Un dentiste montreusien condamné pour avoir escroqué 4 millions

VeveyUn praticien de Clarens a sollicité un de ses patients, magnat de la presse russe, pour payer ses impôts: 15 mois de prison avec sursis.

Photo d'illustration

Photo d'illustration

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

Qui est ce médecin-dentiste de Clarens à la riche patientèle? Un homme sournois et criminel avec une ingénuité de façade? Ou un être fragile psychologiquement, de surcroît victime d’une conjonction d’événements qui l’ont fait descendre aux enfers? Le Tribunal correctionnel de l’Est vaudois a résolument opté pour le premier profil. Il l’a condamné, lundi, à 15 mois de prison et à 90 jours-amendes à 30 francs, pour abus de confiance, escroquerie, infraction à la loi sur l’AVS et détournement de valeurs patrimoniales. Avec un sursis de 5 ans, en raison d’une responsabilité très restreinte, selon l’expert psychiatre. Ce délai d’épreuve reste subordonné à la poursuite d’un traitement.

Comment en est-on arrivé là? En septembre 2010, le praticien, qui a exploité un cabinet à Clarens de 1991 à 2015, a emprunté 4 millions de dollars à un de ses fidèles patients, dirigeant d’une agence de presse russe, avec lequel il avait noué des liens d’amitié. Afin, dit-il, de payer son dû à l’administration fiscale qui lui réclamait près de 3,2 millions de francs d’arriérés d’impôts, Mais, à une date indéterminée vers la fin de l’année 2010, le médecin-dentiste a aussi confié à un autre de ses patients, un financier hollandais établi à Lausanne – qu’il croyait être un ami –, sa recherche d’argent. Ce faux ami a alors échafaudé un plan pour le dépouiller. Il l’a convaincu de procéder à un investissement de 2,6 millions d’euros dans une société basée aux îles Marshall, censé lui permettre de récupérer, en l’espace de quinze jours, l’entier de son capital, avec 30% d’intérêt. Mais, pour réaliser cette opération financière juteuse, le dentiste montreusien devait disposer d’un capital de 4 millions de dollars, selon le financier hollandais.

«Il n’y a pas la moindre preuve que mon client destinait cette somme à autre chose qu’au fisc»

En voyant là une opportunité de gain rapide et la solution à ses embarras financiers, le Montreusien a délibérément caché à son client russe l’investissement qu’il projetait de faire, sachant que l’intéressé ne lui prêterait pas de l’argent pour le placer dans une opération financière. «Il n’y a pas la moindre preuve que mon client destinait cette somme à autre chose qu’au fisc», a plaidé Rachel Debluë, avocate de la défense. En vain. Pour convaincre le magnat de la presse de lui avancer ces fonds, le dentiste s’est engagé à lui servir de confortables intérêts et à en garantir le remboursement, avec le capital, par la cession de toutes ses créances et de l’entier de son fonds de commerce. Afin de le dissuader de procéder à toute vérification ultérieure auprès de tiers, il a encore prétexté un risque d’atteinte à sa réputation pour obtenir de sa part un accord confidentiel, ne portant pas la mention de l’affectation des fonds. Tout en caviardant au passage un document pour ne pas éveiller les soupçons. Son riche patient a donc finalement accepté de lui octroyer un prêt de 4 millions de dollars, mais uniquement pour éponger ses dettes fiscales.

Mais il s’est vite avéré que l’investissement proposé par l’investisseur hollandais était une vaste supercherie. Ce dernier a d’ailleurs été condamné à 40 mois de prison pour escroquerie contre le dentiste en 2014 par le Tribunal de La Côte. Conséquence, le praticien de Clarens n’a jamais récupéré et ainsi dilapidé l’argent versé par son patient russe, qui n’a finalement recouvré que 600 000 francs sur son prêt. À ce dommage financier de 3,4 millions de francs s’ajoutent encore 650 000 francs de charges sociales impayées par le dentiste et de dus à la société de factoring qui gère ses créances.

En détresse psychologique

«Mon client n’avait pas l’intention de provoquer un dommage, a encore plaidé Rachel Debluë. Il voulait avant tout payer le fisc. Mais, en pleine détresse psychologique, il a été confronté à un cataclysme financier.» Sans succès. Le tribunal a finalement retenu l’escroquerie, l’abus de confiance et la volonté d’un enrichissement illégitime. Il n’en assortit pas moins la peine d’un sursis, pour que le dentiste puisse notamment poursuivre son traitement. «Nous sommes satisfaits, a réagi Alain Lévy, avocat du plaignant russe. Nous ne voulions pas que l’accusé aille en prison, mais qu’il soit condamné.» Un sentiment que partage le procureur, Anton Rüsch: «L’enjeu essentiel de cette affaire résidait avant tout dans la condamnation de l’accusé pour infraction d’escroquerie. Ce qui était contesté par la défense.» (24 heures)

Créé: 09.04.2018, 22h34

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.