça? complète son époux. Les abeilles nous aident, elles sont indispensables à la vie humaine, pourquoi s’en prendre à ces bêtes qui n’ont rien fait? Si on nous en veut à nous, il suffit de nous le dire! Si quelqu’un s’est fait piquer, on veut bien le dédommager en pots de miel. Enfin quoi, on peut toujours s’arranger. On ne comprend pas qui peut nous en vouloir et pourquoi…»

Au village, sur les réseaux sociaux, les messages de compassion et d’incompréhension pleuvent. Mais aussi les encouragements. Il faut recommencer, redonner vie à cette petite parcelle animée depuis près de dix ans par ces amoureux de la nature, avec son étang, son panneau didactique et ses plantes aromatiques où les promeneurs sont invités à se servir. «Même les militaires et les recrues de l’Académie de police s’arrêtaient pour regarder…»

Rebondir ou renoncer?

Les Wiggen ne savent pas s’ils auront l’énergie de reprendre de zéro ce qui est pour eux un hobby, le fruit de la vente des quelques kilos de miel produits annuellement étant systématiquement réinvesti dans l’entretien du rucher. Il faudrait désormais racheter des nucléis (la base d’une colonie d’abeilles, qui vaut entre 180 et 250 francs).

Et il est loin d’être certain que les familles récupèrent la valeur basique de leurs ruches auprès de l’assurance (450 francs par unité), celle-ci ne couvrant que le vandalisme visible, le feu ou le vol. Sans compter que c’est la deuxième fois qu’un malheur à grande échelle touche le fruit de leur labeur. En octobre 2014, dix colonies s’étaient retrouvées anéanties. «A ce moment-là, nous avions pensé que nous avions mal fait quelque chose. Mais, rétrospectivement, on se demande si ce n’était pas déjà intentionnel…»

Créé: 13.04.2016, 19h44

Un acte rarissime

Il faudra encore plusieurs jours pour connaître la nature de la substance qui a occis les insectes de Lavey. Des prélèvements ont été adressés à des laboratoires spécialisés. Mais, se référant au rapport de ses collaborateurs, Franck Crozet, inspecteur des ruchers vaudois, penche aussi pour la thèse de l’acte malveillant.

«Il semblerait que quelqu’un ait sprayé l’intérieur des ruches. Un bête insecticide acheté dans le commerce a pu être utilisé. Des actes comme celui-là arrivent parfois, mais cela reste très rare. Il arrive de temps en temps qu’il y ait des empoisonnements à la suite de traitements dans des vergers. Si c’est délibéré, c’est plutôt des histoires de vengeance, mais c’est inadmissible de s’en prendre aux abeilles, qui n’ont rien fait, plutôt que de se parler entre quatre yeux.»

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