Derrière ses murs scintillants, la tour Landi abrite un élégant locatif

ConstructionPlus de deux ans de travaux s’achèvent dans l’ancien silo à grains d'Aigle. L’architecte Alain Porta en a fait un bijou. Presque tout est déjà loué.

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En grimpant les douze étages de la tour dans un ascenseur dernier cri, on peine à se remémorer son visage initial. Les alvéoles servant depuis 1968 au stockage du grain ont fait place à un chapelet d’appartements aux finitions cossues, laissant transparaître çà et là quelques pans de béton brut, clin d’œil aux origines industrielles du site.

Au bas de la façade anthracite où des éclats de miroir ont été projetés, la parant d’une livrée scintillante, un pan d’échafaudage et une poignée d’ouvriers rappellent discrètement que les travaux s’achèvent. Durant plus de deux ans, la plus célèbre des verrues d’Aigle a abrité un chantier dantesque qui l’a transformée en un élégant belvédère où l’on trouve également bureaux et boutique. Actionnant la baguette magique, l’architecte natif d’Aigle Alain Porta, ancien élève de Mario Botta, s’est ingénié à apporter à l’édifice un cachet tout en sobriété que les loyers ne reflètent même pas: on y débourse en moyenne 1800 francs pour un 3,5 pièces et 1900 pour un 4,5 pièces, agencements qui constituent l’essentiel des dix-huit appartements, déjà presque tous loués.

Vidéo: Chantal Dervey

En rachetant le site voisin de son garage en 2013, l’entrepreneur Olivier Gachnang était à cent lieues de se douter qu’il le rendrait habitable. «Je l’ai acheté 1 million de francs, mais c’était plutôt 1 million de souris! L’intérieur faisait peur. Mon idée était d’utiliser l’endroit pour aménager des dépôts, louer des boxes. Mais avec un ascenseur pour deux personnes on ne pouvait rien acheminer dans la tour.»

L’idée folle de créer du logement s’insinue. L’imaginaire de l’architecte fait le reste: «Aussi ingrate que soit une construction, en tant qu’architecte, on a toujours une petite idée derrière la tête pour la transformer, sourit Alain Porta. Cette tour, je l’ai vue se construire quand j’étais tout petit! C’est assez amusant ensuite d’être confronté à sa réhabilitation.»

Travail herculéen

Ses plans se sont ingéniés à conserver l’enveloppe extérieure du bâtiment et les murs du noyau central, qui définissaient précisément le volume nécessaire à une cage d’escalier et un ascenseur, conformes aux normes d’évacuation d’un immeuble de cette hauteur. Le démontage des structures de béton devenues inutiles tout autour a nécessité un travail herculéen d’une année et demie, à découper puis expédier au recyclage 3000 panneaux de béton de 600 kg pièce.

«Aussi ingrate que soit une construction, en tant qu’architecte, on a toujours une petite idée derrière la tête pour la transformer»

Autour de cet accès central s’enroulent à chaque étage deux appartements en forme de L de 92 m2, scindés en trois ou quatre pièces. Avec des constantes comme la longue pièce à vivre prolongée de la cuisine mariant blanc et inox, la grande terrasse en corbeille, la salle de bains meublée, les finitions en matériaux massifs et partout une inondation de lumière, à la faveur de baies vitrées aux proportions généreuses, offrant des vues imprenables sur Aigle et le Chablais.

Ces choix de qualité ont ajouté 1 demi-million à la facture, qui s’est montée à 11 millions. «Je voulais que ça ait de la gueule», glisse Olivier Gachnang dans un sourire de gamin heureux. «On se sent bien ici.» Un confort accentué par une conception énergétique à haut rendement, mais sans label Minergie afin de préserver l’ouverture des fenêtres. Au sommet, un appartement de prestige sera réservé aux hôtes d’affaires du propriétaire pour leurs passages en Suisse. Alain Porta a pensé cet espace comme un point lumineux, accentuant encore l’effet de verticalité recherché et donnant à la tour l’apparence d’un «phare». De quoi éclairer la ville dans sa mue urbanistique? La Municipalité aiglonne l’espère, elle qui a encouragé puis applaudi la réalisation: «C’est juste exceptionnel et très malin, salue Grégory Devaud, municipal de l’Urbanisme. Nous n’avons que des retours positifs!» (24 heures)

Créé: 03.04.2018, 21h04

Une verticalité qui inspire

Alors que les produits de boulangerie consommés en Suisse sont de plus en plus importés, le mouvement de concentration des moulins n’en finit pas de libérer des espaces propices à des réalisations en hauteur. L’exemple d’Aigle est rare en cela que l’architecte a réutilisé l’entier de la structure extérieure, ajoutant même deux niveaux (un appartement et une terrasse doublée de locaux techniques), portant la hauteur totale de l’édifice à 50 mètres. Habitués à cette silhouette longiligne, les riverains n’ont déposé aucune opposition dans la phase de consultation publique. Ce fut aussi le cas à Yverdon lors de la mise à l’enquête pour la tour de logements encore en création à l’emplacement de l’ancien silo Landi. Dans ce cas, les concepteurs ont préféré démolir puis reconstruire sur la même hauteur de 50 mètres. À Fribourg, l’ancien silo à grains Landi a dû être démoli sur un tiers de sa hauteur puis reconstruit. Cette «tour Soprano» de 55 mètres abrite 17 logements en PPE.

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