Les gitans ont quitté Muraz, mais le malaise s'est aggravé

Muraz (VS) Les gens du voyage sont partis. Pour le paysan lésé, ce dénouement n’a rien d’un happy end. Sa mésaventure fait réagir dans le monde politique

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Les gens du voyage ont abandonné dimanche ordures et excréments dans le champ de Simon Turin à Muraz (VS). Pour le paysan vient l’heure du nettoyage. Dévastée, la parcelle pourra-t-elle être exploitée ces prochains mois? Qui paiera pour les dégâts? Au niveau politique, la mésaventure du Chablaisien fait aussi réagir. Dimanche, deux conseillers nationaux valaisans étaient à Muraz pour soutenir l’agriculteur, annonçant des interventions à Berne.

Qui nettoiera le champ dévasté?

Hier, la parcelle de 17 hectares était encore jonchée d’excréments. Des bénévoles se sont manifestés dimanche pour aider le propriétaire, Paul Kunz, et l’exploitant, Simon Turin. Mais, alors que les services communaux ont nettoyé les espaces publics bordant les terrains, la décision a été prise de renvoyer le dossier aux pouvoirs publics. Député UDC, l’avocat valaisan Jean-Luc Addor a été mandaté par les lésés. «Les communes devraient assumer la remise en état d’après la loi sur la protection de l’environnement», déclare-t-il. «Oui, si les personnes qui ont souillé les parcelles ne sont pas identifiables ou insolvables», nuance Fernand Mariétan, président de Monthey.

Quelle aide pour le paysan?

Reste que la remise en état prendra du temps: une infection transmise au bétail par des excréments humains, la cysticercose bovine, pourrait induire une grosse perte pour le paysan. Provoquée par un ver solitaire de l’homme, cette maladie conduit au développement de larves dans la viande bovine, dont le prix est alors dévalué. Les œufs de ce ver peuvent survivre deux ans dans le sol. Simon Turin pourra-t-il faucher son champ à l’automne? «Il y a un risque, répond Jérôme Barras, vétérinaire cantonal valaisan. Mais renoncer à utiliser ce terrain sur une si longue période, parce qu’il pourrait être contaminé, me paraît disproportionné. Pour limiter le danger, il faut nettoyer consciencieusement le champ et éviter d’y mettre des bovins à paître.»

Problème, cette parcelle est la principale source de fourrage pour approvisionner la centaine de bêtes de Simon Turin, actuellement parquées dans les montagnes et les plaines valaisannes. «Je vais devoir louer un champ ou acheter le fourrage.» Le producteur estime le préjudice subi à quelques dizaines de milliers de francs et à plus de 100 000 francs en cas de pollution.

La loi prévoit peu de moyens pour venir en aide à un agriculteur confronté à ce genre de difficultés: «L’Etat du Valais n’apporte pas de mesures de compensation ni de subvention pour la perte de récoltes ou les déprédations subies à la suite d’actions intentionnelles de tiers, explique Gérald Dayer, chef du Service de l’agriculture. En revanche, les pouvoirs publics valaisans ont prévu le recours à des crédits sans intérêt en cas de pertes de récolte.»

De son côté, Fernand Mariétan estime qu’en la circonstance sa commune et celle de Collombey-Muraz (la ferme se trouve à cheval sur les deux localités) devraient participer à la remise en état.

Quelles suites politiques?

«Nous sommes démunis face à ce type de comportement, affirme le conseiller national Yannick Buttet (PDC), membre de l’exécutif de Collombey-Muraz. Il est dès lors nécessaire que le politique prenne rapidement des mesures pour y remédier. En se donnant les moyens légaux au niveau suisse et en améliorant les coordinations Canton-Communes une fois que les gens du voyage sont sur notre territoire.» Son collègue UDC Oskar Freysinger souhaite «mieux définir et durcir la législation fédérale pour rendre la propriété privée inviolable». Et, le cas échéant, prononcer des actes d’expulsion immédiats. Président du Parti socialiste du Valais romand, Gaël Bourgeois est lui aussi favorable à un durcissement de la loi, mais pas à n’importe quelle condition. «On peut, par exemple, rendre les terrains d’accueil existants obligatoires. Mais il est illogique de vouloir interdire à ces personnes de s’installer sur des terrains privés sans proposer un nombre suffisant de places officielles.»

Le Vaudois Roger Nordmann juge lui aussi «scandaleuse la façon de se comporter des gens du voyage sur ce terrain. Ça ne va vraiment pas!» Mais pas besoin de renforcer le droit, il suffit de l’appliquer. «Le dommage est avéré: le propriétaire doit donc déposer une plainte. Ces gens sont connus, ils ont des voitures immatriculées et ils ont des biens.» La procédure peut prendre du temps, mais, selon l’élu, il n’y a pas lieu de modifier la loi. Un avis proche de celui du PLR Olivier Feller. «Le Code civil permet à un propriétaire de se défendre dans une telle situation, mais il faudrait peut-être agir au niveau des procédures pour qu’un juge puisse prendre des mesures provisionnelles pour garantir le maintien de l’état du terrain, comme on le fait lorsque des gens squattent un immeuble.» L’UDC Guy Parmelin appelle de ses vœux un débat politique sur la question: «On ne peut attendre qu’il y ait un drame pour faire quelque chose.»

Créé: 31.07.2012, 07h07

Des Gitans s’installent à Morges

Après avoir quitté Muraz, une partie des gens du voyage se sont installés sur le parking du stand de tir de Morges. «Quatorze caravanes sont arrivées dimanche matin», confirme Philippe Desarzens, commandant de Police Région Morges. Une arrivée imprévue qui a été mouvementée. «Le ton est monté, car nous ne tolérons normalement que dix caravanes, et ils gênaient la circulation. Mais nous les avons finalement tous acceptés après avoir trouvé un arrangement.» Les gens du voyage devront quitter les lieux mercredi à midi. «Nous veillerons à ce qu’ils partent et qu’ils remettent le site en état. Nous leur avons distribué des sacs-poubelle», poursuit le commandant. Des caravanes ont migré à Martigny et des Gitans ont pris la direction du canton de Fribourg.

L.B./D.G.

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