Derib et son fiston partagent le même crayon

DessinLe célèbre papa de Yakari collabore étroitement avec Arnaud, comédien de métier. Regards croisés.

Derib et son fils, Arnaud, dans l'espace culturel Le Carré d'AS,à Montreux. Une exposition dédiée au dessinateur y est à découvrir jusqu'au 16 janvier.

Derib et son fils, Arnaud, dans l'espace culturel Le Carré d'AS,à Montreux. Une exposition dédiée au dessinateur y est à découvrir jusqu'au 16 janvier. Image: Chantal Dervey

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L’un a les joues couvertes d’un duvet poivre et sel, l’autre arbore une grosse barbe châtain. L’un est né sous le signe astrologique du Lion, l’autre aussi. Et tous deux n’ont plus beaucoup de cheveux sur le sommet du crâne. Claude de Ribaupierre, alias Derib, et Arnaud, son fils de 36 ans, ont encore en commun la passion du tennis et l’amour du val d’Hérens.

Depuis trois ans, cette complicité a pris une forme encore plus étroite. Le papa de Yakari, qui vit à La Tour-de-Peilz et qui a célébré l’an dernier ses 50 ans de carrière, et Arnaud, comédien de formation, travaillent main dans la main. Le jeune homme a en effet édité trois des derniers albums de son père.

La genèse de cette collaboration remonte à 2012 et à Tu seras reine, bande dessinée dédiée aux vaches d’Hérens. «Je me suis occupé du montage graphique de la couverture et du dossier culturel à la fin de l’album. L’univers graphique m’a toujours plu. Je retrouve là le rectangle que j’ai l’habitude d’occuper au théâtre», explique Arnaud de Ribaupierre.

«En travaillant en famille, les rapports sont plus directs, et on avance surtout beaucoup plus vite»

L’aventure d’un crayon et ses 150 dessins et aquarelles inédits et Le galop du silence, dédié aux chevaux des Franches-Montagnes, scelleront cette collaboration aussi étroite que sereine. «Bien sûr, les goûts et les couleurs divergent parfois un peu. Mais, en travaillant en famille, les rapports sont plus directs, et on avance surtout beaucoup plus vite. Et quand on a un doute, ma femme, Dominique, illustratrice, nous donne son avis. Il est bon en général», note Derib. «Mon père aime profondément dessiner. Il touche à tout et il le fait bien», souligne son fils.

Il y a peu, Arnaud et sa compagne ont ouvert Le Carré d’AS, un charmant espace culturel aux Planches, dans la vieille ville de Montreux. On peut y découvrir, jusqu’au 16 janvier prochain, une exposition originale retraçant la prolifique carrière du dessinateur à travers, entre autres, des dessins de jeunesse.

L’occasion d’ouvrir l’album de souvenirs familial: «Je me rappelle que, lorsque mon père quittait son bureau pour venir à table, il posait la planche qu’il était en train de terminer sur un meuble. On allait y jeter un œil et on lui donnait notre avis. C’était une sorte de rituel», raconte Arnaud. «Mes enfants ont toujours pu venir me voir travailler s’ils le souhaitaient. Or je connais des auteurs qui interdisent l’accès à leur bureau, même aux membres de leur propre famille», sourit Derib.

Arnaud, lui, se souvient qu’il n’était pas toujours facile d’être le fils d’un papa aussi connu. «C’est vrai, je me suis senti en marge à l’école. Mes copains éprouvaient soit de la jalousie, soit de la curiosité pour moi. Jusqu’à mes 18 ans, je n’ai jamais pu être Arnaud. J’étais le fils de Derib.»

Un fils qui, un jour, est rentré tout fier de l’école avec quelques croquis sous le bras. «Ma prof de dessin était très élogieuse à mon égard. Mais, quand j’ai montré ces dessins à mon père, il s’est montré un peu plus critique…»

«Il faut dire que j’ai moi-même été formé à la dure, à la très dure même, par Peyo, qui me faisait dessiner des brins d’herbe sur des lignes et des lignes. Juste pour que j’apprivoise son style», répond le dessinateur avec un sourire.

Un duo qui doute

Dans les jours qui précèdent la publication d’un nouvel album, et en dépit de sa longue expérience, Derib est à chaque fois assailli par les doutes. «Je me dis que personne n’aura envie de lire mon histoire.» Ce sentiment, son comédien de fiston le connaît trop bien: «A la fin de chaque première, on ne voit que les failles qui ont émaillé le spectacle. Et on se dit que le public n’applaudira jamais.»

Projets en gestation

L’an prochain, Derib sera l’invité d’honneur du Festival BDFIL, à Lausanne. Arnaud planche déjà sur la grande exposition qui sera montée tout exprès dans la capitale vaudoise. Les deux hommes œuvreront aussi prochainement à la création d’une bande dessinée consacrée au peintre Ferdinand Hodler.

«D’autres collaborations sont aussi en gestation. Dont une importante qui se décidera dans les jours à venir», glisse le duo, cultivant le mystère d’une seule voix complice.

www.le-carredas.ch

Créé: 28.12.2015, 16h47

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