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Deux mille bornes sur les pas des croyants du Japon

Le curé d’Aigle Rolf Zumthurm raconte ses pèlerinages parmi les fidèles bouddhistes et catholiques du Pays du Soleil levant.

Rolf Zumthurm a suivi les pas des 26 chrétiens arrêtés à Kyoto et promenés de ville en ville jusqu'à Nagasaki en 1597.
Rolf Zumthurm a suivi les pas des 26 chrétiens arrêtés à Kyoto et promenés de ville en ville jusqu'à Nagasaki en 1597.
La chapelle des Franciscains à Kyoto, où les martyrs furent arrêtés.
La chapelle des Franciscains à Kyoto, où les martyrs furent arrêtés.
Danse de la légende des deux lions au sanctuaire shinto Heian à Kyoto.
Danse de la légende des deux lions au sanctuaire shinto Heian à Kyoto.
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Il est beaucoup question de milliers dans ce récit. Des mille kilomètres du pèlerinage de Shikoku à la découverte des 88 temples bouddhistes de cette île du sud du Japon ou des mille autres sur les traces des 26 chrétiens crucifiés en 1597 à Nagasaki. Ou des mille heures de cours vécues au NCC Center pour l’étude des religions japonaises à Kyoto. Et ces mille rencontres dont Rolf Zumthurm parle avec passion.

Revenu en septembre pour devenir curé de la paroisse du décanat d’Aigle, le Haut-Valaisan a passé un an à sillonner l’archipel. Ce temps sabbatique l’a d’abord amené dans les auditoires du NCC Center, où il a effectué une formation postgrade. «Autour du christianisme au Japon et des religions traditionnelles. Ainsi que l’histoire des «hidden christians», ces chrétiens restés cachés durant deux siècles pour échapper aux persécutions.» Dès 1614, l’État japonais interdit cette religion, perçue comme une influence externe néfaste. «Les catholiques de l’époque ont vécu leur foi en accomplissant leurs rites d’une manière déguisée. On retrouve aujourd’hui encore une célébration sous la forme d’un repas, où le riz et le saké sont partagés, remplaçant le pain et le vin de l’eucharistie.»

Deux siècles de persécution

Aujourd’hui acceptée, la communauté catholique reste marquée par cette clandestinité: «Elle a conduit au développement de communautés disparates et dans lesquelles les règles de succession étaient strictes, pour les protéger. Beaucoup d’entre elles ont lentement disparu.»

Dans un Japon où le christianisme demeure marginal, cette communauté reste pourtant influente: «On estime que les chrétiens représentent 1% de la population. Et les catholiques 0,5%. Pourtant, si vous demandez à un habitant d’estimer la proportion de cette communauté, il vous répondra 5 à 10%. Cet écart s’explique par le fait que beaucoup de personnes influentes – intellectuels et artistes – sont passées par l’Université Sophia de Tokyo, tenue par des jésuites.» À Nagasaki, où il a assisté aux commémorations du bombardement de 1945, Rolf Zumthurm a pu constater l’existence d’un discours interreligieux. «Il y a une volonté des communautés de s’unir pour la paix. Mais après des siècles de diabolisation, il reste une méfiance à l’égard du christianisme.»

L’ancien curé des paroisses du Haut-Lac (Vionnaz, Vouvry, Port-Valais et Revereulaz-Torgon) s’est immergé dans ce christianisme en effectuant à pied le chemin entre Kyoto et Nagasaki. Ces 1000 km qui furent empruntés en février 1597 par 26 prisonniers chrétiens, baladés de ville en ville pour l’exemple, avant d’être crucifiés à Nagasaki. «En chemin, j’ai noué des liens avec les paroisses locales et reçu l’aide de nombreux habitants.» Pour l’anecdote, le Valaisan aura été le premier occidental à parcourir ce trajet d’une traite, selon le Père Vitali, directeur du Musée des 26 martyrs à Nagasaki. Son second pèlerinage lui a permis de découvrir un autre Japon, celui du bouddhisme. Beaucoup plus couru dans ce pays et prisé des touristes étrangers, cet itinéraire passe par les 88 temples que le moine Kobo-Daishi aurait construits au VIIIe siècle. «Contrairement au pèlerinage des 26 martyrs, pour beaucoup de Japonais la visite des 88 temples est plus importante que le chemin lui-même.» Le prêtre a pu goûter de près à la foi bouddhiste en logeant parfois dans les temples.

Communautés vieillissantes

Ce qu’il retire de cette année orientale? Rolf Zumthurm peine encore à le cerner. «C’est trop frais. Mais, globalement, j’ai l’impression que les communautés chrétiennes vivent ce qui nous attend dans vingt ans: les communautés peinent à se renouveler dans une société vieillissante. Ce renouvellement passe par l’arrivée de migrants, comme les Philippins, par exemple. Il n’y a pas assez de prêtres pour toute l’infrastructure existante. Beaucoup de prêtres africains, indiens, canadiens, coréens (où le christianisme est synonyme de modernité) travaillent aujourd’hui au Japon.»

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Découvrez le voyage de Rolf Zumthurm sur son blog

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